"L'origine du monde" n'a pas de visage

Le musée d'Orsay à Paris qualifie de "fantaisiste" l'hypothèse développée dans "Paris-Match" par un spécialiste du peintre Gustave Courbet.
07 août 2015, 10:58
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Photo-montage réalisé par Paris-Match pour faire coller le portrait trouvé et la célèbre toile "L'origine du monde", signée Gustave Courbet.

Depuis la parution du dernier "Paris-Match", les experts se confrontent à propos de la découverte d'un portrait de femme, trouvé par le collectionneur John de La Monneraye chez un antiquaire à Paris en janvier 2010.

Le portrait découvert fortuitement serait le visage de la femme au sexe le plus mystérieux et le plus audacieux de l'histoire de l'art. Celui montré dans la célèbre toile "L'origine du monde", signée par le Franc-Comtois Gustave Courbet. Du moins selon ce que rapporte dans "Paris-Match" l'expert Jean-Jacques Fernier, 82 ans. Pour lui, il n'y a pas l'ombre d'un doute, ce portrait est la pièce manquante d'une toile aux dimensions plus grandes dont le public ne connaît que le pubis.

Comment réagit-il à la pomélique qu'il a soulevée? Il a accueilli avec flegme les nombreuses critiques que son hypothèse a déclenchées dans les milieux de l'art. "Il y aura toujours des gens pour râler", a-t-il dit, selon ce que rapporte "Le Nouvel Observateur".

Le Musée d'Orsay, à Paris, qui déclarait encore dans la journée de vendredi ne pas vouloir se prononcer sur cette découverte a finalement émis un communiqué vendredi soir à 21 heures. Non, le visage peint n'est pas une pièce maîtresse de la toile "L'origine du monde".

«Des hypothèses fantaisistes ont récemment été développés autour de L'Origine du monde de Gustave Courbet conservée au musée d'Orsay", commente-t-il. Puis il rappelle certains faits bien connus des historiens de l'art. "L'Origine du monde est une composition achevée et en aucun cas le fragment d'un œuvre plus grande, longtemps entourée de secrets y compris dans ses dispositifs de présentation."

Certaines zones d'ombre subsistent dans son historique." Une certitude cependant, confirmée par tous les témoignages du XIXe siècle", signale encore le communiqué du musée d'Orsay, "le tableau visible chez Khalil-Bey, son premier propriétaire et probable commanditaire, était bien une femme nue sans pieds et sans tête. À cette description de l'œuvre par Gambetta répond celle de Maxime Ducamp qui mentionne en 1878 que Courbet n'avait pas représenté «le cou et la tête» de ce «portait de femme bien difficile à décrire».

On peut encore lire dans le communiqué du musée d'Orsay que "les éléments relatifs à la technique de l'œuvre étudiée par le Centre de recherche et de restauration des musées de France après l'acquisition du tableau par le musée d'Orsay ne révèlent que des données très habituellement observées sur les toiles des peintres de cette époque: la toile et les pigments utilisés ici ont été préparés de façon industrielle. La seule description objective que l'on puisse faire du support original est qu'il s'agit d'une toile assez fine et de tissage simple, dont la trame comporte des irrégularités observables sur la plupart des tableaux de cette époque. L'Origine du monde présente par conséquent des caractéristiques techniques tout à fait communes que l'on retrouve sur des centaines de toiles contemporaines.»