Amnesty international change des élus UDC en réfugiés

Jussuf Freysinger, réfugié syrien. Christoph Mustafa Blocher affamé qui cuisine le bouc Zottel. Amnesty International a décidé de mettre des élus UDC défenseurs d'un droit à l'asile plus strict dans la posture des réfugiés. Les images réalisées veulent encourager la tolérance mais l'UDC, par la voix d'Oskar Freysinger, s'insurge contre cette campagne.
06 août 2015, 14:44
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Oskar Freysinger devient Jussuf Freysinger, réfugié syrien.

La section suisse d'Amnesty International lance une campagne pour soutenir une "politique d'asile juste et humaine". Elle met en scène plusieurs personnalités politiques de droite connues pour leurs positions en faveur d'un durcissement des conditions liées aux requérants.

Une vidéo du ministre de la Défense Ueli Maurer et du tribun zurichois Christoph "Mustafa" Blocher frigorifiés et affamés, cuisinant le bouc "Zottel", mascotte de l'UDC. Des images de "Jussuf Freysinger", réincarné en demandeur d'asile syrien.

Parmi d'autres membres de l'UDC, le président du PLR Philipp "Filit" Müller et celui de la Lega dei Ticinesi, Giuliano "Girmay" Bignasca, ont également été pris pour cible et travestis en réfugiés kurde et érythréen. La conseillère nationale PDC Ruth "Rusha" Humbel, pour sa part, a été transformée en requérante somalienne.

Ces mises en scène incitent chacun à se mettre à la place des demandeurs d'asile et à développer un point de vue plus tolérant, a indiqué lundi la section suisse d'Amnesty International dans un communiqué. Elles cherchent à éveiller un sentiment de solidarité et de compréhension.

Révisions "incessantes"

L'organisation combat les révisions de la législation sur l'asile, "incessantes" et qui "vident le droit d'asile de son sens". Le Parlement a décidé l'application immédiate de la suppression des demandes dans les ambassades et la non-reconnaissance des déserteurs comme réfugiés, alors que l'UDC a annoncé dimanche la préparation d'une nouvelle initative sur l'asile, rappelle-t-elle.

L'initiative en question prévoit deux nouvelles mesures. Les requérants devraient être internés dans des centres pendant toute la durée de la procédure d'asile. Celle-ci serait en outre réduite à 30 jours et le délai de recours à 10 jours.

"La première mesure est tout simplement contraire à la Constitution, tandis que la seconde supprimerait pratiquement toute voie de recours effective", souligne Denise Graf, juriste à Amnesty International, citée dans le communiqué. L'organisation demande en particulier de ne plus adopter de dispositions restreignant l'accès à la procédure d'asile.

Une action autonome

La campagne émane de la seule section suisse et non de la faitière, confirme à l'ats Nadia Boehlen, porte-parole d'Amnesty International Suisse. Selon elle, la section ne risque pas de se faire taper sur les doigts pour avoir décidé de recourir à la satire politique.

"Nous disposons de connaissances et moyens suffisants pour agir de manière autonome", assure la porte-parole. "La campagne se fonde sur l'expérience et le savoir-faire de nos collaborateurs nationaux concernant le problème de l'asile." Elle s'insère toutefois dans une plus large campagne sur les migrations, lancée par la faitière au niveau européen.

Les slogans seront placardés dans les grandes villes du pays pendant toute la durée du mois d'octobre. "Nous avons décidé de ne pas intégrer les images dans les affiches car nous voulions créer un effet de surprise en amenant les gens sur le site internet", assure Nadia Boehlen. L'absence d'images ne serait donc pas liée à des questions de coûts ou d'ordre juridique.

Amnesty International est soutenue par plusieurs autres organisations. Il s'agit de la Déclaration de Berne, du Forum de l'intégration des Migrants, de humanrights.ch, de Gewählte Stimme, de l'Oeuvre suisse d'entraide ouvrière et du Conseil suisse pour la paix.

Oskar Freysinger s'insurge

Le conseiller national UDC Oskar Freysinger s'étonne de "l'irrespect d'Amnesty International vis-à-vis de représentants de l'Etat de droit et d'une bonne démocratie". Selon lui, il vaut mieux ignorer cette campagne "mensongère".

"Amnesty International ferait mieux de s'occuper des dizaines de pays où les droits de l'homme son bafoués plutôt que de faire la leçon aux politiques", tempête Oskar Freysinger, contacté par l'ats. "L'organisation fustige des représentants de l'Etat de droit qui ne s'attaquent pas à l'asile, mais aux abus."

Le Valaisan a également évoqué un "irrespect total" d'Amnesty International vis-à-vis des victimes de la criminalité causée par certains requérants. "Il s'agit d'un manque flagrant de bon sens, pour une organisation qui prétend défendre les droits de l'homme", relève-t-il.