Circoncisions religieuses: le moratoire zurichois suscite de nombreuses critiques

La décision de l'hôpital pédiatrique de Zurich de suspendre jusqu'à nouvel ordre les circoncisions religieuses est vivement critiquée par les communautés religieuses.
06 août 2015, 10:26
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

Les communautés religieuses critiquent vendredi la décision de l'hôpital pédiatrique de Zurich de suspendre jusqu'à nouvel ordre les circoncisions religieuses. Alors que l'hôpital de St-Gall réfléchit à un moratoire, le CHUV estime au contraire que ces interventions ne sont pas problématiques.

Fin juin, le tribunal de grande instance de Cologne, en Allemagne, a rendu publique une décision jugeant que l'ablation du prépuce pour motif religieux était une blessure intentionnelle et donc illégale.

En raison de ce jugement, l'hôpital pédiatrique de Zurich a décidé de suspendre provisoirement les circoncisions religieuses, a indiqué à l'ats son porte-parole Marco Stücheli, confirmant une information du magazine alémanique "Beobachter". Il veut évaluer s'il est possible de continuer à justifier cette opération sur des garçons qui sont trop jeunes pour donner leur consentement.

L'hôpital, qui effectue une à deux circoncisions religieuses par semaine, ne craint par contre pas des conséquences juridiques. Le jugement de Cologne n'a pas de conséquences en Suisse, selon lui.

Critiques

Interrogé sur les ondes de la radio alémanique DRS, Hisham Maizar, président de la fédération d'organisations islamiques de Suisse, trouve "curieux" que l'hôpital zurichois ait décrété ce moratoire sur la base d'un jugement d'un tribunal allemand.

Même réaction du côté de la Fédération suisse des communautés israélites, qui dénonce une "réaction inappropriée". Les circoncisions, qu'elles soient culturelles, religieuses ou médicales, sont pratiquées sans problème en Suisse, dit à l'ats sa vice-présidente Sabine Simkhovitch-Dreyfus.

De plus, la question vient d'être discutée sur le plan politique. En septembre dernier, les Chambres fédérales ont adopté une nouvelle norme pénale plus répressive contre les auteurs de mutilations génitales, qui est entrée en vigueur le 1er juillet. La circoncision a été exclue du champ d'application de cette législation, souligne Sabine Simkhovitch-Dreyfus.

Les églises protestantes et catholiques du canton de Zurich joignent leurs voix aux critiques. Dans un communiqué commun, elles se disent "irritées et inquiètes" et dénoncent une décision hâtive et disproportionnée.

"Dédramatiser"

Selon un tour d'horizon de l'ats, l'hôpital pédiatrique de Suisse orientale à St-Gall réfléchit également à un moratoire. Il décidera après les vacances d'été s'il continuera ou non de pratiquer ces interventions.

A l'Hôpital de l'Ile à Berne, on considère avec scepticisme le verdict de Cologne. La direction examinera après les vacances une éventuelle suspension des circoncisions. Un changement de la pratique serait toutefois malvenu si on veut éviter des atteintes sévères à la santé qui peuvent survenir si ces interventions se font "dans une arrière-boutique". A Bienne, la clinique pédiatrique doute qu'un tribunal puisse briser une tradition vieille de 3000 ans.

En Suisse romande, le débat n'a pas lieu au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne. Le porte-parole de l'hôpital Darcy Christen explique que les circoncisions religieuses se déroulent la plupart du temps extrêmement bien.

Le CHUV propose ces opérations car il est important qu'elles soient pratiquées "dans les meilleures conditions médicales possibles". Il s'agit d'éviter des circoncisions clandestines.

Le porte-parole s'étonne d'ailleurs de la polémique liée aux circoncisions religieuses. Il faut "dédramatiser la chose".

Le CHUV effectue près de 500 circoncisions religieuses et médicales par année, dont 10-15% sont réalisées pour des raisons culturelles. Les proportions sont similaires à l'hôpital pédiatrique de Lucerne.

Pas anodin

Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) n'étaient pas disponibles vendredi pour réagir à la décision zurichoise. Dans une récente interview accordée au "Temps", Barbara Wildhaber, cheffe de service aux HUG et vice-présidente de la société suisse de chirurgie pédiatrique expliquait que lorsque la circoncision est pratiquée en milieu hospitalier, les complications sont rares. "Mais il ne s'agit pas d'une intervention anodine".

La société suisse de chirurgie pédiatrique s'est réunie peu après le jugement du tribunal de Cologne. Elle a décidé de ne pas faire pour l'heure de recommandations aux hôpitaux.

Tribunal

En Suisse, un garçon peut être circoncis si l'intervention est justifiée par des motifs médicaux ou religieux. En cas de litige, un tribunal devrait se prononcer. "A notre connaissance, jamais une telle décision de justice n'a dû être prise en Suisse", a indiqué Ingrid Ryser, porte-parole de l'Office fédéral de la justice (OFJ).

L'OFJ rappelle que la Confédération ne peut rien imposer en matière de circoncisions aux hôpitaux. Ces derniers sont régis par les lois cantonales.

La Conférence suisse des directeurs cantonaux de la santé n'a pour le moment pas discuté de cette question, a-t-elle indiqué à l'ats.