Les souks d'Alep toujours au cœur de violents combats

De violents combats entre soldats et rebelles ont à nouveau secoué lundi les souks d'Alep, joyau historique classé par l'Unesco dans la deuxième ville de Syrie.
06 août 2015, 14:44
/ Màj. le 14 janv. 2021 à 09:46
Des combats très violents opposent depuis vendredi les forces gouvernementales et l'opposition à Alep.

Les ruelles de la Vieille Ville d'Alep classées au patrimoine mondial sont transformées en champ de bataille. 

Les incendies qui ont dévasté les souks couverts d'Alep depuis ce week-end se sont étendus à d'autres quartiers du centre historique de la capitale économique de la Syrie, selon des opposants.
 
Lundi, des combats importants se sont déroulés pendant plusieurs heures. Des raids aériens ont parallèlement encore coûté la vie à des enfants dans le nord-ouest du pays.
 
"Le plus grand problème, c'est qu'on ne sait rien de nos échoppes, tout ce qu'on sait, on l'apprend par le bouche à oreille", se lamente un marchand de ficelles qui estime sa marchandise à des millions de livres syriennes.
 
Classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1986, avec la vieille ville d'Alep, les souks et leurs quelque 1550 échoppes étaient depuis des siècles l'un des centres névralgiques du commerce au Moyen-Orient.
 
"Guérilla urbaine"
 
"C'est de la guérilla urbaine. Je ne peux imputer la responsabilité de ces incendies précisément à aucun des deux camps", a affirmé un militant rebelle.
 
"Les rebelles contrôlent désormais 90% de la Vieille Ville", selon cet opposant contacté par Skype. Un chiffre impossible à nuancer via d'autres sources fiables.
 
Les portes de bois des échoppes, remplies d'étoffes et de broderies, s'étaient rapidement consumées après les premiers combats samedi.
 
Cinq de la quarantaine des marchés du souk, comme le souk des femmes, celui de l'or ou encore celui des abayas, ont été entièrement détruits, selon des témoins.
 
Mais il était très difficile d'estimer les dégâts en raison des combats et le peu de sources disponibles pour établir des bilans plus précis.
 
La France a elle exprimé lundi sa "vive condamnation suite à la destruction par les flammes du marché médiéval d'Alep causée par de violents bombardements".
 
Des violences ont eu lieu ailleurs dans le pays. Plus au nord-ouest, à Idleb, province voisine d'Alep, au moins 21 civils, dont huit enfants, auraient été tués dans un raid aérien mené par les troupes du régime de Bachar al-Assad sur la localité de Salqine, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et des militants.
 
Damas accuse Washington
 
Du côté du régime syrien, le chef de la diplomatie Walid Mouallem a accusé les Etat-Unis de vouloir répéter le scénario qui a mené à la chute du dictateur irakien Saddam Hussein, en prétextant la présence d'armes chimiques dans le pays.
 
La semaine dernière, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta avait affirmé que Damas avait déplacé des armes chimiques pour les sécuriser.
 
"C'est une chimère qu'ils ont inventée pour lancer une campagne contre la Syrie comme ils l'ont fait en Irak", a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne arabe "Al-Mayadeen", réalisée en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York. Des extraits ont été rendus publics lundi.
 
L'argument des Etats-Unis de la présence d'armes de destruction massive en Irak avait servi à justifier l'invasion de ce pays en mars 2003 et s'était ensuite avéré faux.
 
Le chiffre des réfugiés grimpe
 
M. Mouallem a toutefois gardé le flou sur la détention d'un tel arsenal par le régime, deux mois après que Damas a reconnu pour la première fois posséder des armes chimiques.
 
Le régime de Bachar al-Assad avait menacé de les utiliser en cas d'intervention militaire occidentale, mais jamais contre sa population.
 
S'agissant de la question des réfugiés, la Turquie a par ailleurs évalué dimanche à près de 100'000 le nombre de Syriens réfugiés sur son territoire.
 
Ankara a réclamé une aide internationale pour continuer à les accueillir. Au total, 93'576 réfugiés sont logés dans treize camps dispersés dans le sud-est de la Turquie, frontalière avec la Syrie.