24.11.2017, 06:30

Amateurs ou semi-pros, ils jonglent entre sport de haut niveau et boulot

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Les sportifs doivent composer avec leur pratique du sport à haut niveau et leur travail.

 24.11.2017, 06:30 Amateurs ou semi-pros, ils jonglent entre sport de haut niveau et boulot

Portraits Joueuse ou joueurs dans les clubs de la région, ils organisent leur quotidien entre leur emploi et la pratique du sport à un niveau national.

Ils enchaînent les journées à trimer pour gagner leur vie. Puis, une fois le boulot quitté, au moment où d’autres revêtent leur costume de super-héros ou donnent le biberon, ils foncent au stade, à la salle de sport, à la patinoire – direction les vestiaires; se changer, lacer chaussures à crampons, baskets ou patins; pour suer encore quelques heures,...

Ils enchaînent les journées à trimer pour gagner leur vie. Puis, une fois le boulot quitté, au moment où d’autres revêtent leur costume de super-héros ou donnent le biberon, ils foncent au stade, à la salle de sport, à la patinoire – direction les vestiaires; se changer, lacer chaussures à crampons, baskets ou patins; pour suer encore quelques heures, s’entraîner ou «matcher» à un niveau elevé, à des rythmes soutenus. Ils sont sportive ou sportifs amateurs ou semi-pros dans un club de la région, et racontent leur quotidien.


"Une troisième mi-temps raisonnable"

Rugby Alexandre Coullon, 30 ans et deuxième ligne du Nyon Rugby Club, double champion de Suisse en titre, a débuté le rugby en Angleterre, lors de son cursus universitaire, pour la fameuse «troisième mi-temps». Pourtant, aujourd’hui, le mythe s’effrite. «En jouant nos matches les dimanches, on est plus raisonnable car il y a le travail lundi et on n’a qu’un jour de repos avant l’entraînement du mardi…», glisse celui qui est, depuis 2013, associé dans une société de planification financière.

L’habitant de Crassier multiplie les challenges et les sacrifices. Son emploi, fait de rendez-vous avec les clients, en est un: «Le salaire n’est pas garanti, il faut beaucoup bosser, ne pas compter ses heures.» Le rugby, un autre: «On veut conserver le titre, progresser, je veux être le meilleur deuxième ligne.» Ainsi, ses journées ne manquent pas de corps. «Je ne suis souvent pas à la maison avant 21h30. A toi de faire la part des choses.» Le rugby lui mange les mardis et jeudis soirs, et toute une journée le week-end, généralement le dimanche. «On profite donc du samedi pour passer du temps avec notre entourage. Le dimanche, on se retrouve à 10h pour un échauffement, puis on mange tous ensemble à midi, on regarde la deux, on joue notre match et bois encore un verre, pour un retour pas avant 20h.»


"Ce côté amateur fait le charme de notre sport, on y vient vraiment pour le plaisir et nos propres objectifs."


Le tout bénévolement. Car le Nyon Rugby Club a beau évoluer en LNA, pas de salaires. «Les repas et les transports sont pris en charge, mais on paie notre licence. Ce côté amateur fait le charme de notre sport, on y vient vraiment pour le plaisir et nos propres objectifs.» Idem pour l’équipe de Suisse, au sein de laquelle Alexandre Coullon fut plus d’une fois sélectionné. «Lors des matches internationaux, il faut prendre des jours de congé, même si je prends toujours mon portable avec. Quant à l’assurance, lors du match nous sommes couverts par le comité européen. Mais en dehors et même à l’échauffement, tout comme en club, c’est pour ta pomme. Ainsi, au bout de quelques fois, il arrive que l’employeur, dont c’est l’assurance accident, grince des dents…»

Le joueur des «Pirates» ne pense cependant pas aux blessures. «Entraîné, le corps apprend à encaisser les charges. Il m’est arrivé d’aller voir des clients avec une oreille amochée, cela les a fait marrer. Comme une part de ma clientèle est anglophone, le rubgy permet parfois de briser la glace.» Au niveau professionnel, comme au sport, Alexandre Coullon apprécie le côté humain. «Sur le terrain, nous sommes quinze guerriers qui se battent pour un but commun, au travail c’est pareil.» 


