Ukraine: la Crimée plébiscite son rattachement à la Russie

La Crimée a massivement voté pour le référendum prônant le rattachement à la Russie. Des sanctions occidentales contre Moscou devraient se multiplier ce lundi pour dénoncer ce vote.
07 août 2015, 13:29
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
La Crimée s'acheminait lundi encore davantage vers le rattachement à la Russie au lendemain d'un référendum marqué par une victoire massive du "oui".

La Crimée s'acheminait lundi encore davantage vers le rattachement à la Russie au lendemain d'un référendum marqué par une victoire massive du "oui". Les Occidentaux, qui dénoncent le vote, doivent annoncer dans les prochaines heures de nouvelles sanctions contre Moscou.

A Simféropol, la capitale de la république séparatiste qui chantait dimanche soir l'hymne national russe, le parlement local se réunit lundi en session extraordinaire pour adopter officiellement une demande de rattachement qu'il adressera à la Russie et confirmer les résultats définitifs du oui (plus de 95%).

Des députés de Crimée s'envolent le même jour à Moscou où la Douma, la chambre basse du Parlement russe, achève la préparation du projet de loi sur l'intégration de la Crimée à la Russie.

A Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent à 08h30 pour décider de sanctions. L'Union européenne avait averti qu'elle mettrait, en cas d'acceptation du référendum, ses menaces à exécution dès lundi en établissant une liste noire de responsables russes et ukrainiens prorusses visés par des sanctions.

Référendum "jamais" reconnu

Le président américain Barack Obama a fait écho aux Européens en évoquant d'éventuelles sanctions supplémentaires contre Moscou. Il a averti son homologue russe Vladimir Poutine que les Etats-Unis et leurs alliés ne reconnaîtraient "jamais" le référendum sur la Crimée de dimanche.

Emboîtant le pas à la Chine, le président de l’OSCE Didier Burkhalter a appelé à trouver une solution diplomatique à la crise. Il prône l'ouverture d'un dialogue, "dans un esprit de paix et dans le respect du droit international". Le chef de la diplomatie suisse a mené des entretiens "au plus haut niveau" durant le week-end.

La crise, née en novembre d'un mouvement de contestation du pouvoir du président Viktor Ianoukovitch, aura accouché au bout de quatre mois de la pire crise diplomatique entre grandes puissances depuis la fin de l'Union soviétique en 1991. Elle pourrait permettre à la Russie, une fois la Crimée absorbée, d'étendre son territoire pour la première fois depuis 1945.

"95,5% ont voté pour le rattachement de la Crimée à la Russie", a annoncé le président de la commission électorale locale, faisant état des premiers résultats après le dépouillement de plus de la moitié des bulletins. Le taux de participation a atteint 81%.

Hymne national russe

"Nous rentrons à la maison!" a lancé le "premier ministre" de Crimée, Serguiï Axionov, place Lénine à Simféropol, avant d'entonner l'hymne national russe avec la foule.

Dès l'annonce des résultats, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Simféropol et Sébastopol, qui abrite la flotte russe de la mer Noire, pour fêter la victoire du rattachement de la péninsule à la Russie.

Le référendum, présenté comme un exercice de démocratie populaire par les autorités séparatistes et par Moscou, se déroulait en présence de milliers de soldats russes qui contrôlent la région depuis deux semaines aux côtés de milices séparatistes.

La question posée donnait aux électeurs le choix entre "la réunification avec la Russie en tant que membre de la Fédération de Russie" ou le retour à un statut, datant de 1992 et jamais appliqué, d'autonomie élargie à l'égard de Kiev.

Manifestations prorusses

Dans l'Est de l'Ukraine, des manifestants prorusses, encouragés par le référendum, ont procédé à une démonstration de force dans les grandes villes industrielles en passe de devenir de nouveaux "points chauds".

A Donetsk, ancien fief du président Ianoukovitch, des protestataires ont pénétré dans les sièges du parquet et des services spéciaux (SBU). A Kharkiv, l'ancienne capitale de l'Ukraine, 6000 prorusses ont organisé un meeting référendum pour plus d'autonomie et pour la "souveraineté" de la langue russe.

Petite note insolite, l'équipe de Simféropol et le Dynamo de Kiev ont disputé dimanche un match de football. Le Dynamo, un habitué de la Ligue des champions, l'a emporté 2-1.