MSF appelle à une réunion d'urgence des donateurs le sida

Le manque de financement menace les progrès de la lutte contre le sida, a affirmé mardi Médecins sans frontières (MSF). L'ONG a lancé un appel urgent à une réunion des donateurs à l'occasion de la 6e conférence francophone vih/sida, réunie à Genève jusqu'à mercredi.
05 août 2015, 16:09
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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La récente décision du Fonds mondial contre le sida et la tuberculose d'annuler son onzième round de financement pour les programmes à partir de 2013 met en danger les progrès obtenus jusqu'ici, a averti MSF. L'ONG appelle à une réunion d'urgence des donateurs en 2012 pour garantir la durabilité du financement.

L'ONG demande à la Banque mondiale, à Unitaid, au gouvernement américain et aux autres plus importants donateurs (France, Grande-Bretagne, Australie, Commission européenne) de se mobiliser et de réaffirmer leur volonté de mettre sous traitement 15 millions de personnes avant 2015.

Rapport détaillé

Dans un rapport "En Chute Libre", publié mardi, MSF détaille les conséquences du recul des fonds disponibles pour les personnes vivant avec le vih/sida et la tuberculose dans plusieurs pays où l'organisation travaille.

Des pays comme la République démocratique du Congo (RDC), la Birmanie et la Guinée ont révisé à la baisse les traitements en cours et restreint l'accès aux nouveaux traitements. En RDC, seuls 2000 nouveaux patients ont été mis sous traitement en 2011, soit cinq fois moins que l'année précédente, alors que le taux de couverture des antirétroviraux reste inférieur à 15%, selon MSF.

En Birmanie, une pénurie de traitement contre la tuberculose multi-résistante est annoncée, alors que 9300 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année et que seuls 3% sont soignés.

Le Zimbabwe, le Malawi, le Mozambique, la RDC et la Guinée retardent la mise en oeuvre des recommandations de l'OMS de commencer le traitement plus tôt. Les mises sous traitement sont en outre ralenties au Malawi, au Lesotho et en Ouganda, indique MSF.

Un camouflet

Le financement étant menacé à partir de 2013, des ONG sont réticentes à prendre en charge de nouveaux malades, faute de garanties sur sa durabilité. MSF regrette en outre "les contrôles excessifs" mis en place par le Fonds mondial dans certains pays, à la suite des cas de détournement de fonds et de corruption révélés l'an dernier.

Le retrait des bailleurs de fonds risque de porter un coup fatal à la dynamique positive en place. "La volte-face politique actuel, au moment même où des stratégies médicales très prometteuses pourraient se mettre en place, constitue un véritable camouflet", a déclaré le Dr Annick Antierens, directrice médicale adjointe de MSF.

"Des milliers de vies sont en jeu. Les équipes médicales vont à nouveau être placées devant le dilemme de ne pas pouvoir soigner tous les patients qui doivent être traités. Il n'est pas éthique de tester des patients sans avoir de traitement à offrir", a-t-elle souligné.

MSF a débuté ses programmes de lutte contre le vih/sida en 1990. Ses équipes traitent actuellement 222'000 patients affectés par cette épidémie dans 19 pays.