"Savoir dire quand on est fatigué"

 

 

Football Dans le vestiaire du Stade Nyonnais, 2e de Promotion League, Alexandre  Valente est l’un des seuls joueurs à travailler à 100%. «Nous sommes deux ou trois à avoir un emploi à temps plein, guère plus», souligne l’employé du TCS, rattaché à l’équipe de maintenance informatique du département des finances, à Genève. Ce virage, l’attaquant de 30 ans l’a entrepris il y a quatre années. «Je jouais alors à Carouge et nous venions de redescendre de Challenge League, j’ai décidé que c’était le moment de trouver un travail, explique-t-il. J’avais peur que le monde du travail me catalogue «footballeur» et m’associe à certains clichés. Je suis tombé, au contraire, sur des gens ouverts, qui reconnaissent les valeurs du sport. Quant au club, l’inquiétude fut de savoir si mes performances allaient en pâtir…»

Alexandre Valente en apporte la réponse, au quotidien, sur le terrain; il balaye les craintes. «Le foot reste ma passion, c’est un équilibre. J’aime cela, je me vide la tête en jouant. Pour être honnête, je trouve que je suis meilleur depuis que je travaille. Pour une raison: à ce niveau, on ne s’entraîne que le soir; si tu n’as que le foot, les journées sont longues, tu as vite fait de ressasser les mauvaises performances, tu attends l’entraînement de 18h; tu n’as plus rien à faire, tu te couches tard, te lèves plus tard. Je n’en pouvais plus de ce rythme.»


"J’avais peur que le monde du travail me catalogue «footballeur» et m’associe à certains clichés".


Le jeune homme partage son discours, la tête sur les épaules, avec une lucidité époustouflante, dont il fait profiter les plus jeunes de l’équipe. Tout frais papa, il souligne l’importance de l’entourage. Ses parents: «Ils m’ont toujours poussé, en me souhaitant de réussir dans le foot, mais il fallait que j’aie un diplôme.» Sa copine: «Un soutien indéfectible. Elle a la même mentalité que moi, et consent aussi à énormément de sacrifices.»

Car les journées d’Alexandre Valente sont chargées. «Je pars à 7h du matin, rentre à 21h30.» La fatigue devient une donnée inéluctable dans la vie du footballeur semi-pro. «Certaines semaines, on ressent des coups de mou, il faut se montrer assez intelligent pour en faire part au coach, adapter son entraînement, ne faire peut-être qu’une petite course.» Et d’exemplifier: «Lorsque l’on joue le mercredi à Kriens, on rentre à 2h du matin et le jeudi, il faut être au travail. Bien manger, bien dormir s’avère important.»

Alexandre Valente concède être davantage touché par une fatigue mentale. «D’autant qu’à Nyon, les ambitions sont élevées cette saison. On veut monter en Challenge League, on traverse une bonne phase mais elle use psychologiquement. Les vacances feront du bien.» D’ailleurs, les vacances, difficiles de les placer, tant le football n’a pas de saison. «Juillet et août, tu oublies. On part en juin, et en Suisse, on bénéficie d’une assez longue pause en hiver. On en profite alors pour partir au soleil.» 


"Personne ne me force à le faire"

Basketball Capitaine du Nyon Basket Féminin (LNB) et ergothérapeute tant à l’hôpital qu’au Centre médico-social de Morges, Samira Al Barqua cumule les responsabilités. «Lorsque j’ai commencé mon emploi, il y a deux ans, je ne savais pas si je pourrais concilier travail et basket.»

Finalement, pas de problème. «Mes horaires me le permettent, dit la jeune femme de 25 ans. Quand j’ai commencé à jouer à Nyon, nous étions presque toutes en études. Aujourd’hui, plusieurs filles sont dans la vie active. Pour ma part, mon activité professionnelle est très intéressante, bien que très prenante émotionnellement. Mentalement, ce ne sont pas toujours des situations faciles. Avec les patients, tu dois tout le temps être motivée, positive, et tu fais l’éponge…»


"Le basket est mon deuxième job."


