La municipalité de Lausanne propose de limiter la mendicité

La municipalité de Lausanne a présenté jeudi une proposition visant à limiter très fortement la mendicité.
06 août 2015, 09:59
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
roms

La municipalité de Lausanne propose de limiter très fortement la mendicité. Elle a présenté jeudi son contre-projet à l'initiative libérale-radicale qui demandait l'interdiction. La droite a salué "la volte-face" de l'exécutif de gauche.

"Restreindre la mendicité sans criminaliser la pauvreté": avec son contre-projet, la municipalité dit vouloir répondre aux craintes et inquiétudes de la population face aux nombreux mendiants qui se retrouvent dans les rues lausannoises. Elle entend cependant aussi lutter contre "le débat passionnel et les fantasmes" que ces personnes suscitent, a déclaré Marc Vuilleumier.

Pas de maltraitance

Il n'y a pas à Lausanne "d'exploitation et de contrainte" qui s'exercent sur ces mendiants, a affirmé le municipal responsable de la sécurité publique et des sports. L'organisation sociale des Roms présents est fondée sur le clan, mais n'est pas assimilable à une organisation criminelle.

Au lieu d'interdire la mendicité par métier comme le demande l'initiative, ce qui donnerait naissance à "une usine à gaz politico-administrative", la ville propose de préciser et durcir le règlement de police. Les mendiants n'auront plus le droit de prendre à partie les passants, de s'accompagner de mineurs et de harceler la population.

Des amendes prévues

Des zones seront interdites, comme là où l'on manipule de l'argent, où le libre accès doit être garanti (transports publics). Les endroits de quiétude (parcs, places de jeux ou cimetières) seront aussi prohibés. Des amendes allant jusqu'à 500 francs pourront être infligées, sans tomber toutefois dans "le syndrome genevois", avec des milliers de recommandés envoyés en vain en Roumanie.

Afin de déterminer avec précision les zones d'exclusion dans les rues, la municipalité précise même la distance de 5 mètres qui devra être respectée par exemple par rapport à l'entrée des commerces ou des bancomats.

Pas stigmatiser

Avec ce règlement plus musclé, la municipalité espère "créer la coexistence la plus pacifique possible" entre les mendiants et la population lausannoise. Il ne faut pas stigmatiser des gens surtout victimes de la pauvreté, a souligné Oscar Tosato, municipal responsable de l'enfance, de la jeunesse et de la cohésion sociale.

Pour lutter contre la cause de la mendicité, la ville de Lausanne propose d'octroyer 400'000 francs sur quatre ans à un projet de Terre des Hommes visant à l'intégration locale des enfants de la province de Dolj, une des régions les plus pauvres de Roumanie.

La ville souhaite en outre pérenniser un poste de médiateur entre les mendiants et les autorités. Cette tâche est assurée pour l'heure par un sergent de la police parlant roumain et impliqué depuis longtemps dans l'aide aux villages roumains.

La droite se félicite

A la suite de la conférence de la municipalité, le comité libéral-radical qui avait lancé l'initiative s'est adressé à son tour à la presse. La ville "a fait marche arrière", s'est félicité Mathieu Blanc, président du comité. Le contre-projet est "une interdiction" qui n'ose pas dire son nom, selon lui.

Le comité ne décidera cependant qu'à l'issue des débats au Conseil communal s'il retire ou non son initiative. Dans un communiqué, les Verts ont annoncé leur soutien au contre-projet tout en rappelant "leur posture: humaniste, responsable et pragmatique".