Le stress des travailleurs coûte plus cher pour les entreprises

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Berne Le surmenage au travail coûterait plus cher pour les entreprises que six semaines de vacances.

Par ats
  31.01.2012, 10:19
L'initiative pour six semaines de vacances, en votation le 11 mars, donne lieu à une bataille de chiffres. Aux 6 milliards de francs de charges supplémentaires estimés pour les entreprises sont opposés les 10 milliards que coûterait le stress des travailleurs surmenés.

L'initiative pour six semaines de vacances, en votation le 11 mars, donne lieu à une bataille de chiffres. Aux 6 milliards de francs de charges supplémentaires estimés pour les entreprises sont opposés les 10 milliards que coûterait le stress des travailleurs surmenés.

Les surcoûts pour l'économie ne sont pas contestés par Travail.Suisse, qui a lancé l'initiative. Mais son président Martin Flügel les relativise: «Comme les employés bénéficient déjà en moyenne de cinq semaines de vacances, il n'en coûtera pratiquement rien aux entreprises en 2013. Ensuite, on augmentera d'un jour par année jusqu'en 2018».

Une semaine de vacances équivalant à environ 2% de la masse salariale, la hausse serait donc de 0,3 à 0,4% par année. «C'est supportable. D'autant plus que la productivité augmente chaque année. Il s'agit donc d'une redistribution», argumente M. Flügel.

Cet échelonnement est un artifice cosmétique pour faire passer le projet, critique Hans-Ulrich Bigler, directeur de l'Union suisse des arts et métiers (USAM), la faîtière des petites et moyennes entreprises (PME). Selon lui, une amélioration des dispositions légales entraînera une hausse des revendications de vacances lors des négociations des conventions collectives de travail.

PME en difficulté

M. Bigler s'inquiète surtout pour les PME employant moins de dix personnes, soit le 88% des entreprises, qui n'ont pas de flexibilité en matière de personnel. «Elles devront payer des remplaçants pour suppléer des gens en vacances. Sans compter la difficulté à trouver des employés ayant un savoir-faire suffisant».

«C'est une question d'organisation, de volonté», rétorque Martin Flügel. «C'est un changement, certes, mais je ne comprends pas pourquoi ce ne serait absolument pas possible».

En cas de succès de l'initiative, des entreprises seraient-elles menacées? «Pas directement dans leur existence», estime Hans-Ulrich Bigler. «Mais à plus long terme, cela entraînerait une perte rampante de compétitivité par rapport à l'étranger et l'on ne peut pas exclure des suppressions d'emplois». D'autant plus que la conjoncture s'annonce difficile pour les années à venir.

Menaces pour faire peur

Martin Flügel réfute cet argument, de même que les menaces de délocalisations brandies çà et là par certains patrons. «Ils utilisent cela quand ils sont à court d'arguments. Ils avaient dit la même chose pour le congé maternité et les allocations familiales. C'est pour faire peur», dénonce le syndicaliste.

Selon lui, les coûts seuls ne sont pas déterminants pour la compétitivité de l'économie. La qualité du travail et des produits sont plus importants. Et de citer l'exemple de l'industrie des machines, «qui a créé des emplois ces dernières années tout en offrant 5 semaines de vacances, et même 6 à partir de 50 ans».

Lutter contre le stress

Octroyer davantage de vacances permettrait d'atténuer le stress des travailleurs et donc de réduire ses coûts très élevés, plaident les partisans de l'initiative. La facture est évaluée à 10 milliards de francs par an, à charge des entreprises et de la collectivité.

Bénéficier de plus de vacances ne réduirait pas ce stress - surtout si le nombre d'employés n'augmente pas -, reconnaît Martin Flügel. «Mais cela offre plus de temps de repos». Le stress et le rythme augmentent de toute façon avec la hausse de la productivité, mais en adoptant l'initiative, on «décide d'accroître le temps de récupération», insiste le syndicaliste.

Pour Ruth Derrer Balladore, membre de la direction de l'Union patronale suisse, l'effet positif n'est pas évident du tout: «Avoir plus de vacances ne change rien au stress du travail au quotidien», dit-elle. Un avis partagé par Hans-Ulrich Bigler. Pour les deux représentants de l'économie, mieux vaut prendre des mesures comme la flexibilisation du temps de travail ou le télétravail.

Il n'existe aucune étude qui montre que les travailleurs seraient moins stressés avec davantage de vacances, explique pour sa part Margaret Graf, cheffe de la division Travail et Santé au Secrétariat d'Etat à l'économie. «Le plus important pour la récupération, c'est le repos quotidien», précise-t-elle.

Et de relever qu'en vacances, les gens ne se reposent pas forcément, suivant l'intensité des activités qu'ils pratiquent ou le décalage horaire qu'ils subissent.

 

Le stress en Suisse: 10 milliards

S'il n'existe pas de chiffre précis sur les coûts du stress au travail, ils sont évalués par certains à 10 milliards de francs. «C'est un ordre de grandeur qui pourrait jouer», confirme Margaret Graf, cheffe de la division Travail et santé au Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO).

Dans une étude datant de 2000, le SECO avait avancé un montant de près de 4,2 milliards. «Il faut toutefois le prendre avec prudence, car il ne prend en compte que les coûts engendrés directement aux entreprises en termes d'absences et de pertes de productivité», met en garde Mme Graf, interrogée par l'ats. Il n'inclut pas d'autres aspects comme les rentes d'invalidité ou les retraites anticipées.

Si l'on considère l'ensemble des coûts, le chiffre de 10 milliards semble dès lors réaliste, selon le Dr Graf. Dans une nouvelle enquête portant sur 2010, le SECO n'a plus donné de chiffres en raison des méthodes divergentes ne permettant pas de comparaison avec l'étude précédente. Mais les coûts ont augmenté, estime la spécialiste.

Un travailleur sur trois

Cette enquête montre que le nombre de travailleurs souffrant de stress chronique - soit se sentant souvent voire très souvent stressés - est passé de 26,6 à 34,4% en dix ans. La proportion des personnes qui ne se sentent jamais ou peu stressées a chuté à 12,2%, contre 17,4% dix ans plus tôt.

Les personnes qui doivent tenir des délais ou qui travaillent à un rythme élevé se disent deux fois plus stressées (60%) que les personnes qui n'ont pas d'impératifs temporels (34%). Et celles qui se disent victimes de discrimination sociale au travail ou de «mobbing» sont presque deux fois plus souvent touchées que les autres.

Selon l'étude, la perception du stress est aussi liée au problème de santé et à l'insatisfaction des conditions de travail. Lorsque ces dernières sont favorables et lorsque le collaborateur est satisfait de sa hiérarchie, le stress diminue.

Une autre étude, publiée en 2011 par Promotion Santé Suisse, avait relevé que les entreprises peuvent subir, à cause d'employés dont le niveau de stress est élevé, des pertes allant jusqu'à 8000 francs par an et par personne. La prévention permet en revanche de diminuer l'absentéisme de chaque collaborateur de 1,7 jour par an et d'économiser 600 francs.


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