Affaire Orllati: lors du procès, de Quattro se dit «harcelée»

Lundi, le procès de l’ancien journaliste Fabien Dunand s’est ouvert dans la capitale vaudoise. Pour rappel, il a contesté l’ordonnance pénale le condamnant pour calomnie et menaces.
25 oct. 2021, 17:58
/ Màj. le 25 oct. 2021 à 18:01
L'ancienne conseillère d'Etat Jacqueline de Quattro était présente au début de l'audience à titre de plaignante. (Image d'archives 2019)

Au premier jour de son procès à Lausanne, l’ancien journaliste Fabien Dunand a tenté lundi de convaincre qu’il était un «lanceur d’alerte» et non un calomniateur. Il a réitéré ses accusations concernant une supposée pollution causée par le groupe de construction Orllati à Bioley-Orjulaz, face à laquelle les autorités ont selon lui fermé les yeux.

«Je n’ai rien affirmé de faux et en tout cas jamais en sachant que c’était faux», a déclaré Fabien Dunand devant le président du Tribunal de police de l’arrondissement de Lausanne, Pierre Bruttin. L’ancien rédacteur en chef de 24 heures et ancien syndic de Servion (VD) comparaît pour avoir contesté une ordonnance pénale rendue le 17 août par le Ministère public vaudois le condamnant à une peine de 150 jours-amendes avec sursis pour calomnie et menaces alarmant la population.

Fin 2016 et début 2017, Fabien Dunand s’était fendu de lettres anonymes à des élus et à des journalistes affirmant qu’Orllati avait pollué des sources d’eau potable dans une gravière à Bioley-Orjulaz. Il avait remis la compresse, à découvert cette fois-ci, lors d’un point presse en novembre 2017, dans un média un mois plus tard et encore dans un communiqué au printemps 2018.

Toutes ces actions faisaient suite aux accusations initiales de pollution et atteintes à l’environnement des entrepreneurs Bernard Nicod et Raymond Moinat (patron de Sotrag), que le promoteur vaudois Avni Orllati a toujours réfutées.

«Harcèlement»

Fabien Dunand avait aussi dénoncé la passivité et la complicité des services de l’Etat de Vaud. Il a notamment accusé l’ancienne conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro d’avoir «tout fait pour minimiser l’affaire».

Présente en début d’audience lundi, cette dernière s’est dite victime de «harcèlement»: «Les accusations répétées et parfois graves proférées à mon égard depuis près de cinq ans ont porté atteinte à mon nom et à ma réputation.»

M’accuser d’avoir fermé les yeux sur les agissements illicites d’un entrepreneur est une insulte 
Jacqueline de Quattro

En réponse aux conditions posées à une éventuelle conciliation, tentée en début de séance par le président, l’ancienne ministre cantonale a réclamé que le «corbeau» cesse de lui «empoisonner l’existence» et de mettre en doute son intégrité et la crédibilité de l’Etat de Vaud. Elle a aussi demandé des excuses.

«M’accuser d’avoir fermé les yeux sur les agissements illicites d’un entrepreneur est une insulte», a ajouté Jacqueline de Quattro. Elle a rappelé avoir «dénoncé ce même entrepreneur au Ministère public pour cas potentiel de pollution à large échelle» et que cette plainte avait été rejetée. «J’ai même dû payer les frais de justice.»

«Pantalonnade»

La défense a écarté toute conciliation. Ce qui ne constituait pas une surprise, puisque au moment de faire appel de sa condamnation, Fabien Dunand avait expliqué vouloir faire entendre sa version lors d’un procès public. Il en a eu l’occasion lors des nombreuses questions qui lui ont été adressées lundi par le président du tribunal, par le procureur Eric Cottier, par ses deux avocats et celui de Jacqueline de Quattro, François Roux.

La longueur et la précision de ses réponses ont d’ailleurs plus d’une fois agacé le président. «Nous ne sommes ni à une conférence de presse, ni à une publicité géante contre la surconstruction!» a-t-il tonné, qualifiant le procès de «pantalonnade».

Fabien Dunand a rappelé les éléments qui l’ont poussé à agir: témoignages d’anciens employés d’Orllati faisant état de «violations répétées des procédures et des règles protégeant l’environnement», photographies aériennes du site de Bioley-Orjulaz montrant l’installation d’une décharge à côté d’une zone protégée, silence et lenteur des autorités et du Ministère public.

Critiques «pas personnelles»

Concernant l’accusation de calomnie, Fabien Dunand a assuré que «contrairement à ce que certains cherchent à faire croire, mon action n’a pas le moindre aspect privé». Les critiques portant sur Jacqueline de Quattro et Avni Orllati n’étaient pas «personnelles». Ce dernier était présent en début d’audience mais n’a finalement pas assisté au procès car il n’a pas été retenu comme plaignant, au terme d’une discussion confuse.

«Vous avez prétendu que la nappe phréatique était gravement polluée et que l’eau fournie à des milliers de ménages était impropre à la consommation. C’est grave!» 
Le procureur général

«Vous avez prétendu que la nappe phréatique était gravement polluée et que l’eau fournie à des milliers de ménages était impropre à la consommation. C’est grave!», a lancé le procureur général à Fabien Dunand, en référence à sa condamnation pour menaces alarmant la population.

Le prévenu ne s’est pas démonté. Il a maintenu ses propos, invoquant des analyses de l’eau effectuées par la société spécialisée Scitec. Celles-ci auraient montré des concentrations supérieures aux seuils autorisés pour différents produits, dont le chlortoluron, le benzotriazole et le tolyltriazole. «Je n’ai pas raconté n’importe quoi.»

Celui qui s’est reconverti dans la communication a aussi été interrogé sur ses liens avec Bernard Nicod. Il a en effet travaillé pour le projet des Cèdres, à Chavannes-près-Renens, au sujet duquel Bernard Nicod et Orllati étaient entrés en conflit dès 2016. En outre, il a été alimenté en informations par un employé de Bernard Nicod.

Pas un «mercenaire»

«Vous n’avez jamais douté de la bonne foi de cette personne, bien qu’elle soit employée par Bernard Nicod?» a demandé le président à Fabien Dunand. «Non», a-t-il répondu. «Il s’agit de quelqu’un qui travaille sérieusement. De plus, ce n’était pas ma seule source.»

L’ancien journaliste a précisé avoir engagé toutes ces actions de sa propre initiative et avoir payé de sa poche tous les frais de procédure. «Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas besoin d’être payé pour agir ou penser. Le fait de me traiter de mercenaire est une calomnie.»

Le procès se poursuit mardi avec les plaidoiries et le réquisitoire.