Assainissement des rivières: les pêcheurs menacent la Confédération

Les pêcheurs helvètes ont menacé la Confédération de poursuites judiciaires si les rivières en aval des centrales électriques étaient asséchées.
06 août 2015, 14:55
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Pêcheur au bord du Doubs.

Les pêcheurs augmentent la pression sur la Confédération et les cantons pour que les rivières en aval des centrales hydroélectriques ne soient pas asséchées. Ils brandissent la menace de sanctions juridiques.

La loi sur la protection des eaux exige que d'ici la fin de l'année, ces cours d'eau soient assainis tout en garantissant le seuil de rentabilité des installations. Or en 2011, sur 817 prélèvements d'eau utilisée pour la production d'énergie hydraulique qui devaient faire l'objet d'un assainissement, seuls 37% ont été assainis, selon des chiffres publiés en février par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV).
 
"Nous ne pouvons, ni ne voulons accepter ce bilan", a déclaré mardi lors d'une conférence de presse à Berne Roland Seiler, président central de la Fédération suisse de pêche (FSP). Et de menacer de prélever de l'argent sur les "bénéfices illégaux" que génère la vente d'électricité. Ce commerce est comparable au trafic de drogue, a martelé Roland Seiler.
 
La FSP envisage aussi de déposer plainte pour "cruauté envers les animaux". En effet, de nombreux poissons meurent lorsque les débits résiduels sont insuffisant, c'est-à-dire quand les ruisseaux et rivières ne sont pas assez alimentés en eau.
 
Petites centrales
 
"Nous ne remettons pas en question les grands barrages, mais les petites centrales hydroélectriques", dont le nombre explose actuellement dans les cantons alpins, a souligné Maxime Prevedello, de la FSP.
 
La semaine dernière, la commission de l'environnement du Conseil des Etats a rejeté sans opposition une pétition de la FSP qui demandait que le cadre légal visant à favoriser ces petites centrales soit revu. Les pêcheurs souhaitaient que celles qui produisent moins de 300 kW ne reçoivent plus la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC).
 
Le Valais critiqué
 
Selon l'enquête de l'OFEV, le Valais fait figure de mauvais élève. Il n'a assaini que 4% des 199 sites dont l'assainissement était nécessaire. Interrogé par la FSP, le conseiller d'Etat valaisan Jean-Michel Cina explique en substance que ces statistiques ne reflètent pas l'avancée effective des travaux car le canton procède d'une autre manière que l'OFEV, ce qui fausse les chiffres.
 
Autre grand canton riche en cours d'eaux, les Grisons sont également classés dans la catégorie "blâmable", avec 27%, au côté de Fribourg (21%) et Vaud (36%).
 
Chez les "réfractaires", on trouve le Jura, qui n'a réalisé aucun des neuf assainissements requis, de même que plusieurs petits cantons alémaniques qui n'en avaient qu'un à réaliser. Quant au canton de Neuchâtel, il a refusé de transmettre les informations réclamées.
 
Genève et Bâle-Campagne ont entièrement rempli leur devoir d'assainissement, mais ils n'en avaient que quatre à réaliser. Saint-Gall (88%), Berne (76%) ou encore Glaris (61%) figurent parmi les cantons "bien disposés", selon les pêcheurs.
 
Lettre de Doris Leuthard
 
L'OFEV prend au sérieux la mise en oeuvre de ces dispositions, a indiqué sa porte-parole Elisabeth Maret. La conseillère fédérale Doris Leuthard a envoyé il y a quelques mois un courrier aux cantons pour leur rappeler qu'ils doivent agir.
 
Début 2013, l'OFEV effectuera un nouveau bilan des assainissements dans les cantons. Cet état des lieux est aussi un moyen de leur rappeler ce qui doit être réalisé, a estimé la porte-parole.
 
"Cela ne suffit pas", affirme la conseillère nationale Yvonne Feri (PS/AG). Selon elle, pour rester crédible, la Confédération doit forcer les cantons à prendre leurs responsabilités.