"Respecter la volonté de Zao Wou-Ki"

Jean-Philippe Hugot, avocat de Jia-Ling Zhao, le fils de Zao Wou-Ki, livre sa version des faits.
06 août 2015, 10:55
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Jean-Philippe Hugot estime que Françoise Marquet est une menteuse.

Jia-Ling Zhao, fils d'un premier mariage de Zao Wou-Ki, conteste avec véhémence le déménagement de son père et de Françoise Marquet en Suisse. Il assure que quitter la France est contraire à la volonté de son père, désormais incapable de discernement "Je n'irai jamais en Suisse", aurait dit Zao Wou-Ki à son fils depuis 2004. Opposé à sa belle-mère, il a donc saisi la justice. Son avocat à Paris se nomme Jean-Philippe Hugot. Interview de l'homme de droit.

Pouvez-vous nous livrer votre version des faits?

Lorsque Jia-Ling Zhao revient en France en mars 2012, après avoir passé quelques mois en Chine pour s'occuper d'une exposition de sa mère Lan-Lan, il découvre que l'état de son père, présent à Paris, s'est largement détérioré et qu'il n'est plus capable de se déplacer tout seul. Il avait appris seulement en décembre 2011 que son père déménageait en Suisse. Il profite de l'absence de Françoise Marquet pour emmener son père chez le médecin, qui établi un diagnostic sans appel: le consentement de Zao Wou-Ki a disparu. J'écris alors à Françoise Marquet pour lui demander une ultime fois de rester à Paris. Puis nous engageons une procédure de demande de tutelle en France, le 21 mars. Seulement, Françoise Marquet le fait en Suisse le 4 mai et obtient la tutelle. Mais pourquoi le peintre aurait-il voulu partir en Suisse s'il a une maison à Ibiza et un château à la campagne à 250 km de Paris?

Quelles étaient les relations entre Jia-Ling Zhao et son père?

Ils avaient de bonnes relations et se voyaient au minimum une fois par semaine. Le problème est que la femme de mon client, durant l'absence de ce dernier, s'est vue refusé par Françoise Marquet le droit de rencontrer Zao Wou-Ki. Une dispute avec la soeur de Jia-Ling Zhao (Sin-May) serait en cause.

Vous remettez également en doute les buts de la fondation créée en Suisse.

Nous ne savons pas son utilité. D'ailleurs il existait déjà une association en France pour gérer l'oeuvre de Zao Wou-Ki. Avec la tutelle accordée à Françoise Marquet et Marc Bonnant, cela ne fait que compliquer les choses. De plus, nous craignons que la fondation serve à vendre des tableaux. Selon moi, Zao Wou-Ki aurait largement préféré que son fond d'atelier reste en France. Je pense qu'il avait envie qu'un musée lui soit consacré.

Avez-vous des preuves que Zao Wou-Ki n'aurait jamais souhaité venir vivre en Suisse?

Nous avons en effet des pièces pour l'expliquer. Il y a des témoignages. De toute façon, s'il avait voulu déménager, il l'aurait fait avant. Il faut dire qu'il est incapable de prendre des décisions depuis 2008. Depuis ce moment, qui a décidé de la vente de ses tableaux?

Avec sa venue en Suisse, les taxes sur les droits de succession de Zao Wou-Ki, sont beaucoup plus faibles. Malgré un testament et des lois légèrement différentes, Jia-Ling Zhao pourrait voir sa part plus grande après un éventuel décès de son père.

Mais mon client n'est absolument pas intéressé par sa part! Il se moque de payer plus ou moins. Il veut payer des impôts en France. Seul le bonheur de son père l'importe. Jia-Ling Zhao n'a aucun intérêt à ce que Zao Wou-Ki revienne à Paris. Il a toujours eu une relation d'admiration pour lui. Quant à un éventuel testament, je n'en ai jamais entendu parlé.

Comment expliquez-vous que sa soeur, Sin-May, a choisi le camp de Françoise Marquet?

Ils ont une vision différente du dossier. Peut-être qu'elle a un peu peur de ne plus pouvoir voir son père.

Vous sentez-vous esseulés dans cette affaire?

Non, car nous avons de très nombreuses pièces pour prouver nos dires. Et d'ailleurs, pourquoi Françoise Marquet a caché aux juges suisses l'existence de mon client?

Qu'allez-vous faire désormais?

Il y a cette plainte contre X en France pour abus de faiblesse. Des résultats devraient être annoncés d'ici deux mois. Par ailleurs, concernant la tutelle en Suisse, on a demandé à intervenir. On va faire valoir nos droits. Jia-Ling Zhao pourrait être co-tuteur de façon légitime. Il ne faut pas oublier qu'il a été le premier à lancer une procédure de ce type. Mais Françoise Marquet a beaucoup de moyens...

Qu'attendez-vous de sa part?

Elle a beaucoup menti jusqu'à aujourd'hui. Mais elle a reconnu avoir vendu des oeuvres ces trois dernières années pour vivre. On a donc demandé un inventaire. On attend toujours cette liste.