Paléontologie: la découverte d'une mâchoire fait vieillir l'être humain de 400'000 ans

Une mâchoire, quelques dents, et, subitement, l'homme vieillit de 400'000 ans. La mandibule, plus ancien fossile du genre Homo, date de 2,8 millions d'années. Ce qui nous rapproche de l'Australopithèque Lucy, qui avait elle 3,2 millions d'années.
07 août 2015, 15:09
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Un simple morceau de mâchoire vieillit d'un coup le genre humain de 400'000 ans.

Une mandibule avec des dents datant de 2,8 millions d'années, trouvée en Ethiopie, est le plus ancien fossile du genre Homo jamais découvert. Il repousse ses origines de 400'000 ans.

Cette découverte annoncée mercredi donne un nouvel éclairage sur l'émergence du genre Homo, auquel appartient l'homme, estiment les scientifiques dont les travaux paraissent mercredi dans la revue américaine "Science".

"La mise au jour de cette mâchoire inférieure aide à réduire le fossé dans l'évolution entre l'Australopithèque - la célèbre Lucy datant de 3,2 millions d'années - et les premières espèces du genre Homo comme l'erectus ou l'habilis", expliquent ces paléontologues.

Cette mandibule a été trouvée en 2013 dans une zone de fouille appelée Ledi-Geraru dans la région Afar en Ethiopie par une équipe internationale de chercheurs menée notamment par Kaye Reed, de l'Université d'Arizona et Brian Villmoare de l'Université du Nevada.

Depuis des décennies, les scientifiques cherchent des fossiles en Afrique pour trouver des indices des origines de la lignée Homo. Mais avec peu de succès puisqu'ils ont découvert très peu de fossiles de la période jugée critique allant de moins trois millions d'années à moins 2,5 millions d'années.

Désaccord

De ce fait, les experts ne sont pas d'accord sur la période de l'origine de la lignée Homo, qui a abouti à l'émergence des humains modernes, l'Homo Sapiens, il y a environ 200'000 ans.

Le nouveau fossile de Ledi-Geraru apporte des indices importants sur les changements intervenus dans la mâchoire et les dents chez le genre Homo seulement 200'000 ans après la dernière trace connue de l'Australopithecus, à savoir "Lucy". Son fossile a été découvert en Ethiopie en 1974 pas très loin de Ledi-Geraru.

Mais ces chercheurs notent qu'ils ne sont pas en mesure de dire avec cette seule mâchoire s'il s'agit ou non d'une nouvelle espèce du genre Homo.

Changement climatique

Une recherche complémentaire est parue mercredi dans "Science" portant sur la géologie et le climat dans la même région d'Ethiopie où a été trouvé le fossile de Ledi-Geraru. Elle met en évidence un changement climatique qui a rendu l'environnement plus aride il y a 2,8 millions d'années.

Ces scientifiques ont découvert des fossiles de mammifères contemporains de Ledi-Geraru montrant qu'il y avait surtout des espèces vivant dans des habitats dominés par de petits arbustes et des prairies où les arbres étaient rares. Alors qu'à l'époque de Lucy, la végétation était plus verdoyante.

"Nous pouvons voir des indications de sécheresse dans la faune dominante dans l'environnement de Ledi-Geraru", explique Kaye Reed, professeur à l'Université d'Arizona, co-auteur de cette étude.

"Mais il est encore trop tôt pour dire si le changement climatique est responsable de l'émergence du genre Homo, il nous faudra avant cela examiner un plus grand nombre de fossiles d'hominidés que nous continuons à rechercher dans cette région", a-t-elle ajouté.

L'hypothèse du changement climatique ayant conduit à l'extinction des espèces antérieures à celles du genre Homo et à l'émergence de ce dernier est souvent avancée par les scientifiques, relève le professeur Reed.