Le Conseil national rejette l'abolition de l'éducation sexuelle à l'école primaire

Le Conseil national a rejeté mercredi une initiative exigeant la fin de l'éducation sexuelle dans les classes d'école primaire.
07 août 2015, 15:09
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
L'éducation sexuelle à l'école a provoqué des remous à Bâle-Ville après la présentation d'une valise éducative contenant un pénis en bois et un vagin en peluche.

Pas question de supprimer l'éducation sexuelle aux écoliers jusqu'à l'âge de 9 ans. Le Conseil national a rejeté mercredi par 134 voix contre 36 une initiative populaire de la droite conservatrice. Seule une partie de l'UDC l'a soutenue.

Il faut dire "non" au texte, a plaidé Isabelle Chevalley (PVL/VD) au nom de la commission. Les cours dispensés à l'école assurent la prévention contre les abus sexuels, les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées. Tous les enfants et adolescents doivent pouvoir être informés correctement de ces risques, en fonction de leur âge et indépendamment de leur situation familiale.

L'initiative "Protection contre la sexualisation à l’école maternelle et à l’école primaire" vise à interdire l'éducation sexuelle pour les enfants de moins de 9 ans et à la rendre facultative pour ceux de 9 à 12 ans. Tout au plus, un cours destiné à la prévention des abus peut être dispensé à partir de l'école maternelle.

Un enseignement obligatoire ne pourrait être proposé que pour des enfants de 12 ans et plus, et dans le cadre d'un cours de biologie. Il devrait être destiné à la "transmission de savoirs sur la reproduction et le développement humains". Tout enseignement qui dépasse ce cadre devrait être facultatif.

Aberrant

"C'est aberrant", a critiqué Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL), la majorité des abus sexuels ont lieu sur des enfants âgés entre 7 et 12 ans. Il faut les informer afin qu'ils puissent poser des limites et sachent où aller chercher de l'aide. Malgré la présence de plusieurs conseillers nationaux dans le comité d'initiative, l'initiative n'a recueilli qu'une seule voix en sa faveur.

Il n'y a pas lieu d'empiéter sur les compétences cantonales en matière de formation, a estimé Bernard Guhl (PBD/AG). Cette initiative ne respecte pas le fédéralisme et serait un véritable casse-tête à mettre en œuvre, a abondé Hans-Peter Portmann (PLR/ZH).

L'éducation sexuelle à l'école a fait ses preuves, a argumenté Rebecca Ruiz (PS/VD). Si le nombre d'avortements a nettement baissé au cours des trente dernières années, c'est aussi grâce à elle. L'école doit intervenir car de nombreux abus sexuels ont lieu au sein du cercle familial, des violences sexuelles sont aussi commises par des jeunes du même âge.

Aborder l'homosexualité

Margret Kiener Nellen (PS/BE) a évoqué la question de l'homosexualité. Beaucoup de parents n'osent pas aborder la question avec leurs enfants, il est donc d'autant plus important que l'école le fasse.

Avec Internet, les enfants sont particulièrement exposés à une vision dégradante de la sexualité, a souligné Mathias Reynard (PS/VS). L'éducation sexuelle est fondamentale pour corriger cette image faussée de la réalité même si les parents restent les premiers responsables du sujet.

Zizi en peluche

Seul parti appelant à soutenir l'initiative, l'UDC était divisée: 35 députés ont voté "oui", 4 "non" et 12 se sont abstenus. l'initiative, l'UDC était divisée: 35 députés ont voté "oui", 4 "non" et 12 se sont abstenus. Jusqu'à un certain âge, l'éducation sexuelle doit rester uniquement du ressort des parents, c'est à eux de protéger leurs enfants, a clamé Verena Herzog (UDC/TG) au nom de la majorité du parti.

Il faut préserver la sphère privée des enfants et celle des familles, a plaidé Felix Müri (UDC/LU). C'est le moment d'en finir avec l'endoctrinement et les plans de sexualisation précoce de l'Office fédéral de la santé publique. "Certains experts auto-proclamés vont trop loin en matière d'explication, à l'image des sex-box bâlois", a-t-il martelé.

"Le coffret d'organes sexuels en peluche n'a rien à voir avec l'initiative", a rétorqué Matthias Aebischer (PS/BE). "Il est utilisé à l'école secondaire, mais pas à l'école maternelle ni à l'école primaire".

Son introduction en ville de Bâle avait créé l'ire d'un groupe de parents en 2011, conduisant à la création du comité. Une première tentative d'initiative a toutefois avorté en raison du passé pédophile d'un des membres du comité. Trois jours après son lancement en avril 2012, les initiants ont découvert qu'un de leurs membres avait été condamné pour actes sexuels sur mineure dans les années 1990.