Philae: déjà "une moisson de données extraordinaires"

Le robot Philae a fait l'objet d'un check-up jeudi au lendemain de son atterrissage sur la comète "Tchouri". Malgré qu'il soit coincé dans une zone assez accidentée, le long d'une paroi rocheuse, les scientifiques restent confiants et évoquent déjà "une moisson de données extraordinaires".
07 août 2015, 14:26
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Les premières images de la comète, prise à quelques kilomètres seulement par Philae, ont été diffusées jeudi.

"Une moisson de données" ont déjà été récoltées par Philae, a annoncé jeudi Marc Pircher, directeur du CNES à Toulouse. Le petit robot faisait l'objet d'un check-up pour vérifier son arrimage au sol et l'état de ses instruments après son atterrissage mouvementé mercredi sur le noyau de la comète "Tchouri".

"Les analyses magnétiques révèlent que Philae a effectué trois atterrissages à 15h33, 17h26 et 17h33" (GMT), a annoncé jeudi matin l'Agence spatiale européenne dans un tweet. La veille, l'ESA avait déjà évoqué l'éventualité d'un double atterrissage.

Les harpons du robot laboratoire ne se seraient pas activés, ce qui aurait provoqué ces rebonds. Mais les responsables du programme européen restent optimistes.

"On est bien posé"

Le président du CNES (Centre national d'études spatiales) Jean-Yves Le Gall a relativisé le problème, soulignant que "l'information la plus importante, c'est qu'on est bien posé. Ensuite, on va voir ce qu'on fait sur les harpons. On est en train de faire une sorte de check-up de Philae".

Au deuxième rebond, le robot est allé se coincer dans une zone assez accidentée, le long d'une paroi rocheuse, "à un endroit où on ne voulait surtout pas qu'il se pose parce qu'il n'y a pas beaucoup de lumière, seulement une heure trente de jour toutes les douze heures", a déclaré Marc Pircher, directeur du CNES à Toulouse, lors d'un point de presse.

"Philae est maintenant un peu de guingois, apparemment sur deux pieds au lieu de trois, complètement incliné. La chance qu'on a, c'est qu'il s'est retrouvé avec les antennes vers le ciel, ce qui fait que la communication marche bien avec Rosetta", a-t-il ajouté.

"Parfaitement heureux"

Par ailleurs, sa pile "fonctionne bien et lui fournit de l'énergie", a précisé Philippe Gaudon, chef du projet Rosetta au CNES à Toulouse. "Nous pouvons lui envoyer des commandes et il nous envoie des données", a-t-il déclaré.

Avant d'insister: "Notre priorité est de continuer à faire des analyses scientifiques sans rien bouger". Le robot va radiographier l'intérieur de la comète, étudier son magnétisme, faire des images du sol, analyser les molécules complexes dégagées par la surface.

"On est parfaitement heureux (...), on a déjà une moisson de données extraordinaire!" s'est de son côté réjoui Marc Pircher. La mission de Philae est notamment de faire des prélèvements qui donneront des informations sur les origines du système solaire, voire sur l'apparition de l'eau et de la vie sur Terre.

Forages repoussés

Son objectif pourrait cependant être revu légèrement à la baisse. En effet, les premières données reçues après l'atterrissage sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko font planer des doutes sur les capacités du robot à assurer la totalité de son programme scientifique, notamment les deux forages destinés à recueillir des échantillons du sol de la comète. Ils sont "pour l'instant repoussés", a indiqué M. Gaudon.

Le temps presse pour les scientifiques, la pile de Philae ne devant durer que 50 à 55 heures. Ensuite, ses panneaux solaires devraient prendre le relais pour alimenter des batteries rechargeables et lui permettre de poursuivre le travail à un rythme très ralenti. L'endroit peu ensoleillé où il se trouve risquant de poser problème, son fonctionnement sera peut-être écourté.

Un projet sur vingt ans

Au mieux, il est prévu que Philae fonctionne jusqu'en mars. Au-delà, il est condamné à mourir de chaleur, lorsque la comète se rapprochera du Soleil. Quelle que soit la situation du robot à la surface de la comète, Rosetta qui a déjà parcouru 6,5 milliards de kilomètres dans l'espace, poursuivra son escorte de Tchouri au moins jusqu'au 13 août prochain. C'est à cette date que la comète passera au plus près de l'astre.

D'un coût total de 1,3 milliard d'euros, la mission Rosetta mobilise environ 2000 personnes depuis 20 ans.

La conférence de presse du CNES donnée ce jeudi à midi

"Une autre image étonnante de ma nouvelle maison", communique jeudi le robot Philae sur Twitter.