Révélations sur l'espionnage allemand en Europe, Berlin embarrassé

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Espionnage Le quotidien allemand "Bild" a révélé, lundi, que le renseignement allemand aurait espionné des firmes européennes pour le compte de la NSA.

  07.08.2015, 15:21
Le président américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel.

Des révélations sur l'espionnage supposé de firmes européennes par le renseignement allemand pour le compte de la NSA américaine embarrassaient lundi le gouvernement d'Angela Merkel. Berlin s'est toujours posé en victime de ses alliés américains.

Le quotidien "Bild" a écrit que la chancellerie était informée depuis 2008, sous le premier mandat de Mme Merkel, de telles pratiques visant des sociétés comme Airbus, mais n'a pas réagi pour ne pas froisser Washington.

Le journal le plus lu d'Allemagne affirme avoir pu consulter deux documents envoyés par le BND à la chancellerie en 2008 et 2010 sur l'espionnage économique pratiqué par la NSA. Ces documents évoquaient des tentatives d'espionnage depuis 2005 visant EADS (devenu Airbus) et Eurocopter (aujourd'hui Airbus Helicopters).

"On a su pendant des années à la chancellerie que la NSA tentait d'espionner des sociétés allemandes. Il est improbable et il serait totalement inhabituel que le chef des services de la chancellerie n'ait pas été informé de tels agissements", a confié à "Bild" un membre de la commission d'enquête parlementaire allemande chargée de faire la lumière sur les pratiques de l'agence américaine.

Démissions réclamées

En 2008, le chef de la chancellerie, qui supervise les services de renseignement, était le conservateur Thomas de Maizière, un proche de la chancelière, devenu aujourd'hui ministre de l'Intérieur.

L'opposition, qui n'a que 127 des 631 députés, s'est saisie de la polémique. Les Verts ont exigé des têtes, pas seulement au BND, et la gauche radicale une enquête du parquet fédéral pour "trahison".

Les sociaux-démocrates (SPD), qui gouvernent avec les conservateurs, ont de leur côté implicitement critiqué des manquements de la chancellerie en matière de contrôle. "Apparemment, le BND mène une vie indépendante, il faut faire cesser cela", a déclaré dimanche soir le vice-chancelier Sigmar Gabriel.

Ne pas compromettre la coopération
Selon le "Bild", qui cite une source de la commission d'enquête parlementaire, les Allemands auraient choisi de fermer les yeux pour ne pas compromettre la coopération avec la NSA, essentielle notamment dans la lutte contre le Terrorisme.

L'hebdomadaire "Der Spiegel" avait affirmé dès jeudi, sans citer ses sources, que la NSA avait espionné des sociétés européennes pendant des années avec l'aide du renseignement allemand. La NSA aurait fourni au BND des adresses mail et des numéros de téléphones portables à espionner.

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Berlin et Washington avaient négocié en 2002 une telle coopération au nom de la lutte contre le terrorisme. Mais la NSA aurait abusé du dispositif pour espionner des sociétés allemandes, européennes, et même des administrations françaises, selon le "Spiegel".


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