République démocratique du Congo: habitants et soldats fuient au Rwanda

Le poste frontière de Gisenyi est franchi par les habitants et militaires de République démocratique du Congo vers le Rwanda. Une avancée des rebelles de RDC menace Goma.
06 août 2015, 15:09
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le poste frontière de Gisenyi est franchi par les militaires et habitants de République démocratique du Congo vers le Rwanda, suite à une avancée des rebelles de RDC.

"On s'est dit: +pourquoi rester en ville si les militaires courent+" pour s'enfuir, explique, au poste-frontière de Gisenyi, au Rwanda, une habitante de Goma. La ville est menacée par une avancée rebelle, juste de l'autre côté de la frontière, en République démocratique du Congo (RDC).

Les mutins congolais du M23 ont mené ce week-end leur offensive la plus importante depuis mai dans la province orientale du Nord-Kivu, qui les a amenés aux portes de Goma, la capitale provinciale, provoquant la fuite des chefs militaires et de responsables administratifs.

Parmi une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants qui se pressent, fiches administratives en main devant les bureaux de l'immigration rwandaise dimanche en fin d'après-midi, tous ont entendu des tirs, en direction de l'aéroport, mais aucun n'a vu de rebelles, qui ont stoppé leur avancée à environ 5 km du centre-ville.

En revanche, "les militaires des FARDC (Forces armées de RDC, gouvernementales) couraient, c'est pour cela que l'on a eu peur", poursuit la jeune femme, qui tente de se frayer un chemin au milieu des enfants et des valises.

Les militaires fuient

"Il ne se passe rien à Goma, on ne sait rien, mais comme on a vu tout le monde partir, on s'est dit qu'on allait faire pareil", raconte l'épouse d'un commerçant de Goma, située à moins d'un kilomètre à vol d'oiseau de Gisenyi. Son mari dit en haussant les épaules avoir fermé boutique le temps que la situation se calme.

Un jeune homme, qui refuse de donner son identité, s'est décidé à partir après être "allé au niveau de l'aéroport; je suis monté sur les petites collines au-dessus de la ligne de front et j'ai vu les militaires qui prenaient la fuite".

Des hélicoptères de l'ONU, intervenus en appui des FARDC ont tiré dimanche des roquettes et au canon en direction des rebelles qui avançaient vers l'aéroport, selon un porte-parole des Nations unies.

Le flot des habitants fuyant vers Gisenyi est resté toutefois limité. Seuls les plus aisés ou ceux ayant des proches côté rwandais de la frontière ont quitté la ville.

"Tout le monde a peur, sauf que certains n'ont nulle part où aller", explique le jeune homme. Et "certains ont peur de traverser car nous pensons que le Rwanda contribue à ce qui se passe au Congo", poursuit-il, en référence aux accusations selon lesquelles l'armée rwandaise soutient le M23.

Personnel d'ONG évacué

Les ONG ont évacué une partie de leur personnel non essentiel vers Gisenyi. Robert Galmiche, un français employé en RDC depuis deux ans par une ONG britannique spécialisée dans le déminage a préféré franchir la frontière après avoir entendu des tirs de mortier dimanche matin.

"J'ai pris la décision d'évacuer mes hommes je ne voulais pas risquer leur vie (...) De toute façon, on ne pouvait rien faire " sur le terrain, explique-t-il.

A Goma, "beaucoup de gens ont fait leurs provisions et se sont enfermés chez eux. Seuls ceux qui ont les moyens de partir et d'aller à l'hôtel sont partis", poursuit-il.

Lundi matin, au poste-frontière de Gisenyi, l'heure était plus au retour vers Goma. Robert Galmiche est reparti à Goma régler des problèmes administratifs, mais dit compter quitter rapidement la ville pour installer son équipe plus en direction de la frontière ougandaise afin de l'éloigner des combats.

Des rumeurs

Arrivé dimanche après-midi avec quelques collègues et amis à Gisenyi, Vikas Dabi, un Indien de 32 ans qui travaille depuis six ans dans une agence de voyage de Goma est rentré chez lui lundi matin.

"On s'ennuie ici, à l'hôtel, on n'est pas chez nous", explique-t-il juste avant de reprendre la route, "en plus, comme l'armée s'est retirée de la ville, on a peur de se faire cambrioler nos maisons".

"Hier tout le monde avait peur, mais c'était surtout à cause des rumeurs", dit-il, "on a appelé un ami (...) il nous a dit que c'était calme en ville".

La situation restait néanmoins volatile sur le terrain. Lundi matin, le M23 a exigé que l'ouverture sous 24 heure de "négociations politiques directes" avec le gouvernement et "la démilitarisation totale de la ville et de l'aéroport de Goma"