Philippines: l'aide humanitaire bloquée hors des régions les plus touchées

La majorité de l'aide pour les rescapés du typhon "Haiyan" aux Philippines, "reste bloquée sur les plateformes de fret et peine à atteindre les régions isolées", déplore mercredi Médecins sans frontières.
07 août 2015, 12:02
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
epa03957607 Filipino Mario collects wood in the super typhoon devastated city of Guiuan, Samar island, Philippines, 20 November 2013. Typhoon Haiyan struck on 08 November with record winds of more than 300 km per hour. It caused a storm surge that flattened cities and towns, killing at least 3,982 people, with 1,602 missing, the national disaster relief agency said. About four million people were displaced and more than 18,000 were injured.  EPA/BAGUS INDAHONO

Dix jours après le passage du typhon dévastateur qui a endeuillé l'archipel, la majorité de l'aide "reste bloquée sur les plateformes de fret et peine à atteindre les régions isolées", écrit Médecins sans frontières (MSF). Par ailleurs, la Chine, critiquée pour son aide modeste, a envoyé ses premiers secouristes mercredi.

"Plus on s’enfonce dans les zones rurales, moins on y trouve de l’aide", explique Caroline Seguin, coordinatrice du programme d’urgence de MSF à Tacloban, citée dans un communiqué de l'organisation envoyé mercredi. Principal problème: "Les aéroports ne disposent pas des infrastructures adéquates pour décharger et stocker les quantités gigantesques de cargo qui arrivent."

Selon l'ONG, des centaines d’expatriés sont sur place et "les hangars des ports et des aéroports sont saturés, incapables de gérer un tel fret". Dans certaines villes sévèrement touchées comme à Tanauan, sur l'île de Leyte, les routes n'ont toujours pas pu être déblayées, empêchant l'accès de l'aide à ceux qui en ont le plus besoin, et "des corps flottent encore dans les rivières".

2,5 millions de nécessiteux

Malgré les difficultés géographiques et logistiques, dans les régions qui ont été ravagées par des vents à plus de 300 km/h et des vagues de 5 mètres, l'accent est mis sur la distribution des vivres et du matériel médical.

Selon une estimation du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU, quelque 2,5 millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire. Le bilan provisoire du typhon est lui d'environ 4000 morts et quatre millions de déplacés.

Le dispositif de l'aide internationale s'est considérablement étoffé en fin de semaine dernière avec l'arrivée du porte-avions américain "George Washington". Le bâtiment a débarqué d'importantes quantités de matériel et de nourriture transportées ensuite par hélicoptère.

Secouristes chinois sur le départ

Les Philippins pourront aussi bientôt compter sur l'aide chinoise. Des sauveteurs devaient partir mercredi vers les Philippines, alors que les premières cargaisons d'aide humanitaire chinoises arrivaient mardi à destination.

Ces secouristes de la Croix-Rouge chinoise devaient être suivis "ces prochains jours" par une équipe médicale d'urgence, a indiqué lors d'une conférence de presse Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Les membres de l'organisation seront répartis en deux groupes de 16 et 14 personnes, tandis que l'équipe médicale gouvernementale aura 51 membres, a-t-il précisé.

Le "Peace Ark", premier grand navire-hôpital de la marine chinoise, partira jeudi vers les Philippines. Ce bâtiment moderne de 14'000 tonnes et 300 lits est un outil crucial pour la propagande et le "soft power" de Pékin, qui l'envoie régulièrement dans les ports d'Afrique de l'Est et d'Asie pour des soins gratuits aux populations côtières.

Vives critiques

La Chine, deuxième économie mondiale, a été la cible de vives critiques pour son offre d'assistance initiale jugée mesquine au regard de ses moyens. La petitesse de cette aide a été perçue comme des représailles de Pékin dans le conflit territorial qui l'oppose à Manille. La Chine a catégoriquement démenti cette idée.

Alors qu'Etats-Unis, Japon, Australie ou encore Norvège promettaient chacun des dizaines de millions de dollars, le gouvernement chinois avait d'abord proposé 100'000 dollars (91'500 francs) afin d'aider les rescapés du typhon Haiyan. Une somme qu'il a relevée par la suite à 1,6 million de dollars sous forme de couvertures, tentes et autres matériels.