Le couple qui a battu les trois femmes "esclaves" à Londres a été libéré

Les trois femmes retenues dans une maison à Londres ont été maltraitées. Le couple qui retenait les femmes captives a été remis en liberté sous caution
07 août 2015, 12:03
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le quartier de Lambeth dans le sud de Londres où la police a retrouvé les trois femmes.

Les trois femmes enfermées durant 30 ans dans une maison de Lambeth, dans le sud de Londres, dans des conditions assimilées à de l'esclavage ont été battues durant leur détention, selon la police. Les sujets britanniques s'inquiètent de la multiplication de telles affaires.

"Les conclusions de l'enquête ouverte brossent un tableau compliqué et dérangeant de la mainmise émotionnelle exercée sur les trois femmes pendant tant d'années", a déclaré vendredi un porte-parole de la police métropolitaine, Steve Rodhouse, lors d'une conférence de presse. Elles ont été battues, a précisé la police, en parlant de "menottes invisibles" retenant les victimes dans la maison.

Les policiers ont révélé que le couple qui retenait captives ces trois femmes avait été arrêté une première fois dans les années 1970 sans donner davantage de précisions. Il s'agit d'un homme et d'une femme âgés tous les deux de 67 ans et qui ne possèdent pas la nationalité britannique. Le couple a été remis en liberté sous caution.

L'une des trois "esclaves", une Britannique âgée de 30 ans, a, semble-t-il, vécu toute sa vie dans cette maison sans que l'on sache avec exactitude la nature de ses liens éventuels avec le couple et ses deux autres compagnes de captivité, une Malaisienne de 69 ans et une Irlandaise de 57 ans.

L'enquête, selon la police, risque de durer "un temps considérable". Les trois femmes ont été libérées par les policiers le 25 octobre dernier mais ce n'est que jeudi que l'affaire a été éventée.

Une triste réalité

Vendredi, le Premier ministre britannique, David Cameron, a qualifié cette affaire de "déplorable". Par ailleurs, les Britanniques s'interrogent sur la multiplication de ce genre d'affaires.

"L'esclavage est un dossier que les gens pensaient consigné aux livres d'histoire. La triste réalité est que le problème est toujours là", a souligné le secrétaire d'Etat à l'Intérieur James Brokenshire.

Aussi spectaculaire soit-elle, l'histoire des trois femmes séquestrées n'est de fait que le dernier épisode d'une série d'histoires sordides au Royaume-Uni, 183 ans après l'abolition de l'esclave dans l'Empire britannique.

Le 23 octobre dernier encore, un octogénaire et son épouse ont été condamnés à des peines de respectivement 13 et 5 ans de prison pour l'exploitation et le viol pendant près d'une décennie d'une jeune Pakistanaise sourde et muette, soumise "à une vie de misère et d'humiliation", selon le jugement.

Milliers d'"esclaves modernes"

Le mois dernier, une ONG britannique a chiffré entre 4200 et 4600 le nombre de personnes victimes au Royaume-Uni d'esclavage moderne sous ses formes diverses, comme le travail forcé, le trafic d'êtres humains et les mariages forcés.

"Les gens doivent comprendre que ces cas ne sont pas rares. L'esclavage moderne est une réalité et se porte bien en Grande-Bretagne", regrette Frank Field, vice-président de la Fondation contre le trafic des êtres humains.