Les FMB veulent exploiter Mühleberg «quelques années encore»

Les Forces motrices bernoises ont décidé de faire recours contre le verdict du Tribunal administratif fédéral (TAF) concernant la fermeture de la centrale nucléaire de Mühleberg, a annoncé ce mercredi le groupe dans un communiqué.
05 août 2015, 15:54
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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Le Tribunal fédéral (TF) devra trancher sur la poursuite ou non de l'exploitation de Mühleberg.

Les FMB seront mieux à même de promouvoir un recours accru aux énergies renouvelables si elles peuvent exploiter «quelques années encore» la centrale de Mühleberg: telle est la conviction exprimée ce mercredi devant la presse par le  président du conseil d'administration Urs Gasche.

Un arrêt anticipé de la centrale aurait des effets économiques négatifs pour la région bernoise et la Suisse occidentale, a expliqué Urs Gasche. Il aurait «des conséquences financières importantes et des répercussions notables sur l'approvisionnement».

Il faudra par exemple tabler sur une augmentation des provisions de près de 200 millions de francs en cas de mise hors service «sous réserve d'une nouvelle estimation des coûts». Sans oublier l'achat chaque année de trois térawattheures de courant manquant.

Selon Urs Gasche, il faudra en outre tenir compte d'une perte de revenus de près de 50 millions par an. «Cela ne remet pas en question l'existence des FMB, mais cela réduit sensiblement leur capacité à innover», a-t-il insisté.

«Disproportionné»

Le CEO du groupe électrique Kurt Rohrbach a à nouveau démenti les spéculations selon lesquelles, les FMB pourrait remplacer le manteau  du réacteur. «Ce serait un investissement disproportionné et n'est pas demandé par l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN)».

Pour optimiser la stabilisation du manteau du coeur, les FMB projettent de remplacer les quatre tirants d'ancrage et en installer  deux nouveaux. Cette proposition est actuellement examinée par  l'IFSN.

Pour rappel, le 7 mars, le TAF a décidé d'interdire l'exploitation de la centrale nucléaire de Mühleberg au-delà du  premier semestre de 2013. Le tribunal expliquait sa décision en raison de l'état du manteau du réacteur, l'évaluation non concluante  de la sécurité en cas de tremblement de terre et l'absence de moyens  de refroidissement indépendants de l'Aar.

Concept de maintenance

Les FMB ont commencé à élaborer un concept de maintenance et de rééquipement global l'an dernier. Celui-ci sera soumis l'été  prochain à l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). Après la décision du TAF, le concept de maintenance sera aussi remis  au Département fédéral de l'environnement, des transports, de  l'énergie et de la communication (DETEC).

A fin 2011, les FMB rappellent avoir proposé à l'IFSN des mesures pour optimiser la stabilisation du manteau du coeur en vue d'une exploitation de l'installation sur le long terme.

Ces travaux et réflexions concernent autant le risque de crues exceptionnelles que le manteau du coeur du réacteur, la résistance aux séismes et le système de refroidissement du bâtiment abritant le dispositif d'urgence SUSAN.

Le FMB veulent aussi apporter la preuve d'ici la fin du mois de  la maîtrise d'une crue exceptionnelle résultant de la rupture de barrages situés en amont de la centrale suite à un séisme. La  probabilité d'un tel événement «est d'une fois tous les 10'000 ans».

«Jouer la montre»

Les opposants sont de leur côté outrés et déçus. «Les FMB n'ont toujours pas accepté les signes de notre époque», a dit Nina-Maria Kessler, porte-parole.

Au lieu d'adapter enfin la stratégie et initier un tournant dans l'approvisionnement énergétique, les FMB tiennent au vieux réacteur de Mühleberg, a-t-elle expliqué mercredi à l'ats. En portant l'affaire au Tribunal fédéral, les FMB jouent évidemment la montre, dit-elle. «Plus la procédure juridique durera longtemps, plus ils pourront tirer profit de la centrale.»

Greenpeace a aussi vertement critiqué la décision des FMB. «Ce  n'est pas le manteau du coeur qui a besoin de nouveaux tirants  d'ancrage mais la stratégie des FMB», a indiqué Florian Kasser.

Dimanche passé, 8000 personnes ont afflué devant la centrale nucléaire de Mühleberg. Les manifestants ont exigé sa fermeture  immédiate ainsi que celle de la centrale de Beznau (AG).