Le G20 va adresser un message sur les taux de change

Les membres du G20 réunis samedi à Moscou préparent un message disant que les devises ne doivent pas être utilisées pour mener une guerre économique.
07 août 2015, 11:00
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le président russe Vladimir Poutine reçoit ses homologues au Kremlinpour le sommet du G20.

 

Les grandes puissances du G20 s'engagent à ne pas sombrer dans une "guerre économique" et écartent toute stratégie monétaire aggressive, ont-elles annoncé samedi à Moscou. La Suisse, invitée pour la première fois, a plaidé pour une réglementation efficace des marchés financiers.
 
"Le monde ne doit pas faire l'erreur (...) d'utiliser les devises comme instrument de guerre économique", a déclaré le ministre britannique des Finances George Osborne. Il s'est exprimé durant les débats qui ont réuni les grands argentiers des vingt principaux pays riches et émergents durant deux jours à Moscou.
 
Comme les pays riches du G7 mardi, les Etats du G20 s'engagent à "s'abstenir de procéder à des dévaluations compétitives", indique leur communiqué final. "Nous ne fixerons pas de cibles de taux de changes à des fins de compétitivité", promettent-ils.
 
Alors que le G7 affirmait que les changes doivent être "déterminés par les marchés", le G20 se fixe seulement l'objectif de parvenir "rapidement" à un tel système. La déclaration de Moscou souligne que la politique monétaire doit "continuer à soutenir la reprise économique" et appelle à une plus étroite collaboration.
 
"Il faut prendre des mesures pour améliorer la compétitivité de nos économies" mais les gouvernements ne doivent pas viser "la manipulation de la monnaie", a résumé le ministre russe Anton Silouanov. La Russie préside le G20 cette année.
 
Euro sur la sellette
Tandis que le G20 est censé coordonner les efforts vers une croissance "forte, durable et équilibrée", un repli sur des stratégies nationales peu coopératives risquerait de saper une reprise mondiale balbutiante, souligne le communiqué final.
 
Le G20 semble en partie emboîter le pas au FMI - qui a appelé à lever le pied sur la rigueur budgétaire - et à la Commission européenne. Cette dernière est prête désormais à envisager des délais pour la réduction des déficits.
 
Ses grands argentiers ont ainsi mis l'accent sur des "stratégies budgétaires de moyen terme crédibles" que les pays riches membres du G20 devront élaborer d'ici le sommet de Saint-Pétersbourg en septembre.
 
Présence suisse
Bien que non membre du G20, la Suisse a été invitée à cette réunion sur les thèmes financiers et bancaires. La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a notamment défendu l'idée que seule une concurrence accrue, et non le cloisonnement des marchés, pouvait ramener l'économie mondiale sur la voie de la croissance.
 
Pour la conseillère fédérale, les efforts doivent donc se porter maintenant sur une mise en oeuvre systématique des réformes bancaires, telles Bâle III, décidées au niveau international. Celles-ci stabiliseront le système financier, renforceront la confiance et généreront de nouveaux investissements.
 
Aucun objectif chiffré
A Toronto, en 2010, les Etats du G20 s'étaient engagés à réduire d'au moins de moitié leur déficit public à l'horizon 2013, ce que plusieurs gouvernements ne sont pas parvenus à faire. Toute référence à des objectifs chiffrés et à des échéances précises a disparu du communiqué à Moscou.
 
Qui plus est, ces plans devront être mis en oeuvre "en tenant compte des conditions économiques à court terme et des marges de manoeuvre budgétaires là où elles existent".
 
"La prise en compte de la situation économique doit nous permettre de ne pas ajouter de l'austérité à la récession", s'est réjoui le ministre français Pierre Moscovici.
 
Le G20 appelle avec insistance les pays "en excédent", comme l'Allemagne ou la Chine, à "développer les sources internes de croissance" pour soutenir leurs partenaires à la peine. Un voeu déjà exprimé par le passé mais qui, de l'avis de plusieurs délégués, n'a pas encore rencontré le succès escompté.
 
Note: Encadré suit: bilan de la participation suisse.