Fuite de gaz en mer du Nord: quatre navires prêts à intervenir

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Mer du Nord Une torchère continue à brûler jeudi sur la plateforme de Total en mer du Nord. Des experts craignaient une explosion en cas de changement des vents, actuellement favorables au groupe pétrolier. Total examine plusieurs options pour colmater la fuite. Vidéos.

Par ats/sas
  29.03.2012, 09:48
La fuite de gaz sur Elgin-Franklin est stoppée. Total espère reprendre l'exploitation de ces deux plates-formes avant la fin de l'année.

Une torchère continuait de brûler ce jeudi sur la plateforme Total en mer du Nord. Evacuée à la suite d'une fuite de gaz intervenue dimanche 25 mars, les experts craignent l'explosion en cas de changement des vents, actuellement favorables au groupe pétrolier français. Quatre navires, dont deux transportant du matériel anti-incendie, ont pris position mercredi soir. Ils sont prêts à intervenir.

«La torchère brûle, comme c'est normalement le cas sur une plateforme», a déclaré Brian O'Neill, porte-parole de Total. «Mais  nous ne considérons pas que cela représente un risque à cause de la direction des vents», a précisé un autre porte-parole du groupe  français, affirmant qu'il n'y avait pas de «risque d'étincelle».

Mais le directeur de la Santé, de la sécurité et de  l'Environnement du groupe, David Hainsworth, avait toutefois reconnu mardi qu'un risque d'explosion existait bel et bien sur la  plateforme Elgin, à 240 km au large de la ville écossaise d'Aberdeen.

«Le gaz est inflammable, mais l'alimentation électrique a été  coupée sur la plateforme pour minimiser le risque d'étincelle,  toutefois il est évident qu'il y a un risque», a-t-il admis sur la  BBC.

Mais il a ensuite nuancé ses propos se basant sur les bulletins  météo: «le vent pousse le panache de gaz dans une direction opposée  à celle de la torchère. Et selon les prévisions, il va souffler dans  la même direction pendant cinq à six jours». Plusieurs experts  estiment aussi que le risque d'explosion existe si un changement des  vents fait remonter le gaz vers la flamme.

Prévisions difficiles à établir

«La torchère est située dans la plus haute partie de la  plateforme, et le gaz, qui est avant tout du méthane, est  relativement lourd, donc il reste en bas», a expliqué Simon Boxall,  océanographe à l'université de Southampton, dans le sud de  l'Angleterre.

«Puisque c'est venteux, il y a des chances que le gaz se disperse  rapidement. Mais si le vent cesse totalement, le gaz montera vers la  flamme et cela pourrait créer une explosion», a-t-il ajouté. Il  s'étonnait que la torchère brûle toujours. «On ne sait pas si cela a  été fait de façon volontaire pour brûler une partie du gaz, ou si  quelqu'un a oublié» de l'éteindre, a-t-il précisé.

«Avec une bouteille de gaz de camping, quand vous la fermez, la  flamme continue à brûler pendant un petit moment puis s'éteint, et  on s'attendait à la même chose ici», a ajouté Martin Preston,  spécialiste des pollutions marines à l'université de Liverpool. Ce  dernier a jugé «très difficile de prédire» les risques d'explosion.

En raison du danger que représente la fuite à l'origine de  l'évacuation totale de la plateforme, où travaillaient plus de 200  personnes, Total a mis en place une zone d'exclusion maritime et  aérienne. Un avion a de nouveau survolé mercredi les alentours de la  plateforme, selon le groupe qui n'a pas donné plus de détails.

Plus de transparence exigée

Total examine plusieurs options pour tenter de colmater la fuite  qui représente, selon la compagnie, son «plus gros incident en mer  du Nord depuis au moins dix ans». L'un des scénarios envisagés  consiste à forer un second puits, une option qui «peut prendre  jusqu'à six mois», selon un porte-parole de Total.

Lors de la fuite dimanche, du liquide s'était d'abord échappé  avant le gaz, selon le groupe, entraînant la formation d'une nappe  d'hydrocarbures d'environ 12 km2. Ce condensat léger devrait  spontanément s'évaporer de la surface de l'eau, a estimé Total.  L'océanographe Simon Boxall a de son côté estimé «faible» le risque  pour l'environnement.

