Tueries en France: Al-Djazira ne diffusera pas les images des meurtres

Nicolas Sarkozy annonce de nouvelles mesures contre les dérives extrémistes. La chaîne Al-Djazira a pour sa part décidé de ne pas diffuser les vidéos des tueries perpétrées par Mohamed Merah.
05 août 2015, 16:09
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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Nicolas Sarkozy a annoncé mardi de nouvelles mesures contre les dérives extrémistes et le risque terroriste en France, cinq jours après l'épilogue de l'affaire Mohamed Merah. Il a dénoncé les polémiques "honteuses" qu'elle a suscitées. La chaîne Al-Djazira a pour sa part décidé de ne pas diffuser les vidéos des tueries.

Le président français et les familles des victimes avaient demandé à la chaîne qatarie de ne pas diffuser les vidéos des sept meurtres commis entre le 11 et le 19 mars à Toulouse et à Montauban.

"Conformément à son code d'éthique et compte tenu du fait que les vidéos n'ajoutent aucune information qui n'est pas déjà du domaine public, Al-Djazira ne diffusera pas leurs contenus", a réagi la chaîne.

L'Elysée a salué une décision "raisonnable" et prévenu que les autorités françaises brouilleraient toute "diffusion" des vidéos par une autre chaîne qui possèderait ces images.

Al-Djazira a rappelé que les vidéos intitulées "Al-Qaïda attaque la France", reçues par le bureau parisien de la chaîne, avaient été remises à la police. Un porte-parole a encore précisé que la télévision avait refusé plusieurs demandes de chaînes concurrentes qui voulaient disposer de ces vidéos.

Une troisième personne

Filmé par Mohamed Merah grâce à une mini caméra sanglée sur lui, le montage des images des assassinats, stocké sur une clé USB, était contenu dans une enveloppe postée mercredi et envoyée au bureau parisien de la chaîne. L'auteur de l'envoi ne serait pas le tueur lui-même, selon la police. Les enquêteurs recherchent un éventuel troisième homme, qui serait aussi impliqué dans le vol du scooter.

L'enveloppe portait le cachet du centre de tri de Castelnau-d'Estrétefonds, à environ 25 km au nord de Toulouse. D'après la police, ce colis a pu être posté de n'importe quel bureau de la région mardi ou mercredi. Mais les enquêteurs sont quasi certains que la personne qui a posté les vidéos n'était pas Mohamed Merah.

Autre détail: ce dernier ne possédait pas d'ordinateur chez lui pour préparer le montage de copies des films.

Nicolas Sarkozy a reçu de son côté à l'Elysée, pour les remercier, tous les services qui ont participé à la traque du tueur de 23 ans, qui se réclamait de la nébuleuse islamique Al Qaïda et a abattu trois militaires musulmans, trois enfants juifs et un rabbin en dix jours avant d'être lui-même tué.

"Je laisse les polémiques à leurs auteurs et ces mêmes auteurs à leurs contradictions. Pour l'heure, il faut agir", a déclaré le président français. "Nous avons agi pour mettre un terme à la trajectoire sanglante d'un tueur. Nous devons agir pour que ce parcours reste un drame isolé."

Procédures d'expulsion accélérées

Le président a annoncé une accélération des procédures d'expulsion pour motif d'ordre public. Il a aussi demandé à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de vérifier "de façon approfondie" la situation de toute personne représentant un risque potentiel.

Nicolas Sarkozy a également rappelé des mesures déjà annoncées. Elles visent notamment à permettre à la police et à la justice d'enquêter "avec les moyens procéduraux de la lutte antiterroriste" sur les sites internet d'appel au djihad et à créer un délit de "consultation habituelle" des sites faisant l'apologie d'actes terroristes ou pouvant aider à en commettre.

Le ministre de la Justice Michel Mercier a pour sa part été chargé de conduire une réflexion "urgente et approfondie" sur la propagation des idéologies extrémistes en milieu carcéral. M. Sarkozy a par ailleurs réaffirmé qu'il était intervenu "directement" pour empêcher des prédicateurs musulmans réputés pour la violence de leurs propos de venir en France.

Président et candidat

Il a aussi dit avoir fait interdire une manifestation de "femmes voilées" qui voulaient protester contre la mort de Mohamed Merah. Enfin, il s'est indigné de ce que le père du tueur, qui vit en Algérie, ait annoncé son intention de porter plainte contre la France pour la mort de son fils.

Mais sous le président est rapidement réapparu le candidat à un second mandat, qui est reparti en campagne dans la région de Nantes presque aussitôt après cette réception.