Le basket lui offre un bol d’oxygène, une échappatoire. «J’imagine toujours ma jauge de concentration. Quand tu joues en LNB, tu dois être concentrée, le coach attend des choses de toi, tu ne peux pas le faire que pour le plaisir – tu sais qu’il y a un devoir. Le basket est mon deuxième job.» Samira Al Barqua rigole, décompresse, sans perdre son esprit de compétition. «On veut toujours gagner, les ambitions sont là.» Son travail lui permet de relativiser. «Les défaites, je les prends avec moi, car je m’implique beaucoup. Mais au contact des patients, tu penses aux blessures et à la chance qui est la tienne. Alors je profite à fond, en étant contente de ce que j’ai.»

Au niveau maturité, la capitaine du Nyon Basket Féminin confie en posséder davantage depuis qu’elle est entrée dans la vie active. «Mais quand tu es dans le monde réel, toute la journée, tu n’as pas forcément les mêmes jambes le soir, sur le terrain.» Elle ne s’en plaint pas, pas plus que d’effectuer les trajets entre Gex, son domicile, et Morges, son lieu de travail. «Nyon est ma pause sur le chemin du retour. Je suis la seule à m’être imposée les trois entraînements par semaine, on ne me force pas, je le fais parce que je le veux.»


"On se doit d'agir comme des pros"

Hockey sur glace «On a des gars qui travaillent sur des chantiers ou dans des garages, moi je suis un chanceux, je suis maître de mon horaire.» Capitaine de Star Forward, pensionnaire de MySports League, la troisième division helvétique, David Delessert, 26 ans, passe ses semaines aux Diablerets. Directeur d’un hôtel-école depuis trois ans, il enseigne également: «Par exemple, au lendemain des matches du mercredi, mes cours commencent à 10h30 au lieu de 7h.»

Dans leur nouvelle catégorie de jeu, au rythme plus soutenu («après les cinq premiers matches on s’est regardé avec les gars, dans le vestiaire: chaque rencontre équivaut à une partie de play-off»), les kilomètres s’accumulent. Les Morgiens se sont, par exemple, déplacés à Bâle, un mardi. «Même pour les entraînements, cela me fait des kilomètres», souffle David Delessert. Il a appris à regarder la montre, grignoter toutes les minutes possibles. «Entre les cours, des blocs entre septembre et décembre, puis entre mars et juin, je rentre vite à la maison cuisiner et me préparer un Tupperware, filer à Morges pour l’entraînement, et manger avant de repartir. Le jeudi, je me couche à 21h et dimanche c’est repos.»


"Il s’agit d’un choix de vie, de ma passion."


L’usure s’installe. «Je me réjouis d’être en décembre, souffler un peu. Contrairement à un travail purement administratif, on ne peut pas se cacher derrière un écran.» Sur la glace, lundi, mardi (entraînement), mercredi (match), vendredi (entraînement), samedi (match), les Bulldogs accumulent les heures comme les pros. «Sans le même salaire, rigole David Delessert. On est certes défrayés et pour les déplacements, je savais à quoi m’attendre en signant à Morges. Il s’agit d’un choix de vie, de ma passion, et j’avais envie de jouer dans cette nouvelle ligue.»

Pour certains jeunes, elle fait office de tremplin. «Moi je n’ai pas la prétention de jouer à un niveau plus élevé.» Toutefois, on sait l’entraîneur Laurent Perroton exigeant. «Il nous considère comme des professionnels, ainsi on se doit mentalement d’agir comme des pros, même si on n’en est pas. C’est le plus dur à faire.»

David Delessert n’hésite pas à montrer l’exemple, en ne rechignant pas à la tâche – question d’image. «Je m’investis à chaque échauffement, je me dois de le faire, ne serait-ce que pour rester au niveau.»


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