Pour l'agence d'évaluation financière Fitch, la fuite de gaz  n'est pas comparable à la désastreuse marée noire du golfe du  Mexique en 2010 provoquée par l'explosion d'une plateforme BP, et  Total est en mesure de couvrir tous les coûts qu'elle pourrait  entraîner.

De son côté, le ministre écossais de l'Environnement, Richard  Lochhead, a exigé de Total qu'il communique davantage sur  l'incident. «Il s'agit d'une situation très grave et bien sûr nous  ne pouvons pas nous rendre sur place pour voir ce qui se passe, nous  avons besoin que le groupe (...) soit totalement transparent.»

Plus d'informations sur la vidéo produite par l'émission de la télévision alémanque "10 vor 10" le mercredi 28 mars 2012 (en allemand).

 

10vor10 vom 28.03.2012

 

Retrouvez davantage d'informations dans les vidéos produites par BFMTV ci-après.

 

En quelques chiffres

La plateforme Elgin-Franklin est située à 240 km à l'est d'Aberdeen, en mer du Nord, entre l'Ecosse et le Danemark. Total y extrait à la fois du pétrole et du gaz.

Le fond de la mer est à 93 mètres de la surface. La poche de gaz se situe quant à elle à plus de 5000 mètres sous le niveau de la mer. Le gaz, essentiellement du méthane hautement explosif et toxique, remonte à la surface sous une pression de 1'100 bars et à une température de 190°C.

Pour rappel: dans la station de Deepwater Horizon à l'origine de la catastrophe écologique de 2010 dans le Golfe du Mexique aux Etats-Unis, la pression était de 800 bars.

En 1988, l'explosion d'une plateforme faisait 167 morts

La dernière catastrophe majeure en mer du Nord  remonte au 6 juillet 1988 lorsqu'une fuite de gaz avait provoqué  l'incendie de la plateforme Piper Alpha entraînant la mort de 167 personnes.

Cette nuit-là, vers 20h30 GMT, un incendie, précédé de plusieurs  explosions, éclate sur la plateforme pétrolière située à 180 kilomètres au large du port écossais d'Aberdeen. Un total de 230 personnes se trouvent à bord. Piper Alpha, opérationnelle depuis  1976, est l'une des plateformes les plus actives en mer du Nord.

Très vite, l'incendie se propage et ne laisse aucune chance de survie aux ouvriers et techniciens qui dorment dans les quartiers d'habitation situés au-dessus du lieu de la première explosion. Alors que sonnent les sirènes d'alarme, seule une équipe à son poste de travail a le temps de réagir. Certains se jettent dans l'eau 70  mètres plus bas ou se laissent glisser le long des pylônes d'ancrage.

Aucun canot de sauvetage ne peut être mis à la mer et l'équipage n'a même pas le temps matériel de lancer un appel de détresse. Le premier SOS est lancé à 20h58 GMT par le Lowland Cavalier, un  bâtiment d'assistance des plateformes en mer du Nord, qui fait état  d'une «énorme explosion».

La plupart des 65 rescapés ont la vie sauve grâce à l'intervention rapide du navire d'assistance, Le Tharos, qui mouille  en permanence au pied de la structure d'acier de 34'000 tonnes et 150 m de haut.

Une douzaine d'hélicoptères évacuent les blessés - pour la  plupart gravement brûlés - vers les hôpitaux d'Aberdeen. Les sauveteurs prennent d'énormes risques pour s'approcher du brasier, deux d'entre eux périront.

Une flottille de 36 bateaux, dont six bâtiments de guerre de l'OTAN, participe aux opérations de secours. Elle assiste,  impuissante, à la destruction par les flammes de l'installation pétrolière.

Structure coupée en deux

Selon les témoignages des sauveteurs et des rescapés, le derrick et les trois-quarts du pont supérieur de Piper Alpha se sont effondrés quelques minutes après les explosions qui ont littéralement coupé en deux la structure.

La compagnie américaine Occidental Petroleum qui exploite la plateforme fait appel au «pompier volant» américain Red Adair. Après trois semaines d'efforts, le spécialiste mondial de l'extinction des incendies parvient à colmater les 36 puits situés sous la plateforme et à maîtriser le sinistre.

Au terme d'une bataille juridique de plusieurs mois, la plupart des familles des victimes ont accepté des compensations amiables. La catastrophe, qui a eu de graves conséquences économiques pour la Grande-Bretagne, a coûté au total 3 milliards de dollars en indemnisations.


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