Lien vraisemblable entre les essais nucléaires et les cancers

Un lien "vraisemblable" existe entre les retombées radioactives liées aux essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie et les cancers de militaires qui y étaient basés.
06 août 2015, 10:25
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Les essais nucléaire ont été menés au début des années 1960 au Sahara, et jusqu'à 1996 en Polynésie française. Ils ont fait 150 000 victimes potentielles.

Un lien "vraisemblable" existe entre les retombées radioactives liées aux essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie et les cancers de militaires qui y étaient basés, estime l'auteur d'expertises médicales sur le sujet.

Il s'agit d'une étape décisive pour les 150.000 victimes potentielles de ces essais.
 
L'expert cité mardi par le journal Le Parisien, Florent de Vathaire, a travaillé dans le cadre d'une enquête judiciaire ouverte en 2004 sur les conséquences pour les personnes civiles et militaires qui assistaient aux essais nucléaires français. Ces derniers ont été menés au début des années 1960 au Sahara, et jusqu'à 1996 en Polynésie française.
 
Le scientifique, qui a expertisé 15 cas de militaires affectés par des cancers après avoir été exposés aux radiations, explique avoir pu, "en rassemblant de nombreux éléments, (...) construire un faisceau de présomptions qui permet de dire que le lien entre les retombées radioactives et les cancers est vraisemblable pour certains des cas expertisés", soit six d'entre eux.
 
Mais l'expert nuance: "D'un point de vue scientifique on ne pourra jamais affirmer avec certitude telle ou telle causalité et ce pour une raison simple: ces cancers ou ces leucémies ne sont pas uniquement causés par les radiations".
 
Et les Polynésiens?
Il précise qu'il souhaite également "lancer rapidement une étude globale sur les Polynésiens qui étaient âgés de moins de 5 ans à l'époque des essais", car "on sait aujourd'hui avec certitude, des études récentes le prouvent, que de faibles doses de radioactivité peuvent avoir de graves conséquences sur la thyroïde des jeunes enfants comme le déclenchement de cancers ou d'autres pathologies".
 
L'expert déplore n'avoir "pas eu accès à toutes les données. Il reste des informations classées secret-défense. En plus à l'époque, les instruments de contrôle des radiations qu'utilisaient l'armée et le CEA n'étaient pas adaptés pour détecter toutes les formes d'expositions aux rayonnements".
 
Le gouvernement veut des "liens avérés"
Le gouvernement français accueille avec prudence les éléments de ces expertises demandées par la justice, explique une source proche du ministère de la Défense.
 
"On parle de lien probable, de lien vraisemblable mais nous, on essaye de se fonder, à travers des procédures scientifiques, sur des liens avérés entre les radiations et la maladie déclarée", déclare cette source.
 
Quelque 150.000 civils et militaires ont participé aux 210 essais nucléaires français conduits de 1960 à 1996 au Sahara algérien et en Polynésie française.
 
La France a promulgué en 2010 une loi sur la reconnaissance et l'indemnisation des victimes de ces essais.
 
Le processus d'indemnisation, qui a été modifié et élargi il y a quelques mois, pourrait encore évoluer si de nouveaux éléments apportaient la preuve d'un lien entre essais nucléaires et cancers, ajoute la source proche du ministère de la Défense.