Turquie: les présidents de l'opposition arrêtés, Twitter et WhatsApp bloqués dans tout le pays

Après avoir voté la levée de l'immunité des députés, le gouvernement turc a arrêté en une nuit treize membres du parti pro-kurde HDP, dont les deux co-présidents. Les réseaux sociaux Twitter et WhatsApp ont par ailleurs été bloqués sur tout le territoire.
04 nov. 2016, 07:09
/ Màj. le 04 nov. 2016 à 09:09
Selahattin Demirtas (centre) et Figen Yuksekdag (gauche) sont les co-présidents du parti pro-kurde HDP.

Les deux co-présidents du Parti démocratique des peuples (HDP, pro-kurde), Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, figurent parmi les 11 parlementaires arrêtés jeudi par la police turque. Deux autres députés sont visés par des mandats d'arrêts qui n'ont pu être exécutés, les parlementaires étant à l'étranger.

Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, qui co-dirigent le HDP, ont été arrêtés à leur domicile, à Diyarbakir, la grande ville kurde du sud-est turc pour le premier et à Ankara pour la seconde. M. Demirtas était venu en Suisse au mois de juin, à l'invitation du groupe parlementaire Relations avec le peuple kurde. Il avait alors formulé plusieurs critiques envers le président turc Recep Tayyip Erdogan et l'Europe.

La police a également mené des perquisitions dans les locaux du HDP à Ankara. Des images diffusées par la télévision montrent des responsables du parti apostrophant la police et un journaliste de Reuters a constaté que des véhicules de police bouclaient les alentours du bâtiment.

Les autorités turques reprochent aux parlementaires d'avoir refusé de témoigner dans des dossiers liés à "la propagande terroriste", ont expliqué leurs avocats. "Le HDP appelle la communauté internationale à réagir contre le coup d'Etat que mène le régime d'Erdogan", a déclaré le HDP sur son compte Twitter.

"C'est une très mauvaise nouvelle pour la Turquie. Encore une fois", a déploré sur son compte Twitter Kati Piri, rapporteur du Parlement européen sur la Turquie.

 

 

Immunité levée

L'opération policière survient alors que la Turquie vit sous état d'urgence depuis la tentative de coup d'Etat de juillet. Plusieurs pays européens et ONG accusent les autorités turques de ne pas se limiter aux présumés putschistes et de cibler des opposants.

En mai, le Parlement turc a voté la levée de l'immunité des députés menacés de poursuites judiciaires, une mesure contestée visant notamment les élus du HDP.

Twitter et WhatsApp bloqués

Par ailleurs, l'accès au réseau social Twitter et à la messagerie WhatsApp a été bloqué en Turquie, a-t-on appris vendredi auprès de Turkey Blocks, une organisation spécialisée dans la surveillance d'internet.

Selon Turkey Blocks, le blocage a été effectué grâce à la technique du "throttling" qui consiste à ralentir l'accès aux sites jusqu'à les rendre inutilisables. Des difficultés d'accès à Twitter et à Facebook ont été signalées dans la nuit de jeudi à vendredi dans la foulée de l'arrestation d'une dizaines de députés appartenant au HDP, le parti pro-kurde.