Un chef face à la déforestation

Almir Narayamoga Surui milite pour le reboisement.
06 août 2015, 14:21
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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L'Amérindien Almir Narayamoga Surui, 37 ans, chef de la tribu Surui au Brésil, est actuellement en Suisse.

Pendant son séjour de dix jours, il tenait à revenir à Nyon, ville très chère à son coeur puisqu'elle a grandement contribué à promouvoir le reboisement de la forêt amazonienne. En 2008, seize membres de la tribu Surui avaient été les invités d'honneur du festival Paléo, pour promouvoir leur cause. Depuis 2008, Almir se rend au moins une fois par an en Suisse.

La tribu Surui, constituée de quatre clans et une population de 1 300 individus, vit sur un territoire de 248 146 hectares, composé à 93% de forêt équatoriale. Comme le souligne Almir, cette forêt a une importance primordiale pour les Suruis: ils en tirent leur nourriture, leur eau, des matériaux de construction, ainsi que des substances végétales leur servant de médicaments.

 

Plus de 100 000 arbres replantés

 

La déforestation a donc eu des conséquences néfastes sur leur mode de vie, et risque à terme " d'anéantir notre culture ", assure-t-il. Pour limiter et prévenir cette déforestation, les Suruis ont mis en place, en 2005, un projet, sur cinquante ans, pour reboiser la forêt amazonienne.

Le projet PAMINE (qui signifie la renaissance de la forêt en Surui) a pour but ultime de planter plus d'un million d'arbres. Depuis 2005, plus de 100 000 arbres ont été replantés. " Si je retire 20 arbres, il faut que j'en replante 200 pour que la forêt se régénère ", calcule Almir. Les espèces replantées sont choisies en fonction de leur utilité pour les Suruis, mais aussi pour créer une biodiversité naturelle proche de la forêt d'origine. Elles sont aussi choisies en fonction de leur rapidité de croissance et de leur aptitude à s'enraciner. L'association suisse Aquaverde soutient le projet des Suruis, et travaille en partenariat avec eux, notamment en ce qui concerne la promotion de leur action vis-à-vis des médias internationaux.

 

Douze leaders menacés de mort

 

Mais militer pour la sauvegarde de l'environnement n'est pas toujours facile et n'est pas sans risques. Almir a reçu de nombreuses menaces de mort, notamment de la part de bûcherons brésiliens. Un paradoxe parfois absurde " Nous sommes 12 leaders au sein des Suruis à être menacés de mort actuellement. Est-ce juste dans un pays qui accueille le Rio + 20 et qui traite du développement durable? " Almir est donc contraint à une protection rapprochée des gardes du corps des forces spéciales de la police nationale. Il a même dû s'exiler un moment aux Etats-Unis, en 2007. Mais Almir n'aime pas être vu comme une victime pour autant. Il souligne que " la forêt a un potentiel et nous la défendons, on ne devrait pas être menacé pour ça! " Pour lui, tout est contradictoire: " D'un côté, le gouvernement appuie la déforestation, et de l'autre, sous pression, ils nous donnent de la protection! Comment faire confiance en un tel gouvernement? Nous sommes très inquiets pour l'avenir des peuples indigènes. "

Mais cet homme, élu en 2009 par la revue brésilienne Hepoca et rejoignant ainsi les 100 personnes les plus influentes de son pays, voit quand même l'avenir de la forêt et de son peuple avec espoir. "Je suis motivé et plein d'optimisme, l'exemple est le projet PAMINE. Au début, nous étions seuls, aujourd'hui ce sont des millions de personnes dans le monde qui connaissent le projet. Les médias nous aident beaucoup à faire passer notre message, notamment en Suisse et au Brésil. J'utilise de l'équipement moderne pour faciliter notre communication, notamment une collaboration récente avec Google earth, sur une représentation satellite GPS du reboisement. Je pense qu'aujourd'hui nous avons énormément de défis devant nous. la lutte n'existe pas sans qu'il y ait des défis, et le vainqueur n'existe pas sans qu'il y ait des défis à surmonter! "