06.12.2017, 17:19  

Quand Johnny était malvenu à Nyon

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En 1962, Johnny Hallyday se prêtait régulièrement à des séances de dédicaces, comme ici à Lausanne.

 06.12.2017, 16:42   Quand Johnny était malvenu à Nyon

Carnet noir L’idole des jeunes, décriée par la direction des écoles, avait été malmené par les concierges de la salle communale le 13 février 1961.

Alors qu’il n’affichait pas encore 18 ans et qu’il n’avait que sa maman pour manager, Johnny Hallyday avait mis Nyon en émoi, en février 1961. En tête d’affiche d’un gala de variétés baptisée «Paris Rendez-vous», il avait mobilisé contre lui le directeur des écoles et les concierges de la salle communale.

Le premier s’était fendu d’une circulaire...

Alors qu’il n’affichait pas encore 18 ans et qu’il n’avait que sa maman pour manager, Johnny Hallyday avait mis Nyon en émoi, en février 1961. En tête d’affiche d’un gala de variétés baptisée «Paris Rendez-vous», il avait mobilisé contre lui le directeur des écoles et les concierges de la salle communale.

Le premier s’était fendu d’une circulaire interdisant à ses élèves de débourser entre 3 et 10_francs pour assister au concert du «plus célèbre chanteur de rock and roll européen, best-seller du disque et des juke-boxes», comme le décrivait l’annonce publicitaire. «Contrairement à ce que pensent certains de nos élèves, le spectacle de Johnny Hallyday n’a pas les qualités qui nous permettent de laisser nos élèves y assister. Je vous serais obligé de le leur dire et de leur signaler qu’un contrôle de police sera exercé.»

Qu’à cela ne tienne, la salle était pleine à craquer en ce mercredi 15 février et la police eut fort à faire pour contenir la foule pendant, mais surtout après le gala.

De facétieux concierges

La soirée a été si marquante qu’elle a longtemps été narrée par les concierges de l’époque, «Néness», alias Ernest Moser et son collègue «Moustique», Charles Greffier de son vrai nom. A son arrivée, Johnny fit porter ses valises par le second. Peu habitué à ces basses besognes, l’homme en blouse décida de lui «faire comprendre qui je suis», confiait-il quelques années plus tard à notre correspondant Marcel Dreyfus.


"Il a longtemps été de bon ton de ne pas aimer Johnny"

Daniel Rosselat, patron de Paléo


En ce temps-là, Johnny ne maîtrisait pas suffisamment la guitare pour se produire seul. Dissimulé derrière un rideau, un guitariste l’accompagnait tout au long du spectacle. Mais sur le devant de la scène, le «jeune homme, très sympathique, athlète, veste noire pailletée d’or, pantalon noir chemise blanche avec nœud de cravate, le tout très impeccable», si l’on en croit le «Journal de Nyon» de l’époque, faisait le spectacle, se roulant par terre en mimant les solos de guitare.

C’est le moment que choisit Moustique pour tirer la prise alimentant l’amplificateur du guitariste. Ce décalage surréaliste déclencha des hurlements dans le public et Néness se décida à fermer le rideau. Moustique joua alors à l’ingénieur du son, discrètement rebrancha l’électricité et le concert put reprendre. Au passage, le facétieux concierge se profila comme le sauveur de Johnny.

Ernest Moser lui sauva encore la mise plus tard au moment de sortir l’idole des jeunes filles de la salle communale. Comme la pression ne diminuait pas à 2 heures du matin, le concierge envoya le commissaire Paturel monter la garde avec quelques hommes devant la porte d’arrière-scène, côté Jura du bâtiment. Cela eut évidemment pour effet d’attirer la foule de groupies. Pendant ce temps, on évacua discrètement la vedette par la buvette où la lumière avait été éteinte. Une voiture put ensuite l’emmener à l’Hôtel de la Croix-Verte où Johnny passa le reste de sa nuit.

Des bévues à l’Asse

La salle et la coupure d’électricité avaient-elles marqué le chanteur à jamais? Toujours est-il que ses interventions lors de son retour à Nyon, le 23 juillet 1996 sur la scène de Paléo, font encore sourire. Le «Bonjour Genève» et ses remerciements à son technicien responsable du «son dans la salle» alors que le public essuyait un déluge continu restent dans les mémoires des festivaliers.

«Il s’est passablement fait chambrer pour ces phrases, mais c’est un concert qui l’a marqué», indique Daniel Rossellat, patron de Paléo. Le marathonien du rock qui ne s’est pas produit souvent en festival avait été bluffé par ce public qui n’a nullement déserté malgré des trombes d’eau et des grêlons.

«Programmer Hallyday à l’Asse ne s’était pas fait sans quelques débats internes au préalable, révèle le boss du festival. Il a longtemps été de bon ton de ne pas aimer Johnny. Or à mon sens, s’il avait chanté en anglais, tout le monde l’aurait trouvé génial. C’était l’équivalent d’un Elvis français, mais on ne lui demandait pas d’être Prix Nobel.»

Daniel Rossellat souligne aussi la générosité du bonhomme, «tant dans ses concerts que vis-à-vis de son entourage. Il a certes gagné de l’argent, mais il en a aussi perdu beaucoup. Il a fait vivre un nombre incroyable de gens autour de lui.»

Et c’est bien cet entourage qui avait donné un peu de fil à retordre aux organisateurs nyonnais, en exigeant un niveau de sécurité renforcé autour du backstage. «Cela peut passer pour du caprice, mais je dois avouer que Paléo n’a jamais eu à faire face à autant de pressions et de demandes de gens de tous âges pour se glisser en coulisses et échanger avec cet artiste-là.» L’idole avait touché bien au-delà des jeunes. 
 

Ce 23 juillet...

Jeudi 23 juillet, 23h45. L’Asse est blindée, bigarrée. 30 000 personnes (ré)unies pour un moment de communion hors du temps, unique. Un instant que seul Johnny Hallyday pouvait générer. Sans grands artifices, sans combinaison zébrée ou excès divers, à des lieues de ce pathétique souvenir d’un autre 23 juillet, sur cette même scène en 1996. Ici en ce soir de quarantième, ce fut juste Hallyday, la Musique et un concert purement intergénérationnel.

 

@jhallyday que je t'aime #paleo2015 #ResterVivantTour @lhallyday

Une publication partagée par Olivier Périssier (@perissier) le

Devant nous, des ados chantent à tue-tête tout le concert. Comme nous. Et comme, tout autour, leurs grands-parents, leurs parents, leur cousin punk. Et cet ami si branché venu comme au zoo et reparti soufflé par tant de force collective. Et cet enfant hilare sur les épaules de son père. Ce soir-là, Johnny n’était plus la bête de foire médiatique, le produit marketing. Ce soir-là, c’est l’artiste ultime, le génie de la scène et de la voix qui avait rappelé pourquoi il resterait, toujours, un mythe.

Par Gilles Biéler

Johnny Hallyday à Nyon

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