Le président se retire pour préserver la crédibilité de la BNS

Philipp Hildebrand a annoncé aujourd'hui à Berne sa démission avec effet immédiat. Il estime que cette affaire pourrait nuire à la crédibilité de la Banque nationale suisse (BNS) et compromet sa capacité d'action. Il a répété n'avoir rien caché des transactions litigieuses qui lui sont reprochées. La femme du banquier a également reconnu avoir fait une erreur d'appréciation.
09 janv. 2012, 17:58
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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«J'ai dit tout ce qui s'était passé, je n'ai jamais menti, mais je n'arrive pas à lever entièrement les soupçons et je ne pense jamais y parvenir», a indiqué le président de la BNS devant la presse réunie au complet au centre des médias du Palais fédéral. 

«Je ne peux que donner ma parole. Je ne dispose d'aucune preuve définitive que la transaction mise en cause a été effectuée par ma femme sans que je le sache», a poursuivi Philipp Hildebrand. Il a affirmé qu'il avait mis à disposition tous les éléments dont il disposait, qu'il s'agisse des courriels ou des données bancaires.

Pour lui, cette affaire risque désormais de porter atteinte à la crédibilité de la BNS. «Suite à ces événements regrettables, je n'aurais plus été en mesure de prendre des décisions importantes et courageuses et de les mettre à exécution de manière déterminée et efficace», a-t-il déclaré.

Décision difficile

Compte tenu de cette capacité d'action compromise, il a décidé de se retirer. «Cette décision a été difficile et me remplit de tristesse», a reconnu Philipp Hildebrand, pour qui ce poste à la tête de la banque centrale helvétique aura été «un privilège extraordinaire». Il quitte également tous ses mandats liés à sa fonction dans des organes internationaux.

Aux nombreuses questions des journalistes, il a répété qu'il avait la conscience tranquille et que la situation juridique était claire. L'ex-président de la BNS a répété qu'il mettra à disposition  tous ses comptes si le Parlement le souhaite. Il a d'ailleurs quitté la conférence de presse pour être auditionné dans la foulée par la commission de l'économie du Conseil national.

Philipp Hildebrand a affirmé avoir publié tous les documents en sa possession sur le site de la BNS. Mais il s'est refusé à spéculer sur les motifs à l'origine de l'affaire. «Ce n'est pas ma tâche». Pour lui, l'essentiel est que la crédibilité de la BNS soit sauvegardée, a-t-il ajouté sans prononcer une seule fois le nom de Christoph Blocher.

Quelques éléments nouveaux

Jeudi, Philipp Hildebrand excluait encore un retrait, mais il a entretemps eu un «peu plus de temps pour réfléchir». Trois nouveaux éléments sont survenus durant ces derniers jours qui ont accrédité sa vision des choses.

Parmi ces documents figure notamment une note interne du 15 août de son conseiller financier selon laquelle Philipp Hildebrand aurait donné par le passé son accord oral à l'achat de dollars mais qu'il laissait cela au libre arbitre de sa femme Kashya. Et de souligner que cette note ne change strictement rien à ce qu'il a dit jusqu'ici et que ces documents sont consultables sur le site internet de la banque.

«Je pars sans rancune et certainement plus riche en expérience que je ne l'étais il y a quelques semaines», a-t-il conclu. Dans le futur immédiat, l'ex-président entend tout d'abord rejoindre sa famille, fortement affectée par cette affaire. Il se réserve ensuite la possibilité d'engager des poursuites en justice tout en précisant que ce point est actuellement discuté avec son avocat Peter Nobel.

Messages de soutien

En préambule à son allocution, Philipp Hildebrand a défendu le bilan de l'institut national d'émission. La politique de la BNS a été couronnée de succès, puisque la banque nationale a réussi à garantir la stabilité et le bien-être de la Suisse à l'heure où toute l'Europe est secouée par la crise.

Il a également remercié la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf et celle qui l'a précédée, Micheline Calmy-Rey, en ces temps difficiles, de même que le vice-président de la BNS Thomas Jordan, qui reprend ad interim la présidence, et Jean-Pierre  Danthine, membre du directoire de la banque. Il a aussi adressé un mot aux nombreux citoyens qui lui ont fait part de leur soutien.

L’épouse de Philipp Hildebrand reconnaît son erreur

Présentant ses excuses à propos de la transaction sur devises ayant entraîné la démission de Philipp Hildebrand de la présidence de la Banque nationale suisse (BNS), son épouse Kashya reconnaît une erreur d'appréciation.

«Je regrette profondément que mes actes aient pu remettre en question l'intégrité de mon mari», écrit aujourd’hui Mme Hildenbrand dans une brève prise de position. Elle exprime également de vifs regrets quant à son comportement dont elle n'a pas su prévoir les conséquences.

Exprimant son «plus grand respect pour la BNS en tant qu'institution et pour ce merveilleux pays», la galeriste zurichoise, ancienne négociante en devises, se dit très peinée des remous que son comportement a suscités. «Mon mari a échoué, parce que je n'ai pas réalisé que mon achat de dollars entraînerait un conflit d'intérêt.» /ats

 

La BNS regrette le départ d'un excellent banquier

La Banque nationale suisse regrette la démission de son président Philipp Hildebrand. Elle prend note de cette décision et des circonstances qui y ont conduit avec regret.

M. Hildebrand a pris cette décision pour protéger l'institution,  a indiqué le Conseil de banque aujourd’hui dans un communiqué. La Suisse perd un excellent banquier central avec de très bonnes connections internationales qui pouvait apporter beaucoup au pays, ajoute-t-il.

Le vice-président Thomas Jordan reprend pour l'instant les fonctions de président du directoire de l'institut d'émission. Le successeur de M. Hildebrand sera désigné aussi vite que possible.

La politique monétaire de la BNS, avec un taux de change minimum de 1,20 franc contre l'euro, reste inchangée, a indiqué pour sa part le directoire de la Banque nationale dans un communiqué. Cette stratégie sera poursuivie «avec détermination». /ats

 

Des regrets pour l'Association suisse des banquiers

L'Association suisse des banquiers (ASB) regrette la démission du président de la Banque nationale suisse (BNS), Philipp Hildebrand. Elle estime cependant que cette décision permet de sauvegarder et même de renforcer la crédibilité de l'institution d'émission monétaire.

Dans une prise de position, l'association salue aujourd'hui les grands services rendus par Philipp Hildebrand à la Suisse et à sa place financière lors de temps très difficiles. Elle souligne que les réseaux du Lucernois lui ont permis de représenter de manière optimale les intérêts helvétiques dans les instances internationales.

L'ASB se dit confiante quant au futur de la politique monétaire de la BNS. Elle souligne toutefois que celle-ci doit restée à l'abri des considérations partisanes. /ats