Maroc: onze personnes jugées après la mort d'un marchand de poissons

Alors qu'un marchand de poissons est mort écrasé dans une benne vendredi, onze personnes ont été présentées à un juge. Elles sont soupçonnées de faux en écriture publique et homicide involontaire.
01 nov. 2016, 11:57
/ Màj. le 01 nov. 2016 à 12:18
Le décès du marchand de poissons a déclenché l'un des plus vastes mouvements de protestation dans le pays depuis 2011.

Onze personnes ont été présentées à un juge d'instruction au Maroc après la mort vendredi d'un vendeur de poisson, écrasé accidentellement dans une benne, a indiqué la justice. Cette affaire a suscité une vive émotion dans le pays.

Le procureur général du roi à Al-Hoceima (nord) a annoncé dans un communiqué avoir "décidé de déférer devant le juge d'instruction 11 personnes (...) pour faux en écriture publique et homicide involontaire suite au décès de cet homme".

Parmi elles figurent "deux agents d'autorité, le délégué de la pêche maritime, le chef de service de la délégation de la pêche maritime et le médecin-chef du service de la médecine vétérinaire", précise le communiqué du procureur, relayé par l'agence de presse officielle MAP.

La "décision de déférer ces 11 individus fait suite à la réception du procès-verbal de l'enquête, dans lequel plus de 20 personnes ont été auditionnées, et contenant les résultats de plusieurs constatations et confrontations", ajoute-t-il.

 

Homicide involontaire

Ce marchand de poisson âgé d'une trentaine d'années est décédé vendredi soir écrasé alors qu'il tentait de s'opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise.

Les circonstances atroces de sa mort ont suscité l'indignation dans le pays, avec une vague de manifestations populaires à Al-Hoceima, dans la région du Rif, et des rassemblements de moindre ampleur dans d'autres grandes villes.

Menée par la police judiciaire, l'enquête a établi que le conducteur du camion dans la cabine avait "reçu un signal d'un ouvrier de la société (de ramassage d'ordure) d'alimenter la benne tasseuse en électricité" alors que le poissonnier était monté avec plusieurs personnes à l'arrière de la benne "pour empêcher que les poissons n'y soient chargés".

"La benne tasseuse s'est alors mise en marche (...), provoquant ainsi la mort" de la victime. L'enquête n'a révélé "aucun ordre d'agression de la victime par une partie quelconque", et le parquet a estimé que "les actes commis revêtent le caractère d'un homicide involontaire".

 

Protestation populaire

Cet incident a déclenché l'un des plus vastes mouvements de protestation dans le pays depuis 2011, quand le mouvement du 20 février avait organisé des manifestations en faveur de réformes démocratiques inspirées par les révoltes du "printemps arabe" dans d'autres pays.

"Les manifestations se poursuivront jusqu'à ce que tous les responsables de ce crime soient punis", a déclaré l'un des organisateurs de la contestation. "Nous voulons aussi la garantie que cela ne se reproduira pas. Cela doit commencer en chassant les personnes corrompues de l'administration publique".

Des manifestations de moindre ampleur ont également eu lieu lundi soir dans plusieurs autres villes du royaume, dont la capitale Rabat, Oujda dans l'Est ou encore Settat dans le centre.