Les opposants à Sarkozy taclent sa taxe sur les évadés fiscaux

Les adversaires de Nicolas Sarkozy ont critiqué mardi sa proposition de faire payer les exilés fiscaux, la qualifiant de «supercherie» et de «leurre». Selon le commissaire européen Michel Barnier, une telle taxe ne viole pas les règles communautaires.
05 août 2015, 15:53
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
sarko

Le chef de l'Etat sortant a promis lundi de taxer les Français  qui s'exilent pour ne pas payer d'impôts sur leurs intérêts,  dividendes et plus-value. Cette mesure, qui pourrait selon lui  rapporter 500 millions d'euros par an à l'Etat français, ne  concernera pas les deux millions d'expatriés français installés à  l'étranger pour y travailler ou y créer une entreprise, a-t-il cependant précisé.

«J'ai l'impression qu'il y a une surenchère actuellement», a  ironisé le socialiste François Hollande, dont la proposition de  tranche d'imposition à 75% pour les plus riches a été abondamment  brocardée par le chef de l'Etat.

A ses yeux, la proposition de M. Sarkozy est soit «un leurre»,  soit une mesure obligeant à renégocier les conventions fiscales avec  les pays concernés, dont la Suisse. «J'ai l'impression qu'en ce  moment il y a un candidat qui est prêt à tout renégocier, sauf le  traité qu'il vient de signer (sur le nouveau pacte budgétaire  européen)» - un texte que M. Hollande souhaite lui-même renégocier.

Sarkozy renvoyé à son carnet d'adresse

Son chef de la communication, Manuel Valls, a accusé  d'»indécence» le président qui «a mis en place le bouclier fiscal»  et «justifiait ce même exil fiscal (...) par rapport à la  proposition de François Hollande.» Selon lui, «la supercherie est  (...) évidente».

L'écologiste Eva Joly a estimé sur Twitter que si M. Sarkozy  voulait trouver des exilés fiscaux, il n'avait qu'à «commencer par  consulter son carnet d'adresses». Pour Nathalie Arthaud, candidate  de Lutte Ouvrière, M. Sarkozy «se moque du monde parce que toute sa  mandature, ses actes, ça a été au contraire de les bichonner, tous  ceux-là».

Seul M. Mélanchon s'est réjoui de voir M. Sarkozy reprendre une  de ses propositions. «Je triomphe !» écrit le candidat du Front de  Gauche dans un communiqué. «Nos idées sont désormais au centre du  débat et des solutions quand il s'agit d'avoir de l'audace et  d'organiser le partage des richesses».

Taxer la diaspora

L'indépendant Pierre Jean Duvivier, qui brigue le siège de député  dans la circonscription Suisse/Liechtenstein lors des législatives  de mai/juin, dénonce sur son site internet la création d'»un impôt  spécial supplémentaire pour les Français de l'étranger». Critiquant  une «course à la démagogie», il craint que M. Hollande n'»aille  encore plus loin» «en proposant un autre impôt 'révolutionnaire'».

A droite aussi, des voix critiques se sont élevées. L'ex-Premier  ministre Dominique de Villepin a ainsi fait valoir qu'un impôt lié à  la nationalité était incompatible avec les règles actuelles de  l'Union européenne, qui prévoient une taxation dans le pays de  résidence.

Fiscalement correct

Le commissaire européen chargé du marché intérieur, Michel  Barnier, a toutefois estimé que la proposition de M. Sarkozy était  «fiscalement correcte et moralement juste».

«Je ne crois pas que cette idée puisse heurter ou être contredite  par une réglementation européenne», a ajouté le Français, rappelant  qu'il existe déjà des taxes similaires en Grande-Bretagne et aux  Etats-Unis.

L'UMP récuse elle aussi l'idée que cette proposition soit  contraire aux règles communautaires européennes. «A partir du moment  où cela respecte le plafond de la fiscalité du pays d'origine, il  n'y a pas d'entorse aux règles européennes», assure Guillaume  Peltier, secrétaire national de l'UMP.

Les proches de M. Sarkozy conviennent qu'il faudra sans doute  renégocier des conventions fiscales avec un nombre limité de pays -  comme la Belgique, le Luxembourg et la Suisse. Mais rien de grave à  tout cela, «des conventions fiscales, on en renégocie tout le temps».

Pour l'UMP, il en va du «patriotisme fiscal». M. Hollande veut  «faire fuir les riches (...) alors que Nicolas Sarkozy veut faire  rester les riches qui ont une attitude responsable et investissent,  et sanctionner ceux qui contournent la fiscalité française», note M. Peltier.