28.08.2019, 05:00

Pour Lea Sprunger, le parcours compte plus que les médailles

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ATHLETISME Championne d’Europe 2018 du 400 m haies, la Vaudoise n’est pas du genre à contourner les obstacles. Lea Sprunger, invitée par la rédaction de Keystone-ATS, revient sur son parcours.

«J’ai une carrière atypique. J’ai changé plusieurs fois de discipline, j’ai connu des bas, et j’ai toujours su rebondir. J’aimerais que l’on se souvienne de moi plus pour mon parcours que pour mes médailles», glisse la Ginginoise Lea Sprunger.

«J’aimerais surtout que les plus jeunes comprennent que tout est une question de travail et de volonté. Il ne faut jamais vouloir brûler les étapes. Ce qui me fait peur aujourd’hui, c’est qu’avec le boom des réseaux sociaux, les jeunes ont de plus en plus l’impression de pouvoir tout avoir tout de suite», juge-t-elle.

De l’heptathlon au 400 m haies

La patience. C’est l’une des principales vertus de Lea Sprunger, avec sa force de caractère et son goût du travail bien fait. Car elle s’est construite patiemment depuis ses débuts à l’âge de 10 ans au COVA Nyon, où on privilégie la polyvalence. Sa carrière en heptathlon semblait d’ailleurs toute tracée après qu’elle se soit parée de bronze lors des championnats d’Europe M20 en 2009.

Son premier changement de cap fut alors presque brutal. Consciente de ses limites (notamment sur 800 m), celle que certains surnomment «la longue» – elle mesure 1m83 – a opté pour le sprint quelques mois avant les JO 2012. Avec succès, puisqu’elle fut l’une des clés de l’avènement du relais 4x100 m et n’a cédé le record de Suisse du 200 m à Mujinga Kambundji que samedi dernier.

Tout est une question de travail et de volonté. Il ne faut jamais vouloir brûler les étapes.
Léa Sprunger championne d’Europe en titre du 400 m haies

Mais Lea Sprunger et son coach Laurent Meuwly, qui l’entraîne depuis 2008, en voulaient plus. Fin 2014, après avoir terminé 9e du 200 m aux Européens de Zurich, elle annonçait passer au 400 m haies avec pour objectif premier d’atteindre son meilleur niveau lors des Jeux de Rio 2016. Un risque, à presque 25 ans, mais un risque calculé, le 400 m haies étant plus ouvert que les disciplines du sprint pur.

«Une sacrée claque» à Rio

Là encore, rien ne fut pourtant simple. «Tous les grands rendez-vous internationaux sont importants à mes yeux», souligne la championne d’Europe indoor 2019 du 400 m plat. «Mais quand tu te loupes aux Jeux olympiques comme je l’ai fait à Rio (ndlr: elle avait été éliminée dès les séries au Brésil), tu te prends une sacrée claque. Tu sais que tu as quatre ans à attendre», rappelle-t-elle.

Lea Sprunger travaille d’ailleurs avec une coach mentale depuis la fin 2016. «Auparavant, je travaillais juste avec Laurent. C’était suffisant jusqu’à un certain point. Mais au plus haut niveau, tout se joue sur des détails, et Laurent ne pouvait pas m’apporter suffisamment dans ce domaine. J’avais besoin d’une touche féminine, d’une vision plus douce», explique-t-elle.

«Les JO, c’est vraiment LE truc»

Tous les grands rendez-vous comptent. Toutefois «Tokyo 2020 est déjà dans la bouche de tous les athlètes. C’est hallucinant. C’est dans 365 jours», soupire la Vaudoise, qui ne cite par ailleurs pas Rio mais bien Birmingham – où elle avait connu une disqualification amère aux Mondiaux en salle 2018 – comme le pire souvenir de sa carrière. «Mais les JO, c’est vraiment LE truc», enchaîne-t-elle.

«Après mon sacre à Berlin, je m’étais d’ailleurs dit que j’avais deux années devant moi pour préparer Tokyo. Les Mondiaux de Doha (ndlr: 27 septembre-6 octobre 2019) sont la répétition générale des JO 2020. Au fond de moi, c’est à Tokyo que je veux briller», clame la Vaudoise qui, même si elle s’imagine poursuivre sa carrière au-delà de 2020, ne pense pas être de la partie en 2024 à Paris.

Gilles MAURON, Keystone-ATS

«Je dis toujours ce que je pense»

«Je dis toujours ce que je pense», affirme Lea Sprunger. «Je ne joue pas un rôle. Parfois, j’en dis peut-être un peu trop. Mais j’ai quand même des filtres», sourit-elle, estimant que l’image que le public a d’elle à travers les médias est conforme à la réalité. «C’est aussi pour cela que j’ai une bonne cote de popularité. Les gens apprécient ma franchise», ajoute-t-elle.

Lea Sprunger restera aussi toujours fidèle à ses valeurs. «Je suis une athlète. Ce sont mes résultats qui comptent. Je ne vais pas essayer de vendre le fait que j’ai des yeux bleus et des jambes de 1m20», répond-elle ainsi lorsqu’on lui demande si un gros chèque pourrait lui faire accepter de poser pour des photos plus glamour.

La Vaudoise est de toute manière passée dans une autre dimension depuis son titre européen conquis sur 400 m haies en août 2018 à Berlin. Ce qui n’a pas été sans conséquence: «Je ne peux désormais plus courir incognito, et ça me manque. Chacune de mes courses est analysée et relatée dans la presse», explique-t-elle.

«Le problème, c’est que les médias n’ont souvent pas tout en main pour analyser ma course. Seul le chrono compte pour eux», regrette Lea Sprunger, qui concède avoir vécu des moments difficiles cet été. «Les critiques étaient dures. Je ne lis pas tout, mais je finis souvent par voir passer les articles sur les réseaux sociaux. Du coup je les lis, et ça m’énerve», rigole-t-elle.

Attachée à sa famille et sa région

«Mais quand c’est positif, j’aime bien lire les articles me concernant», poursuit la Ginginoise, qui aura l’occasion de tout (re)lire après la fin de sa carrière. «Ma grand-mère découpe et archive tous les articles qui parlent de moi. Parfois, elle me les met sous les yeux pour que je lui explique certaines choses négatives, et je finis là aussi par les lire», raconte-t-elle.

«J’ai beaucoup de chance, car cela fait dix ans qu’elle a commencé», souligne une Lea Sprunger très attachée à sa famille et à sa région de La Côte. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, alors qu’elle devait apporter un objet lui tenant à cœur pour les besoins de la séance photo, elle a choisi ses clés de maison. «J’avais pensé à ma médaille de Berlin, mais ça fait cliché», soupire-t-elle.


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