La renaissance du "chiclé", le chewing-gum hérité des Mayas

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amérique latine Le chiclé est la résine produite par le sapotillier. Reportage en compagnie d'un "chiclero" sur ce qui sert de base naturelle à la production de chewing-gum.

  29.11.2012, 07:32
Le chiclé a été abandonné dans la composition des chewing-gums au cours des années 1970 au profit de dérivés du pétrole.

Quand Alfredo Rodriguez Arzate assène un coup de machette sur le tronc du sapotillier contre lequel il s'est hissé, une corde autour de la taille et des crampons aux bottes, une gomme blanchâtre s'écoule de l'arbre: c'est le "chiclé". Depuis le XIXe siècle, il sert de base naturelle à la fabrication du chewing-gum.

La tradition vient des indiens mayas qui exploitaient, il y a des siècles la gomme à mâcher dans la péninsule du Yucatan, au sud-est du Mexique. Aujourd'hui elle renaît pour produire un chewing-gum bio, et faire vivre des communautés dans la jungle du sud-est du Mexique, près de la frontière avec le Belize et le Guatemala.
 
Bâti comme un boxeur poids-plume, le "chiclero" de 50 ans doit veiller à ne pas faire de faux mouvement, comme par exemple couper accidentellement la corde qui le retient. "Dans ce travail, vous n'avez pas le droit à l'erreur", explique Alfredo en taillant dans l'écorce, à quelque 7 mètres de hauteur en plein milieu de la jungle, pour creuser un sillon sinueux permettant à la résine de s'écouler lentement vers le bas, dans un sac.
 
Serpents et jaguars
 
Les "chicleros", après avoir évité les serpents venimeux ou les jaguars, grimpent parfois jusqu'à 30 mètres de hauteur. Ils ont failli voir la fin de leur activité quand les fabricants américains de chewing-gum ont remplacé le chiclé par des produits synthétiques tirés du pétrole, après la Seconde Guerre mondiale.
 
Mais les "chicleros" ont perduré, comme leurs arbres centenaires. Ils ont trouvé de nouveaux débouchés: vers l'Asie, l'Australie et surtout l'Europe, en quête croissante de produits naturels.
 
Au cours des trois dernières années, ils ont exporté leur propre chewing-gum aux saveurs de menthe, de citron ou de cannelle vers plus de 15 pays, surtout en Europe, mais aussi en Australie et en Israël, sous le nom commercial de "Chicza". Une gomme à mâcher bio, biodégradable et respectueuse de la nature et du développement durable. Tokyo importe le "chiclé" pour en faire sa propre gomme.
 
Le Consorcio Chiclero, une compagnie qui regroupe 56 coopératives de "chicleros", indique que les ventes de chiclé ont progressé de 47% en un an, passant de 1,2 million de dollars en 2011 à 1,8 million de dollars cette année.
 
"La jungle à votre palais"
 
"Si vous mâchez du 'Chicza', vous amenez la jungle à votre palais et vous contribuez aussi à la préservation de la nature", assure Manuel Adrete Terrazas, directeur de Consorcio Chiclero.
 
Les Mayas et les Aztèques utilisaient la gomme pour se nettoyer les dents et tromper la faim. Les historiens pensent qu'ils utilisaient des techniques différentes pour extraire la résine du sapotillier et fabriquer la gomme à mâcher.
 
Le chewing-gum moderne a été créé par le scientifique américain Thomas Adams au XIXe, après que l'ex-président mexicain Antonio Lopez de Santa Anna lui eut proposé d'en faire une alternative au caoutchouc. Mais cette tentative ayant échoué, M. Adams a décidé d'en faire une gomme à mâcher, commercialisée à partir de 1872.
 
200 tonnes par an
 
Le déclin de la production après la Seconde Guerre mondiale a mené à une quasi disparition de la production à partir de 1970. Consorcio Chiclera a été créé au début des années 1990 et aujourd'hui, quelque 2000 chicleros vivent dans de petits villages, comme celui de Tres Garantias, qui regroupe 800 résidents vivant essentiellement des produits de la forêts et du "chiclé". Ils en produisent quelque 200 tonnes par an.
 
Après avoir recueilli la gomme de l'arbre, Rodriguez se rend vers un camp de jungle utilisé par les "chicleros" pour faire fermenter la résine dans un chaudron chauffé au feu de bois. Après refroidissement, la gomme est moulée en briques pour être ensuite envoyée à la petite usine de chewing-gum du Consorcio.
 
Avec 13 kilos de chiclé, Alfredo Rodriguez a gagné 810 pesos (60 francs) pour deux jours de travail, alors qu'il ne toucherait que 100 pesos dans le même temps s'il travaillait aux champs. "J'arrive à travailler en contact avec la nature et en même temps à nourrir ma famille", affirme-t-il. Cela fait 15 ans qu'il grimpe aux sapotilliers.

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