Burkina Faso: Blaise Compaoré quitte le pouvoir après 27 ans aux commandes

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Burkina Faso "Blaise dégage": ce cri a été scandé par des milliers de manifestants ce vendredi matin dans les rues de Ouagadougou. Le président Blaise Compaoré a cédé à la demande de la rue. L'ex-putchiste a été remplacé à son tour par un militaire, le chef d'état-major des armées, le général Honoré Traoré.

  31.10.2014, 18:15
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En 27 ans de règne, le président burkinabé Blaise Compaoré s'est imposé comme un incontournable médiateur dans les crises africaines. Mais il n'a pas su gérer la contestation dans son propre pays, où la rue l'a contraint à la démission.

Au lendemain de violentes émeutes populaires et sous la pression de l'armée et de l'opposition, Blaise Compaoré, 63 ans, s'est finalement résolu vendredi à quitter le pouvoir, "dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale".

Ironie du sort, l'ancien putschiste, qui avait pris part à trois coups d'Etat, se voit à son tour remplacé par un militaire, le chef d'état-major des armées, le général Honoré Traoré, qui a annoncé "assumer" les "responsabilités de chef de l'Etat" du Burkina Faso.

Fidèle à sa réputation d'homme secret, M. Compaoré a longtemps tardé à dévoiler ses intentions. Toutefois, l'annonce d'un projet de révision constitutionnelle qui lui permettrait de se représenter à la présidentielle en 2015 a jeté des centaines de milliers de Burkinabés refusant un "président à vie" dans la rue.

En octobre encore, le président français François Hollande proposait pourtant de le soutenir pour un poste international s'il renonçait à ce projet, en vain. Mais Blaise Compaoré se jugeait "trop jeune pour ce genre de job".

Trois coups d'Etat

"Je n'ai pas envie d'assister à l'effondrement de mon pays pendant que je me repose ou parcours le monde", avançait-il dans un entretien en juillet à l'hebdomadaire "Jeune Afrique": il s'y montrait peu empressé de prendre sa retraite, se posant en garant de la stabilité de ce pays sahélien très pauvre.

Né le 3 février 1951 à Ouagadougou, appartenant à l'ethnie mossi, la plus importante du pays, le "beau Blaise", ex-capitaine au physique avantageux, a 36 ans lorsqu'il prend le pouvoir en 1987 par un coup d'Etat, le troisième auquel il participe.

Au cours de ce putsch est tué son frère d'armes et ami d'enfance, le capitaine Thomas Sankara, père de la "révolution démocratique et populaire".

Après la "rectification" au début de son règne, destinée à tourner la page des années Sankara et marquée par l'élimination d'opposants, Blaise Compaoré quitte l'uniforme et, en 1991, rétablit le multipartisme. Cela ne l'empêche pas de modifier deux fois l'article 37 de la Constitution définissant le nombre de mandats présidentiels et leur durée.

Grave crise politique

En 1991, la Loi fondamentale instaure l'élection du président pour sept ans, renouvelable une fois. L'expression "une fois" est supprimée en 1997, permettant un exercice du pouvoir à vie.

Mais "l'affaire Zongo", du nom d'un journaliste retrouvé mort, avec trois autres personnes, alors qu'il enquêtait sur un meurtre impliquant le frère du président, provoque une grave crise politique peu après sa réélection en 1998.

En 2000, la Constitution est amendée: le septennat devient quinquennat, renouvelable une fois. Le Conseil constitutionnel autorise toutefois la candidature de Blaise Compaoré en 2005, au nom de la non-rétroactivité d'une révision de la Loi fondamentale.

M. Compaoré devait terminer en 2015 son deuxième quinquennat, après avoir effectué deux septennats (1992-2005). Le projet de loi qui a enflammé le Burkina prévoyait de faire passer de deux à trois le nombre maximum de quinquennats présidentiels.

Solide image à l'étranger

Blaise Compaoré, qui figurait en sixième position des présidents africains en terme de longévité, est crédité d'avoir placé son petit pays enclavé au coeur de la diplomatie africaine. Il s'est imposé comme l'un des grands médiateurs dans les crises qui agitent le continent.

Il dispose d'une solide image à l'étranger, notamment en France, malgré des trafics d'armes et de diamants avec les insurrections angolaise et sierra-léonaise épinglés par l'ONU ou sa proximité avec le défunt "Guide" libyen Mouammar Kadhafi et le dictateur libérien Charles Taylor. Il fait actuellement office de médiateur au Mali.

C'est surtout en interne que le pouvoir du dirigeant burkinabé a été le plus sérieusement contesté. En 2011, la quasi-totalité des casernes s'étaient mutinées, parallèlement à des manifestations populaires, ébranlant le régime et forçant le président à quitter momentanément la capitale.


 


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