Une question de survie

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NYON La banque de gènes nationale de Changins a livré ses trésors samedi.

Par JOCELYNE LAURENT
  03.06.2013, 06:42
Sans la collecte et la conservation dans des banques de gènes, d'anciennes variétés de céréales ou de plantes auraient été perdues. Les visiteurs scrutent attentivement de précieuses graines. 
GLENN MICHEL

"C'est souvent un travail de l'ombre que mènent les ingénieurs oeuvrant dans la banque de gènes de Changins. Et pourtant leur objectif relève d'un défi qui touche aux valeurs d'une société, à savoir préserver les qualités génétiques du patrimoine des plantes cultivées" , relevait Florian Meier, président du Cercle des sciences naturelles Nyon - La Côte. Samedi, l'association organisait une visite guidée de la banque de gènes nationale de Changins, sous la conduite de Geert Kleijer, ancien responsable, et de Beate Schierscher, actuelle responsable du département de recherche en amélioration des plantes et ressources génétiques de la Station de recherche Agroscope Changins-Wädenswil ACW.

La visite a été l'occasion de voir toutes les étapes de la multiplication d'une variété de plantes ou de céréales de la banque de gènes, du semis à la récolte, jusqu'à sa conservation en chambre froide ou en congélateur.

 

Assurer la sécurité alimentaire

 

La banque de gènes ne fait pas fructifier de l'argent mais d'innombrables espèces végétales qui, sans cela, auraient disparu. Changins possède plus de 10 000 variétés de céréales et de plantes potagères récoltées depuis 1900 (lire encadré). Un de ses objectifs est de préserver la diversité du patrimoine génétique national, de le maintenir vivant et utilisable comme réservoir pour le futur.

"Pourquoi garder tout ce matériel, pourquoi garder toutes ces vieilleries? lançait Geert Kleijer. Oui, c'est un musée, mais pas seulement. C'est aussi un réservoir de gènes qui permettrait de tester rapidement un grand nombre de variétés si nous étions confrontés, par exemple, à une nouvelle maladie des plantes ou à un changement climatique.Toutes ces variétés conservées peuvent être réutilisées en cas de besoin et recroisées avec des variétés modernes."

Et l'ancien responsable de citer deux exemples. Des chercheurs américains, confrontés au cas d'une épidémie de rouille noire qui avait atteint l'orge dans les années 1935, ont trouvé un remède grâce à des variétés locales suisses d'orge, de 1914, dont des gènes avaient développé une résistance à la maladie.

Néanmoins, le processus de sélection exige une certaine dose de patience: il faut compter 15 ans pour créer une nouvelle variété, entre le croisement et la mise à disposition de la semence.

 

Des gènes bichonnés

 

Autre exemple, plus poétique: la plus ancienne variété de blé collecté, le Rouge de Gruyère - encore disponible actuellement dans la banque de gènes - date de 1900. Cette variété, qui avait été trouvée dans un champ près de Bulle, est cultivée à nouveau dans le canton de Fribourg afin de remettre au goût du jour le tressage de paille artisanal.

La récolte des céréales et plantes cultivées pour les besoins de la banque de gènes s'effectue à la main dès que la maturité est atteinte. Après le tri, les graines sont séchées, une opération indispensable pour la qualité de leur conservation.

 

Une banque mondiale

 

Les graines sont conservées d'une part à -18 °C (la durée de conservation est alors de 50 ans et plus) et d'autre part à +4 °C (la durée de conservation est de 30 ans environ). La mise en congélateur sert uniquement à la régénération de la variété en cas de nécessité, tandis que la conservation en chambre froide fournit le matériel de distribution en cas de demande.

Chaque variété sauvegardée à Changins est envoyé pour une conservation de sécurité en duplicata dans la "banque de gènes mondiale" de Svalbard (Spitzberg, Norvège).

Pour la conservation à long terme, deux éléments sont importants: il faut produire suffisamment de semences et celles-ci doivent présenter un taux de germination élevé (les tests de germination font ainsi partie du travail effectué à Changins). Dès que la quantité ou la qualité des semences diminuent, elles sont plantées, ce qui les régénère.

 

DES CEREALES COLLECTEES PLUS QUE CENTENAIRES

 

La conservation des ressources génétiques en Suisse a commencé vers 1900. A cette période, les chercheurs de la Station fédérale d'essais agricoles de Mont-Calme (Lausanne) ont collecté des variétés locales de blé et d'orge et en ont sélectionné des variétés plus performantes. Toutes sont conservées dans la banque de gènes de Changins. Au fil du temps, la collection de céréales de variétés locales s'est enrichie d'autres variétés, originaires d'Europe et d'ailleurs. Actuellement, elle contient plus de 10 000 variétés de différentes céréales, blé, triticale, épeautre, orge, seigle mais aussi du maïs, des plantes fourragères et des plantes potagères. La collection de variétés potagères date du début des années 1980. A partir de cette date, des collectes ont été organisées pour sauvegarder les variétés traditionnelles et anciennes cultivées pendant longtemps en Suisse car elles étaient remplacées par des hybrides. Actuellement, cette collection se compose de 430 variétés représentant 45 espèces différentes.

 


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