Bière: les sources du Toleure, ce paradis interdit où vous risquez votre vie

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Danger C'est un lieu prisé des promeneurs, au grand dam de l'armée. Ce coin de nature, certes idyllique, est surtout extrêmement périlleux en raison des activités de tir des militaires, et strictement interdit au public.

 06.04.2021, 18:00
Des panneaux mettent en garde les promeneurs sur les dangers encourus, leur signifiant très clairement qu'ils doivent rebrousser chemin.

C’est un pont tout ce qu’il y a de plus commun. Vraiment? A y regarder de plus près, l’ouvrage situé aux sources du Toleure est recouvert de petites plaques de métal. Sept, très exactement. Comme le nombre de ricochets de munitions de mitrailleuse qui ont atterri là. «Tout ça, ce sont des bletz», lâche Raphaël Thöni, responsable des installations d’instruction de la place d’armes de Bière.

Le lieu a beau être idyllique, il n’en est pas moins hyperdangereux et strictement interdit au public. Et pour cause: nous sommes en plein milieu de la pente des buts. Ces «buts», ce sont ceux des différentes armes utilisées par l’armée. Les coups d’obusiers blindés et de lance-mines, notamment, sont tirés juste en dessus. Parfois, des projectiles sont déviés de leur trajectoire initiale après avoir rebondi sur un obstacle. Impossible de prévoir leur course. 
 

La zone des buts (183 hectares) est entourée d’une zone dangereuse de 339 hectares. Soit plus de 520 hectares sur lesquels le public est persona non grata. (Image: DR)
 

«Danger de mort»

Au bout du pont rafistolé, un déchet de fusée repose au pied d’une primevère. Plus loin, on repère un morceau d’obus planté dans un végétal. «Certains se figent dans les arbres et ils continuent à pousser avec», explique Raphaël Thöni. Ici, la plupart des troncs présentent des stigmates, blessés par des impacts. 
 

Le pont a dû être réparé plusieurs fois, après avoir été touché par les ricochets de munitions de mitrailleuse. (Photo: Cédric Sandoz)
 

Autour de nous, la nature déploie ses charmes, entre tapis de mousse vert tendre et eaux cristallines. Pour arriver là, nous avons pourtant dû franchir une barrière cadenassée, et nous avons croisé au moins cinq panneaux incitant à rebrousser chemin. «Danger de mort, zone de tir, risques d’explosion de projectiles non éclatés», annoncent les écriteaux jaunes. Difficile de faire plus explicite. La pente des buts et ses 183 hectares sont d’ailleurs entourés d’une zone dangereuse de 339 hectares. Plus de 520 hectares, au total, sur lesquels le public est persona non grata. 

C’est beau, mais malheureusement ce n’est pas un lieu où se rendre. On aimerait que les gens comprennent la raison de cette interdiction. Ce n’est pas pour les embêter, c’est parce qu’il y a un danger.
Adjudant EM Alain Charles chef module de la place d’armes de Bière

Malgré ces mises en garde, des badauds s’aventurent régulièrement dans ce coin de nature. «C’est beau, mais malheureusement ce n’est pas un lieu où se rendre, commente l’adjudant d’État-major Alain Charles, chef module de la place d’armes de Bière. On aimerait que les gens comprennent la raison de cette interdiction. Ce n’est pas pour les embêter, c’est parce qu’il y a un danger.» 
 

Sur place, on retrouve une tête de fusée qui se confond avec la végétation. (Photo: Cédric Sandoz)
 

Pour le sous-officier supérieur, cette balade aux sources du Toleure est d’ailleurs une première, lui qui a commencé à travailler à Bière en 1999. «Par principe», il ne se rend jamais dans cet endroit dans lequel les militaires ne s’exercent pas directement. S’il a fait une exception en nous escortant, c’est pour nous expliquer, exemples à l’appui, quels sont les risques encourus par ceux qui feraient fi des directives. 

Accès stricement interdit

Le problème, c’est que ce lieu est répertorié sur certains sites internet incitant à la promenade. Induits en erreur, nous en avions d’ailleurs tiré un reportage photos, dans «La Côte Hebdo» du 25 février. Lorsqu’elle repère ce genre de publications, l’armée prend langue avec leurs responsables, afin de les inciter à les retirer. «L’accès n’a jamais été autorisé, relève Alain Charles. Il a été toléré jusqu’en 2010 en dehors des jours et des heures de tir, sur demande au commandant de la place d’armes.»

Depuis plus de dix ans, plus personne n’a le droit de pénétrer là. «C’est une place de travail et d’exercice», insiste Alain Charles. Et c’est surtout un site à l’activité foisonnante. Active 365 jours par année, la place d’armes accueille des cours quasiment en continu. Lors des rares semaines où il n’y en a pas, des civils peuvent venir s’y exercer. «On pourrait se dire: ‘‘pas de tirs, donc pas de danger’’, poursuit l’adjudant. Mais il arrive que des munitions n’explosent pas.»
 

Les arbres, touchés par des éclats, témoignent de la dangerosité du site. (Photo: Cédric Sandoz)
 

Lorsque c’est le cas, Raphaël Thöni et son équipe entrent en scène afin de faire exploser les ratés et les évacuer. Malgré toutes leurs précautions, des marcheurs pourraient poser le pied sur l’un de ces projectiles. Par chance, aucun accident n’a jamais été répertorié. «Mais on a retrouvé des familles avec des enfants en pleine semaine», relève Alain Charles. Il est également arrivé que Raphaël Thöni doive faire cesser immédiatement des tirs, après avoir aperçu un randonneur. «C’est un gros moment de stress. Il faut espérer que l’information soit bien passée, puis il faut retourner vers la personne pour la faire sortir.»

Il y a des panneaux qui couvrent tous les accès possibles et imaginables pour les promeneurs. On en a même mis dans la forêt.
Raphaël Thöni responsable des installations d’instruction de la place d’armes de Bière

Bien qu’un dispositif poussé de sécurité soit déployé avant chaque exercice, impossible de fouiller chaque recoin des 522 hectares interdits au public. Pour tenter de parer à toute intrusion, la zone a été parsemée de mises en garde. «Il y a des panneaux qui couvrent tous les accès possibles et imaginables pour les promeneurs. On en a même mis dans la forêt. Peu importe d’où on vient, à un moment donné on en rencontre un», note Raphaël Thöni.
 

Certaines barrières sont toujours cadenassées, d’autres peuvent être ponctuellement ouvertes. Mais il reste strictement interdit de les franchir. (Photo: Cédric Sandoz)
 

Si certaines barrières sont systématiquement verrouillées, il peut arriver que d’autres soient ponctuellement ouvertes en dehors des heures de tir. Le passage est alors réservé à des personnes qui se sont annoncées et qui ont un laissez-passer, pour des travaux d’exploitation forestière par exemple. «Cela ne veut pas dire que l’accès est autorisé», insiste responsable des installations d’instruction.


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