Un timbre inspiré d'une Femen fait débat en France

Une Marianne inspirée d'une Femen pour un timbre fait débat en France.
07 août 2015, 11:34
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le timbre a été révélé par le président François Hollande.

La sortie en France d'un nouveau timbre à l'effigie de Marianne, symbole de la république, suscite la polémique. Ses traits, entre BD et manga, ont été inspirés par le visage d'une des Ukrainiennes ayant fondé le groupe féministe controversé Femen.

En France, le timbre représente de coutume Marianne, représentation imagée non seulement de ce pays, mais des valeurs nées de la Révolution française. Elle apparaît invariablement coiffée d'un bonnet phrygien, symbole de la Révolution de 1789.

Le nouveau timbre a été dessiné par le duo David Kawena-Olivier Ciappa. Il avait été dévoilé dimanche à l'Elysée par le président François Hollande qui soulignait que son effigie était "l'illustration" de la jeunesse, "priorité de (son) mandat".

Mais dans la soirée, Olivier Ciappa, dont l'exposition de photos en faveur du mariage homosexuel avait été vandalisée à deux reprises en juin à Paris, a fait savoir qu'une des fondatrices des Femen, l'Ukrainienne Inna Shevchenko, l'avait en partie inspiré pour ce dessin.

Un mélange de personnages

"Pour tous ceux qui demandent le modèle de Marianne, c'est un mélange de plusieurs femmes, mais surtout Inna Shevchenko, fondatrice des Femen", écrit-il sur son compte Twitter.

Joint par l'AFP, l'artiste tempère ses propos. "Inna Shevchenko n'est pas la seule inspiration de ce timbre. Ce n'est pas Inna qui est devenue Marianne. C'est un mélange de personnages réels", explique M. Ciappa.

Et de citer l'actrice "Marion Cotillard qui représente le talent de la France à l'étranger", mais aussi la ministre socialiste de la Justice, Christiane Taubira, qui a porté le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels.

"Pour moi, Marianne, qui est représentée seins nus, aurait certainement été en 1789 une Femen car elle se battait pour les valeurs de la République, la liberté, l'égalité, la fraternité. Inna est la seule parmi celles qui m'ont inspiré à ne pas être française", a ajouté Olivier Ciappa. "J'assume d'être un artiste engagé, et du coup politisé", conclut-il.

Levée de boucliers conservatrice

Cette annonce a déclenché une salve de critiques dans les rangs de la droite conservatrice.

Le Parti démocrate chrétien, dont l'ex-ministre Christine Boutin était la présidente jusqu'à la semaine dernière, a appelé sur Twitter au boycott du nouveau timbre. Et le Printemps français, une nébuleuse d'opposants au mariage homosexuel pour la plupart liés à l'Eglise catholique, a dénoncé une "nouvelle Marianne à l'image du gouvernement : christianophobe, haineuse et idéologue !".

"N'y a-t-il pas assez de femmes belles et emblématiques en France pour que nous importions nos modèles d'Ukraine ?", a déploré le Printemps français.

"C'était totalement inattendu", a réagi pour sa part Inna Shevchenko. Avec Marianne, "la France a toujours reconnu le rôle des femmes qui luttent, c'est un symbole pour le monde entier", a-t-elle ajouté.

Peu avant, avec son sens habituel de la provocation, la jeune femme avait nargué dans un tweet ses détracteurs : "Maintenant tous les homophobes, extrémistes, fascistes vont devoir me lécher le cul lorsqu'ils voudront envoyer une lettre".

"Femen est fière d'être devenue un symbole officiel de la France ! Liberté, égalité, femen", a commenté le groupe féministe sur son compte Twitter.

Réfugiée en France

Arrivée en France en août 2012, Inna Shevchenko, 23 ans, a ouvert à Paris un premier centre de "nouveau féminisme" où des jeunes femmes s'entraînent au mode d'action popularisé en Ukraine et en Russie : des opérations hautement médiatiques où elles apparaissent seins nus pour dénoncer le sexisme, l'homophobie, la prostitution et la religion.

Inna Shevchenko est menacée de poursuites en Ukraine pour avoir découpé à la tronçonneuse une croix orthodoxe en signe de protestation après la condamnation en Russie de trois membres du groupe Pussy Riot, qui avaient chanté une "prière punk" contre le président Vladimir Poutine dans une cathédrale de Moscou. Elle a annoncé début juillet avoir obtenu le statut de réfugiée en France.