L'Asse joue sa star

Balade subjective entre Chéserex et Nyon.
07 août 2015, 13:57
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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dsandoz@lacote.ch

Elle n'en a pas le débit ni la longueur, mais en matière de notoriété, l'Asse se positionne comme l'une des principales concurrentes de la fameuse Venoge, rivière étendard des Vaudois. Si cette dernière a été mise en vers par le poète Jean-Villard Gilles, avant que les services de l'environnement ne tentent de la remettre au vert, la petite Nyonnaise voit son nom porté vers l'Europe entière depuis qu'elle accueille sur ses rives l'un des plus grands festivals du continent.

Et pourtant rien ne lui prédit un si grand destin quand se forme le premier ru, sur les hauts de Chéserex. Autant le dire tout de suite, la source de l'Asse - tout au moins de l'embranchement nommé comme tel par les géographes -, ça ne ressemble à rien. Située dans un endroit baptisé Aux Rouges, on aurait pu s'attendre à une émergence somptueuse, voire un tapis royal pour ce ruisseau qui arrosera le Golf de Bonmont et ses gazons tout ce qu'il y a de plus aristocratiques. Il n'en est rien. Un simple "tube Somo", déversoir d'une chambre de collecte d'eau marque la naissance de l'Asse.

Celle-ci serpente le long des flancs jurassiens, derrière les Crêts, filant vers l'ouest. Au passage, elle récupère quelques confluents venus de l'étang des Moines et de Bonmont avant de changer de cap pour filer vers Gingins. Tandis qu'elle s'égare en plusieurs bras qui tournent presque aux sols mouvants, elle vient lécher les pieds d'une étrange construction faite d'un amas de pierres. C'est la cabane des nains connue de tous les enfants du coin.

 

Libérée des moulins

 

Dès lors, aux confins des communes de Gingins, de Grens et de Chéserex, l'Asse donne le ton aux automobilistes. Libérée de son obligation de mettre en mouvement le Moulin de Chiblins, elle s'amuse à serpenter au pied de son cordon boisé. Et le trafic automobile de zigzaguer avec elle.

Puis arrive le grand rendez-vous, dans un site digne d'un camp romain cher à Obélix. Même le lit de la rivière est entravé à fin juillet par une barrière de châtaigniers pour barrer un accès trop facile aux resquilleurs qui n'ont pas peur de se mouiller. Une fois la barrière passée, l'Asse se mue en star, aussi éclairée de projecteurs que les vedettes programmées sur la Grande scène de Paléo.

Pour le cours d'eau, le festival passe néanmoins encore plus vite que pour les bipèdes en fête. L'Asse se la joue encore brièvement en mode campagnarde, malgré un passage express sous l'autoroute A1. Elle rit d'un dernier virage imposé à la route de Saint-Cergue avant de s'engouffrer dans la discrétion de la ville.

Débarrassée des industries qui l'ont chargée de leurs rejets, l'Asse n'en retrouve pas vraiment la forme si l'on en croit les études entamées il y a une décennie. "A l'entrée du territoire communal, l'Asse est déjà de mauvaise qualité. Sur la commune, la qualité ne se dégrade pas" , peut-on lire dans le rapport publié sur le site de la ville. Le suivi chimique n'a pas été reconduit dès 2009, "vu la stabilité des résultats, et la difficulté d'identifier les sources de pollution ponctuelles et/ou diffuses disséminées dans le bassin versant".

Il y a encore quelques décennies, l'Asse avait encore le rôle de "canaliser" les échanges virils entre les gamins du centre-ville de Nyon, ceux de Rive, ceux de Mafroi et les redoutés du quartier de La Paix. Aujourd'hui, tout cela se passe sur les réseaux sociaux... Vexée, notre rivière traverse la ville subrepticement, se glisse encore sous la ligne CFF et file vers une dilution dans les eaux du lac, en toute discrétion, cachée derrière un chantier naval, pleine de rêves de bateaux et d'horizons lointains.