07.03.2020, 19:10

Liban: Premier défaut de paiement dans l’histoire du pays

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Réuni samedi au palais présidentiel, le Conseil des ministres libanais a tranché en faveur d'un non paiement de sa dette après des semaines de tractations.

Dette Le Premier ministre libanais Hassan Diab a annoncé samedi que le pays ne serait pas en mesure de rembourser 1,2 milliard de sa dette arrivant à échéance dans deux jours. C’est le premier défaut de paiement de l’histoire du pays secoué par une crise économique.

Le pays croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit environ 170% de son PIB. Le Liban «va restructurer sa dette conformément à l’intérêt national», a ajouté le chef du gouvernement, désigné fin décembre plus de deux mois après le début d’un mouvement de contestation inédit contre la classe politique accusée de corruption et d’incompétence.

«Stopper l’hémorragie»

«Nos réserves en devises ont atteint un niveau inquiétant (…) poussant le gouvernement libanais à suspendre (le paiement d’une dette arrivant) à échéance le 9 mars», a déclaré le Premier ministre Hassan Diab dans un discours retransmis en direct par les chaînes locales. «Il s’agit du seul moyen pour stopper l’hémorragie (...) avec le lancement d’un vaste plan de réformes nécessaires» dont une «baisse des dépenses publiques», a ajouté M. Diab.

Il s’agit de la première décision majeure du gouvernement, formé en janvier après des semaines de manifestations réclamant le départ d’une classe politique inchangée depuis des décennies et des réformes structurelles. Le Liban fait face à sa pire crise économique depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), dans un contexte de récession, de pénurie de liquidités mais aussi de hausse des prix et de chômage persistant.

Il s’agit du seul moyen pour stopper l’hémorragie (...) avec le lancement d’un vaste plan de réformes nécessaires
Hassan Diab, Premier ministre libanais

Le 9 mars, l’Etat devait en théorie rembourser 1,2 milliard d’Eurobonds – des bons du Trésor émis en dollar par l’Etat, dont une partie est détenue par les banques et la Banque centrale. Deux autres échéances de remboursement sont prévues en avril et juin, pour un montant total de 1,3 milliard de dollars.

Des semaines de tractations

Réuni samedi au palais présidentiel, le Conseil des ministres a tranché en faveur d’un non paiement de sa dette après des semaines de tractations. Peu auparavant, le chef de l’Etat, le Premier ministre, le chef du Parlement, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale avaient déjà laissé entendre que l’Etat ne rembourserait pas.

Les banques libanaises, qui détiennent une grande partie de la dette publique -dont près de la moitié des 30 milliards d’Eurobonds émis par le Liban-, avaient récemment appelé l’Etat à éviter un défaut de paiement, qui creuserait leur manque de liquidités notamment en dollars.

Craignant un épuisement de leurs réserves en devises, les banques ont déjà imposé des restrictions drastiques ces derniers mois. Plusieurs établissements plafonnent les retraits à 100 dollars par semaine et interdisent les transferts d’argent vers l’étranger.

«Le prix des lacunes»

La rue impute la situation actuelle à un cumul de mauvaises politiques au cours des trois dernières décennies. Le pays a commencé à s’endetter massivement à la fin de la guerre civile (1975-1990) pour reconstruire le pays.

Samedi, des manifestants ont défilé dans plusieurs villes du pays, dont Beyrouth et Tyr (sud). «Nous ne devons pas payer le prix des lacunes du gouvernement», a affirmé Nour, une manifestante de 16 ans devant le siège de la Banque centrale libanaise, à Beyrouth.

ATS

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