Peter Brabeck: "Ce n'était pas un vote anti-étrangers"

Le président de Nestlé Peter Brabeck a participé ce lundi à la Journée de l'innovation à Neuchâtel. Avec lui, le président de l'EPFL Patrick Aebischer et le patron de Hublot Jean-Claude Biver ont plaidé pour que la Suisse reste numéro un.
07 août 2015, 13:29
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

"Je ne vois pas le vote du 9 février comme un vote contre les étrangers. Pour moi, le peuple suisse a voté contre les abus d'un système. Si on l'interprète comme un vote contre les étrangers, alors la Suisse va au devant de grands problèmes."

Peter Brabeck a eu ces mots forts, ce lundi à Microcity, où il était invité avec d'autres personnalités des milieux scientifiques et économiques suisses à la Journée de l'innovation, coorganisée par l'Université de Neuchâtel. Le thème - "Comment rester numéro un?" - a forcément entraîné les débats vers les conséquences de l'acceptation de l'initiative de l'UDC sur l'immigration massive.

"Nos scientifiques, on les fera travailler à l'étranger"

Et le président de Nestlé a tenu à dire le fond de sa pensée. "75% des personnes qui travaillent en Suisse dans nos équipes de recherche et développement viennent de l'étranger", a ajouté Peter Brabeck. "Il y a donc forcément de l'incertitude pour eux. Mais je peux vous assurer d'une chose: Nestlé ne perdra pas un seul de ses scientifiques. Mais la Suisse peut-être. Car si je n'ai pas le droit de les faire travailler en Suisse, alors je les ferai travailler ailleurs, et leurs projets avec."

Même inquiétude de la part de Patrick Aebischer, le président de l'EPFL, pour qui le vote du 9 février est "un désastre". Il s'inquiète en particulier des futurs contingents qui seront établis. "Si on ne peut pas continuer d'engager nos post-doctorants, si on n'arrive pas à attirer les meilleurs cerveaux, on est morts."

"Nous voulons croire que vous trouverez le chemin difficile entre respecter la volonté populaire et répondre aux préoccupations de notre place scientifique", a de son côté exprimé la rectrice de l'Université de Neuchâtel, Martine Rahier, s'adressant au conseiller fédéral Johann Schneider Ammann. Pour elle, il plane une "réelle menace sur le développement des activités recherche."

Schneider-Ammann: "J'ai mésestimé les risques"

"Je l'avoue, j'ai mésestimé les risques", a répondu le ministre de l'Economie, insistant sur le fait que "la question de l'immigration ne doit pas porter à conséquence pour la recherche et l'innovation dans notre pays. Si c'est ça le prix à payer, il est beaucoup trop élevé." Il a exhorté les chercheurs à continuer de soumettre leurs projets de participation à des projets européens: "Démontrez à vos collègues que la Suisse reste un partenaire indispensable!"

Encourager les erreurs

La Journée de l'innovation n'a pas, et de loin, traité que des conséquences de ce vote. Des patrons de petites et grandes entreprises ont apporté leur vision de l'entrepreneuriat et tenté de trouver des pistes pour la réussite et l'encouragement à la création de start-ups. Un mot est revenu souvent: l'erreur. "On doit encourager les enfants à donner des réponses fausses.

En Suisses, on a peur de se tromper", a ainsi relevé le professeur Daniel Kraus. Du côté des patrons, c'est l'horloger Jean-Claude Biver qui a apporté le témoignage le plus frappant: "Le courage de l'entrepreneur, c'est le courage de se tromper. Chez Hublot, j'ai fait des "séances d'échecs", tous les trois mois. Avec un système de rétribution: je donnais 1000 francs par erreur... Il faut valoriser les erreurs, sauf dans un cas: si la personne répète deux fois la même. A ce moment, je lui fais un beau certificat de travail et je l'envoie à la concurrence: c'est là qu'elle me rendra le plus service..."