Les Césars sacrent "Amour" et ses acteurs en route pour Hollywood

"Amour" de Michael Haneke et ses acteurs Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant ont triomphé vendredi aux Césars.
07 août 2015, 11:02
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
L'actrice française Emmanuelle Riva sacrée meilleure actrice pour son rôle dans le film ''Amour'' de Micheal Haneke.

"Amour" de Michael Haneke et ses acteurs Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant ont triomphé vendredi aux Césars. 

Le film du réalisateur autrichien a raflé toutes les récompenses les plus prestigieuses de la soirée à Paris, avant les Oscars dimanche pour lequel il est nommé cinq fois.
 
Sans musique, sans effets, rythmé par les seuls grincements de parquet d'un immense appartement parisien, "Amour" met à nu l'inexorable déchéance d'un couple d'octogénaires: Anne (Emmanuelle Riva), victime d'attaques cérébrales, perd peu à peu son autonomie, puis la parole, jusqu'à ce que tout son corps la trahisse, sous les yeux impuissants de son mari Georges (Jean-Louis Trintignant), amoureux jusqu'au bout.
 
Le film, Palme d'or à Cannes en mai dernier, a remporté cinq Césars, meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scenario pour Michael Haneke, meilleure actrice pour Emmanuelle Riva et meilleur acteur pour Jean-Louis Trintignant.
 
Premier César pour Trintignant
 
Déjà à Los Angeles en prévision des Oscars, Michael Haneke n'était pas sur la scène du Châtelet pour recevoir ses prix. Jean-Louis Trintignant, 82 ans, à Bruxelles pour une pièce de théâtre, a pu être joint au téléphone en direct par son fils Vincent, venu chercher le premier César de la très riche carrière de son père.
 
Dans sa longue robe rouge, la frêle Emmanuelle Riva a confié ne pas "concevoir de recevoir un prix" sans le partager "avec toute l'équipe du film". "Ca m'est difficile d'être toute seule avec cela, c'est tellement précieux", a ajouté l'actrice. Elle fêtera ses 86 ans dimanche à Hollywood, où elle est en lice pour l'Oscar de la meilleure actrice.
 
La comédie "Camille redouble" de Noémie Lvovsky, donnée grande favorite avec treize nominations est en revanche repartie bredouille, tout comme "Holy Motors" de Leos Carax (neuf nominations).
 
Deux prix pour "Le prénom"
 
"De rouille et d'os", de Jacques Audiard, neuf fois nommé, a été l'autre gagnant de la soirée avec quatre Césars: meilleure adaptation, meilleure musique originale, meilleur espoir masculin pour Matthias Schoenaerts et meilleur montage.
 
La soirée a aussi souri à la comédie à succès "Le prénom" de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. Elle a raflé les deux Césars du meilleur second rôle, l'un pour Guillaume de Tonquédec et l'autre à Valérie Benguigui.
 
La jeune rockeuse Izia Higelin, en robe noire très décolletée, a reçu le César du meilleur espoir féminin pour "Mauvaise fille" de Patrick Mille, son premier rôle au cinéma à 22 ans. "Les adieux à la reine" de Benoît Jacquot est reparti avec trois Césars dans des catégories techniques (décors, costumes, photo).
 
Grand favori des Oscars, "Argo" de l'Américain Ben Affleck a remporté le César du meilleur film étranger. Un autre Américain s'est vu décerner un César d'honneur: Kevin Costner, qui a exprimé avec émotion sa "gratitude" au cinéma français pour l'accepter "tel qu'il est".
 
Appels politique
 
Dans une soirée placée résolument sous le signe de l'humour, le président de la cérémonie, l'humoriste Jamel Debbouze, a choisi d'épingler l'exilé fiscal Gérard Depardieu. Il l'a nommé dans son "gouvernement" "ministre des Affaires étrangères et du Tourisme". Quant au producteur Vincent Maraval, auteur d'une tribune assassine sur le salaire des acteurs, il s'est vu attribuer le ministère de "l'Economie et de l'Argent".
 
Au fil de la cérémonie organisée au théâtre du Châtelet, les récentes polémiques qui ont agité le milieu du septième art ont été tour à tour abordées sur le ton de l'humour ou avec sérieux.
 
Ainsi l'équipe du meilleur son pour "Cloclo" a interpellé la ministre de la Culture et les producteurs sur les délocalisations de tournage afin de "stopper cette hémorragie" et que dure "l'exception culturelle française".
 
Une réponse aussi aux quelque 250 techniciens du spectacle qui avaient accueilli par des sifflets les invités du théâtre du Châtelet, protestant notamment contre les délocalisations des tournages.

 


Amour, de Michael Haneke (bande-annonce) par Telerama_BA