Le procès de la diffusion de Persepolis reporté après de vifs débats

Le procès du patron de la télévision tunisienne Nessma, poursuivi pour atteinte aux «valeurs du sacré» après la diffusion en octobre du film Persepolis, s'est ouvert ce jeudi dans une indescriptible cohue.Il a rapidement été reporté à janvier.
03 août 2015, 19:19
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
persepolis

Des altercations entre les représentants de la défense et de la partie civile ont émaillé l'audience, tandis qu'à l'extérieur de la petite salle bondée du tribunal, de vifs débats s'engageaient sur la liberté d'expression.

Le directeur général de Nessma, Nabil Karoui, est poursuivi, avec deux employés de la chaîne, pour «atteinte aux valeurs du sacré, atteinte aux bonnes moeurs et trouble à l'ordre public», et encourt trois ans de prison.

La diffusion du film franco-iranien Persepolis avait déchaîné les passions et suscité une vague de violences, quinze jours avant les élections en Tunisie.

Représentation de Dieu

En cause: une scène du film (qui raconte le régime iranien de Khomeiny à travers les yeux d'une petite fille) où Dieu est représenté, ce que proscrit l'islam.

Des groupes d'extrémistes avaient tenté d'attaquer le 9 octobre le siège de la chaîne à Tunis. Nabil Karoui s'était alors «excusé» pour la diffusion de la scène controversée, mais les manifestations, à l'instigation de groupes salafistes, s'étaient poursuivies, et le 14 octobre, une centaine d'assaillants avaient jeté des cocktails molotov sur la maison du patron de la chaîne, alors absent.

Un des journalistes vedettes de Nessma, Sofiene Ben Hamida, a dénoncé «un procès d'opinion qui nous rappelle la période de l'inquisition». Mais pour Me Saifeddine Makhlouf, l'un des avocats de la partie civile, «la liberté d'expression a des limites. Nous avons des valeurs, nous sommes un peuple musulman, et un film qui présente Dieu en caricature dans un dessin animé, cela nous touche».

Au-delà des violences, cette affaire avait relancé le sensible débat sur l'identité arabo-musulmane des Tunisiens, dans un contexte pré-électoral tendu avec la victoire annoncée des islamistes du parti Ennahda.