08.12.2017, 00:01

La bonne fée des journalistes passe le témoin

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La bonne fée des  journalistes passe le témoin

 08.12.2017, 00:01 La bonne fée des journalistes passe le témoin

MORGES Secrétaire de la section vaudoise d’impressum depuis 51 ans, Gisèle Bottarelli prend sa retraite. A 82 ans, elle est une fan d’informatique.

«En ce moment, je ne suis pas tout à fait dans mon état normal...» Et pour cause. Après 51 ans à la tête du secrétariat vaudois d’impressum, association professionnelle de journalistes, Gisèle Bottarelli a décidé de tourner la page. Non pas que cette alerte arrière-grand-mère n’en ait plus l’énergie: à 82 ans, elle est dans une forme...

«En ce moment, je ne suis pas tout à fait dans mon état normal...» Et pour cause. Après 51 ans à la tête du secrétariat vaudois d’impressum, association professionnelle de journalistes, Gisèle Bottarelli a décidé de tourner la page. Non pas que cette alerte arrière-grand-mère n’en ait plus l’énergie: à 82 ans, elle est dans une forme olympique et gravit encore les escaliers de sa maison au pas de course pour atteindre son bureau, à l’étage. Mais elle a senti que le temps était venu: «J’ai voulu une succession dans de bonnes conditions, au moment où je suis toujours prête et apte à assurer la passation de pouvoir.»

Forcément, après un demi-siècle, les adieux ne se font pas sans une certaine émotion. Gisèle Bottarelli, c’est un peu la bonne fée des journalistes depuis 1966. Celle qui a répondu inlassablement à leurs questions, courriers et autres requêtes. Dans sa villa des hauts de Morges, deux ordinateurs se font face: une machine réservée à impressum, et l’autre à ses affaires privées. Pas question de mélanger les deux.

Depuis l’annonce de sa retraite, Gisèle Bottarelli ne compte plus les messages de remerciement. «A part un ou deux, ce sont tous des anciens journalistes. Forcément, ce sont eux que je connais le mieux!», sourit la Morgienne. Et même si Mariette Muller, sa remplaçante, est déjà en fonction, elle a de la peine à lâcher ceux qu’elle appelle «mes journalistes». Sur sa chaise de bureau, elle a les yeux rivés sur son écran, égraine ses souvenirs et oublie totalement de prendre la pose pour la photographe.

Cette transition, elle s’y préparait depuis des mois. «Ça va me manquer de ne pas avoir de travail à faire sur l’ordinateur car j’adore ça», lâche-t-elle. Elle qui ne connaissait que les machines à écrire, à ses débuts, s’est retrouvée propulsée dans un univers dominé par la technologie. «Je me suis formée à l’informatique toute seule et j’ai mordu!»

«L’argent de la presse»

Il y a toutefois encore deux ou trois choses qui lui échappent un peu. «Aujourd’hui, il faut tout mettre dans le Cloud. J’ai à peu près compris que c’était un genre d’archives. Moi, j’imprime et je mets tout dans des classeurs...» Une rigueur et une organisation héritées de sa formation dans le secrétariat, qu’elle a toujours mises au service de la presse. Employée de bureau pour «L’Illustré» à Zofingue, puis à Lausanne dans les années 1950, elle a découvert un univers qui l’a rattrapée quelques années plus tard. En 1966, alors qu’elle avait cessé de travailler pour se consacrer à sa famille, le président de l’Association de la presse vaudoise, ancêtre d’impressum, s’est souvenu de la jeune secrétaire qu’il avait jadis côtoyée à «L’Illustré». En acceptant de donner un coup de main, Gisèle Bottarelli était loin d’imaginer qu’elle s’embarquait pour une telle aventure. En 51 ans, l’association a changé quatre fois de nom, le secrétariat a déménagé à sept reprises; et 17 présidents se sont succédé à la barre. Sur une note de frais de 1968, rédigée à la machine à écrire, on découvre qu’elle était alors payée 5,50 fr. de l’heure et que les timbres coûtaient 10 centimes, 20 pour un envoi à l’étranger. A l’époque, Gisèle rangeait son petit pécule dans une enveloppe pour faire des cadeaux à ses proches: «Je disais que c’était l’argent de la presse!»

Désormais, Roger Federer, dont les photos tapissent les murs de son bureau, risque de se retrouver un peu seul. Férue de tennis, Gisèle a dû lâcher sa raquette à 79 ans, après une blessure. Elle continuera toutefois à côtoyer son idole de temps à autre lorsqu’elle viendra œuvrer pour le secrétariat de l’association Défense du français, dont elle s’occupe encore. Pour le reste, il faudra innover: «J’ai besoin d’être occupée, et pas à poutzer!», sourit-elle.


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