Le Hamas exécute 18 traîtres présumés dans son camp

Le Hamas a exécuté dix-huit Palestiniens soupçonnés de collaborer avec l'ennemi israélien. Six traîtres présumés ont été tués sur la place publique. Ces événements surviennent le lendemain de l'assassinat de ses chefs militaires par l'Etat hébreu.
07 août 2015, 14:07
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Dix-huit "collaborateurs" ont été exécutés, a indiqué la télévision du Hamas.

Dix-huit "collaborateurs" ont été exécutés, a indiqué la télévision du Hamas. Pour que le message soit clair, au moins six de ces exécutions ont eu lieu en place publique, à la sortie de la prière.

Des hommes en uniforme des Brigades Ezzedine al-Qassam, l'aile militaire du Hamas, ont débarqué de leurs voitures six "collaborateurs" devant la mosquée al-Omari, la plus grande de Gaza, ont rapporté des témoins. Sous les yeux de centaines de fidèles, ils ont vidé les chargeurs de leurs armes automatiques sur eux.

L'ennemi était bien informé

Onze autres "collaborateurs" ont été supprimés plus tôt près du siège de la police, et un autre encore sur une place proche, ont rapporté des témoins.

Cette purge intervient après une tentative israélienne d'assassinat de Mohammed Deif, le chef d'Al-Qassam, mardi soir, et celle, réussie, de trois commandants de la même organisation jeudi. La succession de ces agressions laisse supposer qu'Israël, qui passe pour avoir ses informateurs dans la bande de Gaza, était bien renseigné.

Mettant brutalement fin à un cessez-le-feu de neuf jours, le Hamas et Israël ont repris les hostilités mardi soir. Le tout premier raid de l'aviation israélienne a visé un immeuble de Gaza, emportant la femme et deux enfants en bas âge de l'insaisissable chef des Brigades al-Qassam, Mohammed Deif.

Les Brigades assurent que ce dernier a échappé à sa sixième tentative d'assassinat, une affirmation pour l'instant non vérifiée. En revanche, trois de ses lieutenants ont été sortis jeudi des décombres d'un autre immeuble bombardé, à Rafah.

Tribunaux secrets

L'attaque contre les proches de Mohammed Deif et la perte de trois chefs, conjuguée à l'échec de négociations menées au Caire, semblent avoir mis en rage le Hamas.

Le site Majd, proche du Hamas, prévenait vendredi que la "résistance", terme désignant les groupes armés à Gaza luttant contre Israël, "n'épargnera aucun collaborateur. Tous seront jugés par des tribunaux révolutionnaires", en référence aux tribunaux secrets mis en place par ces mouvements.

Les Palestiniens exécutés vendredi ont eu droit à une "procédure judiciaire", selon Majd. D'après Human Rights Watch, le Hamas a exécuté plus d'une trentaine de "collaborateurs" pendant et après l'offensive israélienne de 2008/2009.

Un mort côté israélien, 75 côté palestinien

Les opérations d'assassinat israéliennes ont aussi provoqué un tir de barrage de roquettes sur Israël. Un enfant a été tué dans le sud du pays par un obus tiré de la bande de Gaza, a indiqué l'armée. La police israélienne a, elle, fait état de trois blessés dans une synagogue.

Il s'agit du quatrième civil tué en Israël par des tirs palestiniens depuis le début de la guerre entre le Hamas, qui contrôle Gaza, et Israël. Les Brigades al-Qassam ont menacé de leurs roquettes l'aéroport de Tel-Aviv et forcé Israël à reporter l'ouverture de son championnat de football, prévu samedi.

Dans le même temps, deux attaques israéliennes ont fait quatre morts à Gaza, selon les secours palestiniens, portant à 75 le nombre de Palestiniens tués depuis la reprise des hostilités mardi.

Au total au moins 2091 Palestiniens ont été tués depuis le début du conflit le 8 juillet, des civils pour la plupart. Côté israélien, les victimes sont essentiellement des militaires (64).

Résolution à l'ONU

L'ONU et les agences humanitaires ont tiré la sonnette d'alarme devant le bilan humain de cette nouvelle guerre, la troisième en six ans à Gaza.

Alors que les négociations indirectes sont "mortes et enterrées" selon les Palestiniens, au Conseil de sécurité de l'ONU, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne préparent une nouvelle résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat et durable.

Ce document répond aux inquiétudes des deux camps, assurent les diplomates. Il prévoit la réouverture des frontières, ainsi que la levée des restrictions économiques et humanitaires dans Gaza afin d'engager un effort de reconstruction de grande ampleur.

En soirée, le président palestinien Mahmoud Abbas et le chef du Hamas Khaled Mechaal, qui se sont rencontrés à Doha, ont appelé l'ONU à établir "un calendrier pour la fin de l'occupation" israélienne dans les Territoires et l'établissement d'un Etat palestinien indépendant aux frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale".