Pologne: trois mille personnes ont manifesté à Varsovie pour dénoncer la proposition de loi visant à interdire l'avortement

Plus de trois mille personnes ont manifesté publiquement à Varsovie pour s'opposer contre la proposition de loi destinée à interdire l'avortement. La loi prévoit également l'interdiction en cas de viol ou de malformation du foetus.
09 avr. 2016, 20:09
/ Màj. le 09 avr. 2016 à 21:47
Une manifestation a eu lieu à Varsovie afin de s'opposer à la loi contre l'avortement.

Plus de trois mille personnes ont manifesté samedi à Varsovie devant le siège du Parlement pour protester contre une proposition de loi visant à interdire totalement l'avortement en Pologne. Des organisations anti-avortement viennent de soumettre, avec un fort soutien de l'Eglise catholique, un nouveau texte durcissant la loi actuelle, déjà très restrictive.

Réunis à l'appel d'une alliance regroupant plusieurs ONG féministes et partis de gauche, les manifestants ont brandi des banderoles proclamant: "L'enfer des femmes continue" et "Sauvons les femmes", a constaté une journaliste de l'AFP sur place.

"Assez, c'est assez", ont scandé les manifestants qui ont apporté des cintres en fil de fer, un instrument utilisé jadis pour pratiquer des avortements illégaux.

 

 

"C'est le symbole d'un procédé pratiqué autrefois. Je ne veux pas qu'en Pologne les femmes soient de nouveau condamnées à ce genre de souffrances et de dangers. Je ne veux pas que l'Eglise décide de tout pour nous", a déclaré Julian Damentko, 34 ans, traducteur d'anglais.

"Je veux que les femmes en Pologne aient le même choix que dans des pays civilisés, où le droit à l'IVG est une norme", a ajouté Urszula Kwasna, 37 ans.

Cinq ans de prison prévus

Selon la proposition de loi, une IVG serait interdite également en cas de viol ou de malformation du foetus. Elle serait uniquement autorisée pour préserver la vie de la mère. Le texte porte la peine maximale pour la personne qui pratique l'avortement à 5 ans de prison, contre 2 ans actuellement.

Le chef du parti conservateur au pouvoir PiS, Jaroslaw Kaczynski, et la Première ministre Beata Szydlo ont d'ores-et-déjà exprimé leur soutien à ce projet. Pour être débattu au Parlement, il doit encore réunir 100'000 signatures.

Ses adversaires ont lancé leur propre collecte de 100'000 signatures. Ils veulent déposer une proposition de loi en sens inverse, libéralisant l'avortement jusqu'au troisième mois de la grossesse.

Compromis entre Eglise et Etat

En Pologne, l'IVG est autorisée depuis 1993 et seulement dans trois cas: risque pour la vie ou la santé de la mère, examen prénatal indiquant une grave pathologie irréversible chez l'embryon, et grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste. Cette loi était considérée à l'époque comme "un compromis" entre l'Eglise et l'Etat.

Selon les estimations des organisations féministes, entre 100'000 et 150'000 femmes procéderaient clandestinement à une IVG chaque année, soit en Pologne, soit dans des cliniques allemandes, slovaques ou autrichiennes. Le nombre d'avortements autorisés en Pologne, pays de 38 millions d'habitants, oscille entre 700 et 1800 par an.