La Fête du Slip a reçu le soutien de la ville de Lausanne

La Fête du Slip est un festival original qui prend de plus en plus de poids dans l'offre culturelle du canton de Vaud. A partir de ce vendredi et jusqu'au dimanche, l'événement lausannois promeut une approche positive et festive des sexualités. La pornographie "alternative" est une des composantes de la programmation mais il sera aussi beaucoup question du corps et des différentes sexualités.
04 mars 2016, 11:32
/ Màj. le 04 mars 2016 à 12:25
Cynthia Kraus, enseignante-chercheuse à l'UNIL, impliquée dans le comité de "La Fête du Slip"

Preuve de l'utilité d'un festival sur la culture des sexualités alternatives, la ville de Lausanne a pour la première fois aidé au financement d'une "Fête du slip" désormais bien installée dans le paysage. Le festival a reçu 3000 frs. de la part de la ville et c'est un signe que la mission de "La Fête du Slip" a bien été comprise par le service culturel, comme un tabou qui s'est brisé en 2016. "La Loterie Romande apporte 12000 frs, le canton de Vaud 5000 frs et d'autres mécènes comme la Migros, Pro Helvetia ou Örtli ont aussi apporté leur écot..." raconte Stéphane Morey, organisateur et par ailleurs employé au Bureau culturel Vaud qui vient notamment en aide aux artistes de la région de Lausanne, Bussigny et Morges. Le reste des revenus pour composer le budget de cette manifestation où l'on n'hésite pas à programmer des films pornographiques "arty" et "équitables" provient de la billetterie. Parler et programmer de la pornographie dans un festival subventionné est donc possible. L'enseignante-chercheuse à l'UNIL Cynthia Kraus, engagée dans le comité qui organise le festival nous présente les raisons pour lesquelles c'est acceptable et même encouragé.

LaCôte.ch: comment expliquer l'aide financière au festival par la ville de Lausanne pour la première fois cette année?

Cynthia Kraus: ce n’était sans doute pas gagné d’avance. Les responsables ont réussi à convaincre la ville que la "Fête du slip" se distinguait des autres festivals dans la région. Il y a d’abord la thématique des sexualités qui est originale en soi, mais qui peut sembler peut-être plus risquée à soutenir publiquement. Aborder les sexualités sous l’angle culturel n’est par ailleurs pas non plus évident. Lorsqu’on lie sexualités et culture, on a tendance à penser à des produits "bas" ou "illégitimes" comme la pornographie hétérosexuelle masculine mainstream. Mais le festival a réussi à faire des sexualités un objet culturel à part entière.  

En quoi ce festival se distingue ?

L’approche est celle du sexe dit positif. C’est une approche qu’on pourrait dire affirmative sur le sexe, qui nous vient des féministes américaines dites "pro-sexes". Le festival se centre sur la question des désirs et des plaisirs, plutôt que sur la prévention comme le feraient par exemple ProFa ou Love Life (Stop Sida). Les sexualités y sont abordées à partir des marges avec des réflexions et des propositions fortes sur les genres, les corps, les objets avec notamment cette année des artistes qui travaillent sur les nouvelles technologies du sexe en ligne. Il s’agit donc de présenter des pratiques artistiques et sexuelles qui sont moins connues du public lausannois et plus largement francophone. 

En quoi La Fête du Slip participe d’une plus grande prise de conscience du public sur les souffrances que vivent les personnes vivant une sexualité différente ?

Si le but premier du festival est clairement culturel, il remplit certainement aussi une mission d’information et de prévention, y compris des discriminations sexuelles et de genre. On ne peut pas travailler sur les sexualités à partir des marges et développer une culture du sexe positif sans faire une critique politique des normes et des hiérarchies qui opposent bonnes et mauvaises sexualités, mais aussi haute et basse culture. Le festival est un espace où ces questions sont clairement posées à travers différents langages et formats artistiques. 

Pour tous renseignements sur "La Fête du Slip", c'est ici.

par David Glaser