Plantu fête son 40e anniversaire de dessins de presse au "Monde"

Le Monde de mardi (lundi en France) sera entièrement illustré par Jean Plantureux, dit Plantu, qui fête son 40e anniversaire de dessins de presse dans le quotidien français.
06 août 2015, 14:44
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Plantu illustre entièrement l'édition de lundi (mardi en Suisse) du "monde" à l'occasion du 40e anniversaire de son premier dessin de presse.

Jean Plantureux, dit Plantu, a publié son premier dessin dans le Monde il a 40 ans: pour lui rendre hommage, le quotidien qui sort lundi (mardi en Suisse) est entièrement illustré par ce journaliste et homme de paix, qui voudrait que les dessinateurs "construisent des ponts" entre les civilisations et les religions.

"En 1972, je travaillais aux Galeries Lafayette et pendant trois mois, j'ai déposé des dessins au siège du "Monde", d'abord sans les adresser à un destinataire particulier", raconte-t-il.

"Un jour, un garçon d'étage, un appariteur en uniforme gris, m'a présenté à un des rédacteurs en chef, Bernard Lauzanne, qui m'a reçu. Il a publié mon premier dessin le 2 octobre 1972, pour accompagner un article sur le Vietnam. Ca a commencé comme ça. Depuis, je dis qu'il faut croire à la chance".

André Fontaine le lance

En 1985, le directeur d'alors, André Fontaine, décide de lui donner chaque jour une place en Une. Depuis 1991, il publie aussi chaque semaine une page dans l'hebdomadaire "L'Express". Le premier dessin, en page intérieure du "Monde", représentait une colombe qui volait avec dans le bec un rameau en forme de point d'interrogation.

Ce symbole d'une paix incertaine n'a jamais quitté son oeuvre. Il a créé avec Kofi Annan une association de dessinateurs, "Cartooning for Peace", qui se réunit chaque année à Caen et organise des manifestations dans le monde entier, récemment au Pérou et à Istanbul. Deux autres sont prévues en novembre, à Montpellier et à Paris.

Plantu, 63 ans, est dessinateur et journaliste, en prise constante avec l'actualité. "C'est plus compliqué pour un journaliste qui écrit ou parle à la radio qui doit assumer sa part d'objectivité, alors que moi j'assume juste ma part de subjectivité", dit-il.

Le marketing, "au-dessus de dieux"

"Etre journaliste, c'est éviter d'aller dans le sens du poil et de l'audimat, et en même temps séduire le lecteur qui veut savoir ce qui se passe à travers le monde".

"Aujourd'hui on parle de blasphème, mais en fait au-dessus des dieux il y a un grand dieu, celui du marketing. Dans cette course a l'audience, les médias font très souvent de la caricature sans s'en rendre compte", affirme le dessinateur.

"C'est beaucoup plus dur depuis le 11 septembre, avec ce choc entre Occident et musulmans, et l'affaire du dessinateur danois", victime d'une tentative d'assassinat en 2008 pour des caricatures de Mahomet publiées en 2005 par le quotidien "Jyllands-Posten".

"C'est un choc pour la liberté d'expression qui va au-delà de celle des dessinateurs et des journalistes, mais touche celle de tous les citoyens", estime Plantu, qui souhaite que les dessinateurs "construisent des ponts entre civilisations et entre religions, qu'elles soient juive, musulmane ou agnostique".

Des moments très durs

Sa carrière n'a pas été de tout repos au "Monde", où les luttes internes sont feutrées mais parfois violentes. "Il y a eu des moments très durs, où je pensais que c'était fini pour moi au 'Monde'", dit-il.

"Un des pires moments, c'est d'avoir été mis en cause par la direction en 1995 devant 300 collaborateurs du journal", raconte-t-il. "On était deux à ne pas être d'accord sur le traitement des grandes grèves, (la journaliste) Annick Cojean et moi, là j'ai vraiment cru que c'était la fin. Mais on s'est soutenus mutuellement".

Dans le prolongement de ce numéro 'collector' du "Monde", les lecteurs pourront retrouver sur lemonde.fr un portfolio des dessins de Plantu. Outre ces hommages, une exposition de dessins de Plantu est organisée à Poitiers dans le cadre des sixièmes Assises du Journalisme, un des grands rendez-vous de la profession.

Jean Plantureux, qui ne semble guère rechercher les honneurs, estime que l'exposition aurait dû s'appeler "Bonjour les chevilles!". "Je fais comme si on ne parlait pas de moi, mais d'un autre, je me sens parfois un peu escroc", sourit le dessinateur.