Homophobie: plusieurs plaintes déposées pour discrimination en Suisse romande

La campagne pour le mariage pour tous a entraîné une hausse des discriminations basées sur l’orientation sexuelle. Plusieurs plaintes ont été déposées en Suisse romande.
17 oct. 2021, 13:58
/ Màj. le 17 oct. 2021 à 16:09
Plusieurs agressions verbales ou écrites à caractère homophobe ont été recensées ces derniers mois.

Plusieurs plaintes pour discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ont été déposées récemment: pour des textes publiés, des vidéos sur le Web ou dans le cadre de la campagne pour le mariage pour tous.

Plusieurs lesbiennes et gays de la région de Delémont ont reçu des lettres anonymes ou ont trouvé des feuillets avec des insultes à caractère homophobe dans leur boîte aux lettres, indique Juragai, l’association LGBTQ+ jurassienne dans son dernier bulletin. Au moins deux ont porté plainte.

Homos comparés à la mafia

Deux autres plaintes ont été déposées directement par la faîtière suisse des hommes homo et bisexuels Pink Cross. L’une vise le rédacteur en chef du magazine bimestriel catholique THEOLOGISCHES et de son site Internet. Elle a été déposée au Tessin, son domicile.

Dans les numéros de janvier/février et mars/avril 2021 de cette revue et sur le site, un article intitulé «Über die Notwendigkeit homosexuelle Cliquen in der Kirche zu begrenzen» («De la nécessité d’endiguer les cliques homosexuelles dans l’Eglise») a été publié. Dans ces textes, les homosexuels sont comparés sans demi-mesure à la mafia, et accusés d’être des parasites.

Plainte contre l’idéologue d’extrême-droite Alain Soral

Pink Cross et son homologue LOS, faîtière des lesbiennes, ont déposé vendredi une autre plainte, déjà annoncée le mois dernier, contre Alain Soral. L’idéologue franco-suisse d’extrême-droite, installé à Lausanne, a tenu des propos virulents contre la communauté LGBTQ+ et contre une journaliste romande qui avait écrit un texte sur la diffusion en Suisse des idées de l’essayiste. La journaliste a également porté plainte. Le Ministère public vaudois a confirmé avoir ouvert une enquête, comme l'annonce le Matin Dimanche.

Nouvelle norme pénale

Les plaignants s’appuient sur la nouvelle norme pénale contre l’homophobie, acceptée à plus de 63% par le peuple l’an dernier et entrée en vigueur en juillet 2020. L’article 261bis du Code pénal punit désormais aussi les discriminations et l’incitation à la haine fondées sur l’orientation sexuelle.

Il est encore trop tôt pour disposer d’une statistique nationale des plaintes déposées. La Conférence des procureurs de Suisse ne tient pas ses propres statistiques dans le domaine des poursuites pénales. Contacté par Keystone-ATS, son secrétaire précise que «nous n’avons pas connaissance de problèmes liés à l’application de la nouvelle norme».

Un avis que ne partagent pas vraiment les organisations LGBTQ+. Inquiètes de constater que les mesures d’accompagnement nécessaires pour que cette loi ait un effet concret font «jusqu’à présent totalement défaut», elles sont intervenues, de concert avec des députés, dans 16 cantons sous la forme d’interpellations.