L'agriculture subit leurs passages

Les paysans d'Allaman et de Saint-Prex parlent des pertes engendrées.
06 août 2015, 14:22
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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fmorand@lacote.ch

"Des gens du voyage ont investi un champ". Depuis plusieurs semaines, les médias vaudois écrivent presque quotidiennement cette phrase où seul le nom de la commune change. La manière de procéder des nomades et leur présence sont de moins en moins appréciées par la population. La présence de nombreuses caravanes, même quelques jours, engendre des conséquences diverses sur les récoltes.

Le champ d'Allaman est cultivé par Frédéric Baumgartner et a été occupé deux fois par des gens du voyage, du 18 au 23 août et du 1 er au 6 septembre. L'habitant de Féchy avait prévu de couper l'herbe autour du 20 août pour en faire du regain. "La récolte est fichue. J'ai fauché pour nettoyer, car il restait beaucoup de petits déchets" , explique le Fezzolan. L'herbe a été jetée. "Je n'ai pas tout de suite labouré le bord du champ, car il longe la route cantonale. J'attendais une réponse du voyer pour savoir si ça ne posait pas de problème. J'ai été trop prudent en voulant faire les choses correctement."

Entre-temps, les gens du voyage sont allés quelques jours à Chavannes-de-Bogis. Puis sont revenus à Allaman. "Cette fois, je ne me suis pas posé de question et j'ai passé la charrue après leur départ" , ajoute Frédéric Baumgartner. Sur les deux hectares de surface, l'agriculteur estime avoir perdu environ 300 bottes à 18 kilos, soit quelque six tonnes de fourrage. Absent les deux fois au moment de l'arrivée des nomades, le Fezzolan n'a pas eu d'autres choix que de négocier la date de leur départ et une compensation financière. Il a reçu 450 francs la première fois et 500 la seconde fois. "Ils m'ont donné 10 francs par caravane par jour, mais au final, ils étaient bien plus nombreux que le montant reçu" , lâche-t-il dépité.

 

Autre champ, autre cas

 

A Saint-Prex, la situation est un peu différente, puisque l'herbe était déjà coupée. "Je prévoyais de faire pâturer mes génisses d'ici trois semaines. Je vais devoir les mettre ailleurs" , raconte Laurent Schmid, agriculteur à Villars-sous-Yens. "Heureusement que ce n'était pas sur mon plus grand champ." L'autre partie de la parcelle est en compensation écologique, comme celle d'Allaman, ce qui permet à l'exploitant d'obtenir des paiements directs. "Il s'agit d'un engagement minimum de six ans. La fauche ne peut pas se faire avant le 15 juin en plaine et les bêtes peuvent pâturer uniquement entre le 1 er septembre et le 30 novembre. Les agriculteurs ne peuvent pas mettre de l'engrais, ni labourer. S'ils interrompent leur engagement, ils doivent rembourser les sommes perçues" , explique Marcel Friedli, responsable chez Ecopres à Lausanne.

"En sortant les caravanes, ils ont complètement labouré un coin de mon champ" , expose Alain Morand, l'autre agriculteur qui cultive la parcelle de Saint-Prex. Il perd une coupe d'herbe. Bien que son terrain soit en compensation écologique, il a reçu l'autorisation de ressemer.

Laurent Schmid et Alain Morand n'ont pas voulu recevoir de l'argent des nomades et ont déposé une plainte pénale. Sans grand espoir. "La justice n'est pas faite pour des gens du voyage très mobiles" , souligne la médiatrice Pierrette Roulet-Grin. "La commune de Saint-Prex a très bien nettoyé le champ, il faut le souligner. Mais il reste beaucoup de petits déchets, comme des capsules et des cotons tiges" , ont constaté les deux paysans. Si une vache mange un petit objet métallique, tel un clou ou du fil de fer, les parois de son système digestif peuvent se perforer. Les matières fécales humaines qui se retrouvent dans le fourrage peuvent être source d'infections bactériennes ou parasitaires. A Saint-Prex, la parcelle a été clôturée. "Dans la région, de plus en plus de champs ont été labourés côté route" , s'est aperçu Alain Morand.