Un officiel libyen enlevé à Tripoli, où la colère gronde

Le numéro deux des renseignements libyens a été enlevé dimanche à Tripoli. Les habitants y observent une grève générale pour dénoncer les heurts meurtriers des deux derniers jours, qui font craindre une escalade de la violence.
07 août 2015, 12:02
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
La colère de la population se fait toujours plus forte en Libye.

Le directeur adjoint des services de renseignements libyens a été enlevé dimanche à l'aéroport de Tripoli. Au même moment, le Conseil municipal de la capitale appelait les habitants à se mettre en grève et à manifester pour exiger du gouvernement l'expulsion de toutes les milices de la ville.

Moustafa Noah, qui dirige l'espionnage libyen, a été embarqué de force dans une voiture alors qu'il quittait l'aéroport sans protection policière après un déplacement en Turquie, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité.

Cet enlèvement n'a pas été revendiqué, mais les diverses milices qui imposent leur loi en Libye depuis la chute du colonel Kadhafi, il y a deux ans, se sont souvent rendues coupables de tels actes.

Retour au calme salué

Pourtant, la situation était redevenue plutôt calme dans la ville et dans sa banlieue est dimanche. La veille, des groupes armés avaient empêché des miliciens originaires de Misrata (200 km à l'est de Tripoli) de pénétrer dans la capitale.

Le gouvernement avait salué ce retour au calme, affirmant que la situation sécuritaire à Tripoli était «excellente» et «sous contrôle», et assurant que «les services compétents des ministères de la Défense et de l'Intérieur ont pris toutes les dispositions nécessaires pour sécuriser la ville» après les heurts.

Ceux-ci avaient éclaté quand une milice de Misrata, installée dans le quartier de Gharghour dans le sud de Tripoli, a tiré sur des manifestants pacifiques venus réclamer son départ de la capitale. En représailles, des hommes armés ont attaqué le QG de cette milice, au prix d'affrontements qui ont fait au moins 43 morts et plus de 450 blessés, selon le ministère de la Santé.

Appel à la désobéissance civile

Samedi, d'autres milices sont intervenues pour venir en aide à la première, générant de nouvelles violences. Les événements ont ravivé la colère à Tripoli: le Conseil local a appelé à une grève générale de trois jours «en signe de deuil» et de solidarité avec les familles des victimes.

Et des habitants, exaspérés par les exactions des milices, ont appelé samedi à la désobéissance civile, érigeant des barricades sur d'importantes artères et brûlant des pneus.

Dimanche en fin d'après-midi, plusieurs routes étaient fermées à la circulation. Dans la vieille ville et au centre de Tripoli, ainsi que dans les banlieues de Fachloum, Tajoura (est) et de Janzour (ouest), la plupart des magasins ont laissé leurs rideaux baissés.

Les banques ont aussi fermé leurs portes, ainsi que la plupart des écoles et des universités.

Appel à la retenue

«Les événements de ces derniers jours (...) illustrent l'étendue des actes irresponsables des milices (...) et l'incapacité du gouvernement à les contrôler», a estimé Hanan Salah, représentante de Human Right Watch en Libye.

Les Etats-Unis se sont dits samedi «profondément inquiets», exhortant «toutes les parties à la retenue».

Dans un communiqué, le Conseil local a appelé les habitants de la capitale «au calme et à la retenue», les invitant à donner une chance à des médiations en cours en vue de mettre fin aux violences.

Les Tripolitains protestent régulièrement contre la présence de factions armées. Venues d'autres localités, elles avaient participé à la libération de Tripoli du régime de Mouammar Kadhafi en août 2011, mais, profitant du vide sécuritaire, n'ont pas quitté la capitale.