Venezuela: Maduro et Capriles s'affrontent pour la première présidence après Chavez

Le dauphin du "Commandante" Hugo Chavez, l'actuel président intérimaire Nicolas Maduro et le leader de l'opposition Henrique Capriles s'affronte dimanche pour prendre la tête du gouvernement au Venezuela.
07 août 2015, 11:13
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Cette femme écrit sur son ventre: "mon avenir est assuré avec Maduro". Dimanche, le Venezuela va connaître la première présidentielle de l'ère post-Hugo Chavez. Duel opposera le dauphin du "Comandante", Nicolas Maduro, et le chef de l'opposition Henrique Capriles.

Le Venezuela va connaître dimanche la première présidentielle de l'ère post-Hugo Chavez. Ce duel opposera le dauphin du "Comandante", Nicolas Maduro, et le chef de l'opposition Henrique Capriles, décidé à sonner la fin de la "révolution socialiste" dans ce riche pays pétrolier.

Organisée après la disparition de M. Chavez, décédé le 5 mars au terme d'une longue bataille contre le cancer, ce scrutin prévu sur un seul tour a plongé le pays dans une courte et intense campagne, marquée par le spectre du dirigeant charismatique aux quatorze années de règne sans partage.

Adoubé par l'ancien chef de l'Etat avant sa mort , Nicolas Maduro, qui assure la présidence par intérim, part largement favori face au gouverneur de l'Etat de Miranda (nord). Selon les enquêtes, son avance atteint jusqu'à vingt points.

Ancien chauffeur de bus

Issu du monde syndical, M. Maduro, un ancien chauffeur de bus de 50 ans, a gravi rapidement les échelons du régime, dont il fut le chef de la diplomatie à partir de 2006 puis vice-président en 2012.

Cet homme à la carrure et la moustache imposantes promet de "respecter le testament" de son mentor contre "les bourgeois" et les "fascistes", lors de ses meetings bondés à travers tout le pays, acclamé sous le slogan "Chavez vit, la lutte continue".

"La stratégie de Maduro est d'incarner toute la symbolique de Chavez et être celui qui va permettre aux Vénézuéliens d'accomplir sa dernière volonté", explique le politologue Luis Vicente Leon, directeur de l'institut Datanalisis.

Un vote de commémoration

Dans les rues de Caracas, les portraits du champion défunt de la gauche latino-américaine restent omniprésents et la télévision publique continue de retransmettre régulièrement ses discours.

"Dimanche, ce sera un vote pour Chavez, un vote de commémoration, un vote de soutien à la révolution", lance Jose Carillo, un ferrailleur de 29 ans, près d'un des innombrables kiosques rouges diffusant la propagande officielle dans les rues de la capitale.

Dans la grande tradition "chaviste", M. Maduro a également accusé l'opposition de fomenter des complots avec les Etats-Unis, dont il a récemment expulsé deux diplomates, et de vouloir mettre fin aux "missions bolivariennes" - les programmes sociaux financés par la manne pétrolière - qui ont extrait des millions de Vénézuéliens de la pauvreté.

L'opposition unie

En face, M. Capriles, élégant avocat de 40 ans qui fut l'un des plus jeunes députés du pays, est déjà doté d'une solide expérience politique, qu'il a confirmée en réunissant l'opposition, naguère réputée pour ses divisions. Lors de la présidentielle d'octobre, il a obtenu 44% des suffrages, le score le plus élevé pour un candidat de l'opposition à M. Chavez.

S'il prend soin de ne pas trop écorner le mythe du "Comandante", il concentre ses attaques sur le manque de charisme de son adversaire, proclamant régulièrement que "Nicolas n'est pas Chavez" et se "cache derrière son image".

Adepte de la social-démocratie à la brésilienne et de l'économie de marché, M. Capriles promet habilement de ne pas supprimer les "missions", mais assure qu'il coupera le robinet du pétrole à Cuba, l'allié de toujours, qui reçoit plus de 100'000 barils quotidiens, en échange de l'envoi de médecins.

16'000 homicides en 2012

Affirmant ne pas représenter "l'opposition mais la solution", il pointe aussi les fléaux quotidiens des Vénézuéliens: une insécurité record en Amérique du Sud (16'000 homicides pour 29 millions d'habitants en 2012), l'inflation la plus forte de la région (20,1%), des pénuries alimentaires et coupures de courant à répétition ou encore la difficulté de se procurer des devises en raison d'un strict contrôle des changes depuis dix ans.

"Pour Capriles, l'objectif est de déconnecter le vote entre Maduro et Chavez et de ramener le débat sur les problèmes concrets qui n'ont pas été résolus durant toutes ces années", souligne M. Leon.